L’eau potable: un des grands enjeux du Québec de demain

L’eau potable: un des grands enjeux du Québec de demain

En 2017, 2 milliards de litres d’eau provenant du territoire québécois ont été embouteillés pour moins de 150 000$ en redevances à l’État[1]. Les multinationales payent donc 0,07$ pour 1000 litres d’eau, alors qu’elles vendront cette ressource à un prix encore plus élevé que celui du pétrole. Décidément, nous ne pouvons pas prétendre être les gagnants dans cette situation…

Pendant que la quasi-totalité de l’espace médiatique est occupé par la crise de la COVID-19, j’ai envie de porter votre attention sur un autre enjeu qui, je l’espère, sera tout autant en mesure de vous faire réfléchir. 

Le Québec possède à lui seul 3% de l’eau douce de la planète[2] (pour une population qui représente 0,11% de la population mondiale). Il est donc inutile de dire que notre territoire est hautement abondant de cette ressource vitale. Alors que l’Organisation des Nations Unies prévoit qu’à ce rythme de surexploitation le monde fera face à un déficit hydrique de 40% en 2030[3] (c’est à dire que l’eau serait largement plus exploitée qu’elle ne se renouvelle), de très nombreux territoires devront s’approvisionner de sources provenant d’ailleurs dans le monde. Qu’il le veuille ou qu’il ne le veuille pas, le Québec fera partie intégrante de l’enjeu et je crois sincèrement que l’État sera nettement plus en mesure de relever ces défis de manière organisée et responsable que les compagnies privées.

 

Un trésor national

Le territoire québécois est riche en ressources naturelles et les compagnies payent pour s’en approprier. Vraisemblablement, le prix auquel nous vendons notre eau potable s’approche plutôt de la gratuité que d’un réel prix. Considérant que l’eau est une ressource naturelle du territoire québécois, comment peut-on justifier que des grandes multinationales puissent en puiser comme si elle leur appartenait d’entrée de jeu?

En Ontario, qui est une province également très abondante en eau potable, les tarifs sur l’exploitation de cette ressource ont été multipliés par 135[4]. Cette mesure a permis aux Ontariens d’arrêter d’offrir leur eau pour pratiquement rien.

Une ressource vitale devrait d’abord et avant tout servir au bien commun. En ce moment, l’exploitation de l’eau potable rend des comptes aux compagnies privées ainsi qu’aux lois du marché et c’est tout à fait déplorable.

 

Une gestion responsable et éthique

Une nationalisation de l’eau potable permettrait une gestion davantage responsable et éthique de cette ressource. L’État québécois considérerait avant tout l’utilité sociale, à l’inverse des multinationales dont le but est purement lucratif. 

La privatisation de l’eau potable a tendance à être négative pour son accessibilité, sa qualité et surtout sa gestion environnementale. Ces trois exemples sont des éléments pour lesquels une multinationale ne ressent d’emblée aucune responsabilité envers et/ou peut se permettre de négliger. Peut-on faire confiance au secteur privé pour faire une gestion collectivement bénéfique d’une ressource autant vitale et importante?

Les défis internationaux et environnementaux du futur de cette ressource seront des préoccupations sociales ainsi que gouvernementales. C’est pourquoi la gestion de l’eau potable ne peut pas reposer sur des intérêts privés.

 

Le potentiel d’enrichissement collectif

L’eau potable est vouée à devenir de plus en plus limitée à cause de l’utilisation que nous en faisons. Cela dit, en plus de faire une gestion éthique de son trésor national, un Québec résolument propriétaire de son or bleu aurait l’opportunité d’enrichir considérablement ses coffres.

Le plus grand non-sens de notre gestion hydrique actuelle est de vendre (voire donner) cette ressource alors que son prix est au plus bas et, par le fait même, d’offrir une opportunité à d’autres de s’enrichir personnellement sur le dos des Québécois.

L’eau sera confrontée à une hausse significativement élevée de demande. C’est un investissement que de la nationaliser et d’en faire une utilisation responsable maintenant. Il faut rappeler que ce sera une des sociétés d’État les plus profitables (sinon la plus profitable). L’argent générée par cette nationalisation offrirait des moyens de financer des projets de société ambitieux. Notamment, il serait possible d’investir dans le Fonds vert dans le but de mettre en oeuvre des projets environnementaux de grande envergure.

Somme toute, c’est un devoir éthique et collectif de s’assurer qu’une ressource aussi vitale que l’eau soit gérée par une entité travaillant en premier lieu pour la population et respectant les normes de sauvegarde de l’or bleu.

 

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge »

-Winston Churchill

Crédit photo : canva.com – Pierre-Olivier Valiquette

 


[1] Deshaies, Thomas. 2018. « 2 milliards de litres d’eau embouteillée pour moins de 150 000 $ en redevances au gouvernement ». Radio-Canada

[3] Valo, Martine. 2015. « La crise de l’eau illustrée en 5 graphiques ». Le Monde

[4] Noël, Christian. 2017. « L’Ontario augmente ses tarifs pour l’eau embouteillée ». Radio-Canada

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À propos de l'auteur L'aut'journal

« Informer c’est mordre à l’os tant qu’il y reste de quoi ronger, renoncer à la béatitude et lutter. C’est croire que le monde peut changer. » (Jacques Guay) L’aut’journal est un journal indépendant, indépendantiste et progressiste, fondé en 1984. La version sur support papier est publiée à chaque mois à 20 000 exemplaires et distribuée sur l’ensemble du territoire québécois. L'aut'journal au-jour-le-jour est en ligne depuis le 11 juin 2007. Le directeur-fondateur et rédacteur-en-chef de l’aut’journal est Pierre Dubuc. L’indépendance de l’aut’journal est assurée par un financement qui repose essentiellement sur les contributions de ses lectrices et ses lecteurs. Il ne bénéficie d’aucune subvention gouvernementale et ne recourt pas à la publicité commerciale. Les collaboratrices et les collaborateurs réguliers des versions Internet et papier de l’aut’journal ne touchent aucune rémunération pour leurs écrits. L’aut’journal est publié par les Éditions du Renouveau québécois, un organisme sans but lucratif (OSBL), incorporé selon la troisième partie de la Loi des compagnies.

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