Niger : la France prête à tout pour ne pas perdre son accès privilégié à l’uranium

Niger : la France prête à tout pour ne pas perdre son accès privilégié à l’uranium

Paris s’est engagé à protéger ses intérêts dans le pays, qui a interrompu ses livraisons d’uranium après un coup d’État. Lorsqu’il s’agit du conflit en Ukraine, Macron ne parle que des intérêts [allégués] des Ukrainiens [pro-Zelensky]. Mais lorsque des troubles éclatent au Niger, ce sont les [seuls] intérêts de la France qui comptent. Pour une fois, il a dit tout haut ce qu’il ne fallait pas dire.

Par Rachel Marsden

Source : RT, 1er août 2023

Traduction : lecridespeuples.fr

Le président français Emmanuel Macron n’a pas tardé à réagir à un conflit interne se déroulant à 6 000 km de Paris, déclarant que la France répondrait immédiatement à toute violence à l’encontre des intérêts français à la suite d’un coup d’État dans l’ancienne colonie française du Niger. Qu’est-ce qui peut bien inquiéter M. Macron dans ce pays riche en uranium ?

Les putschistes ont clairement indiqué que toute intervention extérieure serait réprimée par la force. Ils ont également accusé la France de vouloir intervenir militairement pour rétablir le président déchu. La ministre française des affaires étrangères, Catherine Colonna, a rejeté cette suggestion, déclarant que « la seule priorité de la France est la sécurité de ses ressortissants ». Où avons-nous déjà vu une telle coquetterie ? Qu’en est-il de la Libye, où une mission « humanitaire » menée par la France pour protéger les civils africains s’est finalement transformée en un coup d’État soutenu par l’Occident contre le dirigeant national ?

D’où les putschistes nigériens ont-ils pu tirer l’idée que la France avait intérêt à intervenir militairement dans son ancienne colonie ? Cela pourrait être lié à une déclaration du palais présidentiel français, dimanche, selon laquelle « quiconque s’en prendrait aux ressortissants, à l’armée, aux diplomates et aux intérêts français verrait la France répondre immédiatement et de manière intraitable ».

Et par intérêts français, ils entendent une chose en particulier : l’uranium. Le Niger est le premier fournisseur de la France pour ce minerai, avec 15 % de l’approvisionnement total du pays et un cinquième de celui de l’Union européenne. Il s’agit d’un élément absolument essentiel pour alimenter les réacteurs nucléaires français. L’indépendance énergétique de la France dépend, ironiquement, du Niger. C’est un peu comme le gosse de riche qui conduit une Ferrari offerte par son père mais qui, à première vue, a réussi par ses propres moyens. Il n’est donc pas difficile d’imaginer que l’uranium figure en bonne place sur la liste des intérêts français que Paris tient à protéger.

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La France est d’autant plus incitée à intervenir au Niger que la junte au pouvoir a interrompu les exportations d’uranium et d’or vers la France. Tout ceci arrive à un très mauvais moment pour Paris, qui est devenu encore plus dépendant de son énergie nucléaire après s’être coupé du gaz russe bon marché avec le reste de l’UE pour impressionner le président ukrainien Vladimir Zelensky – de la même manière que les membres d’une fraternité universitaire sont excités et font ensuite des choses stupides comme sauter d’un toit pour impressionner les filles.

L’Allemagne est déjà sur le point de se désindustrialiser parce que le moteur économique de l’Europe ne peut pas fonctionner avec du vent et du soleil. Qui l’aurait cru ? Apparemment pas Berlin. Mais au moins, la France n’a pas complètement adhéré aux fantasmes verts de Berlin et n’a pas mis en veilleuse toutes ses centrales nucléaires, même si Macron s’est certainement engagé dans cette voie.

Le plan B, après la coupure du gaz russe, consistait donc à les remettre en marche. La France va donc devoir se passer de l’uranium du Niger. Mais cela ne devrait pas poser de problème, n’est-ce pas ? Car la France a d’autres fournisseurs, comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Mais qui contrôle en grande partie le transport de ces approvisionnements vers l’Europe ? L’entreprise publique russe Rosatom, spécialisée dans l’énergie nucléaire. Cela ne laisse pas vraiment de marge de manœuvre à Paris.

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« Je serai claire : la France n’est pas dépendante de la Russie pour l’exploitation de son infrastructure nucléaire », a déclaré l’année dernière la ministre française de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher. C’est parce qu’il restait le Niger. Et maintenant ?

La volonté des citoyens du Niger est perdue dans tous ces intérêts étrangers égoïstes. L’engouement de la France et de l’Occident pour la réintégration de l’ancien président suggère qu’il répondait de manière adéquate à leurs besoins. L’afflux de citoyens dans les rues suggère cependant qu’il ne répondait pas suffisamment aux leurs.

Catherine Colonna a suggéré que la situation était mûre pour être exploitée par la Russie, mais à qui la faute ? L’omniprésence militaire de longue date de la France et ses relations avec les dirigeants de la région du Sahel en Afrique lui ont déjà valu d’être expulsée de la région, créant ainsi un vide pour de nouveaux partenariats potentiels avec ces pays, en particulier avec des nations qui ne vont pas simplement servir de cheval de Troie pour les intérêts américains, comme la France a tendance à le faire.

Lorsqu’il s’agit du conflit en Ukraine, Macron ne parle que des intérêts des Ukrainiens. Mais lorsque des troubles éclatent au Niger, ce sont les intérêts de la France qui comptent. Pour une fois, il a dit tout haut ce qu’il ne fallait pas dire. Peut-être parce que Washington l’a laissé sans lui fournir les éléments de langage sur une question qui revêt une importance stratégique plus grande pour l’Europe que pour les Etats-Unis. Il n’y a pas si longtemps, le Premier ministre italien Giorgia Meloni mettait à nu la France sur la scène internationale et exposait ses intérêts coloniaux dans toute leur splendeur. Lorsqu’elle était dans l’opposition en 2019, Mme Meloni a qualifié le Franc CFA (une monnaie controversée utilisée dans 14 pays africains, indexée sur l’euro et imprimée en France) de « monnaie coloniale », à laquelle la France « applique le droit de seigneuriage et en vertu de laquelle elle exploite les ressources de ces nations ».

Même si Macron essaie de faire passer ses actions et ses frustrations pour de la « défense de la démocratie », lorsqu’il s’agit de l’Afrique, à ce stade, la France se tient sur la scène mondiale toute nue, avec ses intérêts clairement visibles à travers