De Niro, Trump et l’hystérie d’une époque

De Niro, Trump et l’hystérie d’une époque

De Niro, Trump et l’hystérie d’une époque

• Une petite incursion dans le monde du spectacle et du cinéma pour s’attacher à un incident autour d’une remise d’une récompense à l’acteur Robert De Niro. • Ce fut l’occasion d’une diatribe de De Niro contre Trump, laquelle fut d’abord censurée, puis tout de même dite. • C’est « Much Ado About Nothing », disait Shakespeare, sauf que nous ne sommes plus à l’époque du Grand Will mais à celle de la Grande Hystérie. • Et l’incident est justement examiné sous l’angle de ce qu’il dit de notre psychologie (crisique et pathologique).

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Dans l’analyse que nous menons d’un incident qui paraîtrait anodin et hors de propos, on trouve la marque inexpugnable  de la seule chose qui importa aujourd’hui, parce qu’elle est universelle et englobe tous les aspects de notre vie politique, sociale, etc. ; qu’elle englobe évidemment et nécessairement tout ce qu’il reste de métaphysique en nous qui l’avons tuée, et la croyant morte alors qu’elle ne l’a jamais été et revient, par des voies inattendues qui surprennent les professions dominantes dans la manufacture des simulacres, avec une puissance inouïe pour reprendre possession de son rôle et de son poids fondamental.

Certes, dira-t-on, que de grands mots pour la foucade d’un acteur de cinéma américain, et américaniste lui-même ! Mais la chose est partout, vous dit-on, et certainement pas dans la cascade diluvienne de mensonges que les mêmes “professions dominantes dans la manufacture des simulacres” font pleuvoir sur nous en espérant que la quantité aura raison de la qualité.

Pour revenir à notre sujet que nous n’avons pourtant pas perdu de vuie, – il s’agit de l’acteur Robert De Niro, 80 ans et dénonciateur coutumier et forcené de Trump. Le 27 novembre, alors qu’il recevait un ‘Award’ pour sa très longue et prestigieuse carrière, il a dénoncé Apple et les organisateurs de la remise des prix du Gotham Film and Media Institute, pour avoir censuré ses propos et ses critiques à l’égard de Donald Trump et de l’industrie cinématographique. On s’appuie essentiellement sur un article du site ‘WSWS.org’, organisation trotskiste pur jus et reconnue pour son sérieux militant et documentaire, qui fait une bonne part de son travail sur les milieux artistiques et de la communication, et qui est fort respectée dans ces milieux généralement de gauche. C’est dire si De Niro y fut souvent applaudi.

Voici les circonstances objectives de l’incident, qui sont complètement dans la tradition de l’“industrie cinématographique” US, section contestatrice de gauche sans trop sortir des rangs :

« Le Gotham, fondé en 1979 sous le nom d’Independent Filmmaker Project (IFP), est une organisation à but non lucratif consacrée au cinéma indépendant. Lors de sa cérémonie annuelle de remise des prix, lundi, ‘Killers of the Flower Moon’, réalisé par Martin Scorsese et dans lequel De Niro joue un rôle principal, a reçu un prix spécial dans la catégorie “Hommage à une icône et à un créateur historique”.

» Le film de Scorsese traite de la vague de meurtres et d’autres crimes commis contre les Amérindiens dans l’Oklahoma dans les années 1920. La nation Osage s’était retrouvée de manière inattendue au sommet d’une grande richesse pétrolière.

» Parmi les sponsors des Gotham Awards figurent le magazine ‘Vanity Fair », Cadillac, Fiji Water et la compagnie aérienne JetBlue. Sans surprise, dans sa couverture de l’événement, ‘Vanity Fair’ s’est extasié : “La première cérémonie notable de la saison des Oscars a commencé hier soir, avec une foule de participants de premier plan venus en force. De retour au Cipriani Wall Street, les Gotham Awards de cette année, qui récompensent les voix exceptionnelles du cinéma et de la télévision, avaient tout pour plaire : des lauréats révolutionnaires, des ovations debout, des discours politiques et des hommages émouvants”. »

Tout irait donc très bien et aurait dû très bien aller. Mais Hollywood, on le sait, a pris ses aises dans le maximalisme de ses tendances contestatrices, gauchistes-wokenistes, antiTrump, etc., et De Niro comme on l’a dit est le champion de ce dernier aspect de l’exercice. Il avait préparé son coup, son coup fut éventé grossièrement et il put ainsi le dénoncer en toute innocence et colère justifiée devant une audience acquise à sa cause mais en même temps prenant garde à ne pas trop heurter les sponsors, – c’est-à-dire, l’idole des idoles, – le fric, pour ne pas le nommer…

« En fait, De Niro est monté sur scène lundi soir et, selon le Guardian, “après avoir lu quelques remarques sur le film, il a déclaré que la première partie de son discours avait été supprimée du téléprompteur”. Il a sorti son téléphone pour lire le discours original, expliquant : “Je veux juste dire une chose. Le début de mon discours a été édité, coupé, et je ne le savais pas”.

» Il a ensuite lu la partie coupée de son commentaire : “L’histoire n’est plus l’histoire. La vérité n’est pas la vérité. Même les faits sont remplacés par des faits alternatifs et conduits par des théories du complot et de la laideur. En Floride, on enseigne aux jeunes élèves que les esclaves ont développé des compétences qu’ils peuvent appliquer à leur profit personnel.”

» De Niro a ensuite fustigé l’industrie cinématographique pour sa façon de traiter les Amérindiens, citant un commentaire réactionnaire de l’acteur John Wayne.

» Il a ajouté : “Le mensonge est devenu un outil de plus dans l’arsenal du charlatan. L’ancien président nous a menti plus de 30.000 fois au cours de ses quatre années de mandat, et il maintient le rythme dans sa campagne de représailles actuelle. Mais malgré tous ses mensonges, il ne peut cacher son âme. Il s’en prend aux faibles, détruit les dons de la nature et manque de respect, par exemple en utilisant 'Pocahontas' comme une insulte”.

» À la fin de son intervention, De Niro a indiqué qu’il avait prévu de remercier Apple, les producteurs de ‘Killers of the Flower Moon’ et le Gotham Film and Media Institute avant de voir son discours mutilé sur le téléprompteur. “Mais je n’ai plus du tout envie de les remercier pour ce qu’ils ont fait”, a-t-il déclaré. “Comment osent-ils faire ça, en fait ?”

» Selon Slashdot, Apple est en effet responsable de la censure : “Selon une source, la société a réagi aux commentaires de l’équipe de tournage, qui souhaitait que les remarques de l’acteur soient centrées sur le film. […] Une version révisée du discours a été livrée au téléprompteur moins de dix minutes avant le début de l’événement, selon des sources ayant connaissance de l’émission. Une femme qui a demandé à l’opérateur du téléprompteur de télécharger un nouveau discours a été entendue en train de s’identifier comme une employée d’Apple”. »

Tout cela est-il bien grave ? Pas vraiment sinon pas du tout, et ‘WSWS.org’ le relative largement dans ce sens en citant les diverses crises qui nous frappent actuellement de tous côtés, avec la constance des échos de la communication. Le fait qui doit finalement être mis en évidence, c’est que justement cet incident mineur et sans beaucoup d’importance ait eu lieu, et qu’il ait eu un écho important alors que son importance et ses effets en termes politiques et humanitaires sont si dérisoires. Il démontre surtout la fragilité extraordinaire du Système en général devant tous les actes qui dérogent de la ‘ligne’, de la narrative, du simulacre, etc. Comme le dit très justement l’appréciation ci-dessous, la moindre critique sur n’importe quel sujet dans un ensemble social et politique qui doit être aligné strictement et sans la moindre exception selon les normes du Système, « revient à menacer le statu quo politique et culturel instable et fragile »…

La moindre vibration, le plus petit écart mélodique qui s’écarte de la partition extrêmement rigide du Système semble devoir être perçue comme menaçant l’ensemble de l’édifice ! Quelle fragilité, quelle vulnérabilité des psychologies révèle, – ou plutôt confirme ce constat… Car on le voit plus loin, il s’agit des psychologies qui constitue plus que jamais la talon d’Achille de ce formidable carcan de nécessités, de censures, d’autoritarisme sous l’empire duquel nous sommes tenus et maintenus.

« Les commentaires de De Niro, franchement, étaient relativement inoffensifs. Le fait que Donald Trump soit un menteur en série et pathologique n’est guère un secret, même pour nombre de ses partisans. Les références de l’interprète – aussi honorables soient-elles – au sort des Amérindiens, y compris aux mains d’Hollywood, ne sont pas non plus révolutionnaires. […]

» Il faut replacer l’épisode dans le contexte politique et social général. Les médias américains et européens sont en pleine campagne de mensonges éhontés sur l’opération génocidaire d’Israël à Gaza, dont le caractère digne du nazisme a entraîné la mort de 20.000 Palestiniens, principalement des femmes et des enfants, en moins de deux mois. De même, les gouvernements et les médias font de leur mieux pour dissimuler la réaction mondiale horrifiée aux crimes de guerre commis à Gaza, en ignorant les protestations partout et en les qualifiant d’«antisémites». Personne n’est autorisé à condamner des crimes de guerre de caractère historique mondial. C’est là qu’intervient l’incident De Niro. Aujourd’hui, critiquer publiquement la vie politique et sociale, même légèrement, revient à menacer le statu quo politique et culturel instable et fragile.

»De la part des sources officielles, il n’y a que des mensonges, encore des mensonges et des mensonges encore plus gros.

»L’élite dirigeante américaine, comme ses homologues ailleurs, se sent assiégée, largement méprisée, isolée. Malgré la terrible efficacité de son armement pour tuer en masse, elle sent que ses jours sont peut-être comptés.

»Pour paraphraser Léon Trotski, un “capitalisme en déclin […] craint superstitieusement” le moindre mot critique, “car il ne s’agit plus pour le capitalisme de corrections et de réformes, mais de vie et de mort”.

Cet aspect de la polémique étant clos après avoir montré ce qui nous importe, – l’énormité du gouffre entre la fureur extraordinaire des humeurs et la pathétique dérision de nombre d’objets de ces humeurs, – on peut ajouter ces remarques en forme de commentaire final de ‘WSWS.org’, qui sont tout à l’honneur de ‘WSWS.org’ parce qu’énoncées sans véritable parti-pris, simplement mais vertueusement pour nous communiquer une observation qui a toute son importance et nous permettra de poursuivre par notre commentaire. Les deux mots en gras dans le dernier extrait cité ci-dessous, le sont dans le texte original

« Un incident remarquable !

» Cet acte de censure à l’encontre de l’un des acteurs de cinéma les plus connus du pays, dont la carrière très honorée dure maintenant depuis plus de cinq décennies, est remarquable et révélateur. Non pas tant pour ce qu’Apple ou le Gotham Film and Media Institute ont censuré, mais pour les susceptibilité et nervosité extrêmes que cet acte révèle. »

En fait, nous allons compléter par ce que ‘WSWS.org’ aurait dû ajouter, sur un ton peut-être un peu goguenard, rigolard, ; plaisantin, choses que les trotskistes n’ont pas l’habitude de fréquenter. Si Trump a menti “30 000 fois” durant sa présidence comme nous en informe De Niro, on aurait dû ajouter, puisque De Niro a soutenu Biden avec ferveur, que Bident a menti 152 323 fois durant sa présidence, et plus d’un million et demi de fois durant sa carrière politique depuis 1971.

Note de PhG-Bis : « Si si, ces décomptes sont aussi scientifiques que celui de De Niro, obtenus par PhG et dérogation spéciale de la NSA auprès de l’ISETOT-DUCON [Institut Statistique Extra-Terrestre pour l’Observation de la planète dite-Terre, section Direction Ubiquite de la Comptabilité Ordinaire des Normes]. Ainsi, tout est en ordre et dans les normes, comprises la susceptibilité et la nervosité, autant que la validité des sources. »

Cela fixé, il est vrai que l’incident doit figurer, à la fois opérationnellement et symboliquement, comme une mesure de cette extrémité de la susceptibilité et de la nervosité, jusqu’à un niveau presque de terreur et d’hystérie à la fois, qui touche toutes les psychologies, – dans ce cas, autant celle des “censeurs” que du “censuré”, effectivement pour des positions et des attitudes qui n’ont rien d’exceptionnel dans ce genre de manifestation depuis des décennies. Que le cas soit assez anodin et ne bouleversera pas le désordre crisique torrentiel qui anime notre vie politique n’a aucune importance ; non plus le fait qu’il soit un peu ridicule sinon enfantin au regard des massacres divers qui se déroulent en Ukraine et en Palestine… Ce qui importe comme une marque universelle de notre séquence d’évènements, c’est bien l’exacerbation de la psychologie de tous et dans tous les domaines, surtout aux USA qui est l’empire de la communication, mais aussi et en général dans le reste de l’Occident-compulsif (ce pourquoi nous n’avons pas voulu mettre ce texte dans la rubrique ‘RapSit-USA2023’).

D’autre part, l’incident, par les diverses orientations qu’il montre alors que les protagonistes sont d’habitude sur la même ligne (l’ultra-progressiste “chic” De Niro et les trotskistes de ‘WSWS.org’), c’est-à-dire la même ligne antiTrump (ou “antifascistes” si l’on veut faire plus sérieux), mesure la fragmentation chaotique de la gauche idéologique et wokeniste tiraillée entre diverses crises, et d’ailleurs se trouvant en opposition pour certaines d’entre elles. L’incident De Niro n’a donc aucune importance en soi, sinon celui, pour notre information d’ailleurs déjà bien fournie, d’illustrer la somptueuse universalité de la GrandeCrise et l’extraordinaire pression qu’elle maintient constamment sur les psychologies, empêchant tout apaisement et contribuant au contraire à une aggravation constante de la détérioration du climat.

 

Mis en ligne le 5 décembre 2023  à 12H15

Source: Lire l'article complet de Dedefensa.org

À propos de l'auteur Dedefensa.org

« La crisologie de notre temps » • Nous estimons que la situation de la politique générale et des relations internationales, autant que celle des psychologies et des esprits, est devenue entièrement crisique. • La “crise” est aujourd’hui substance et essence même du monde, et c’est elle qui doit constituer l’objet de notre attention constante, de notre analyse et de notre intuition. • Dans l’esprit de la chose, elle doit figurer avec le nom du site, comme devise pour donner tout son sens à ce nom.

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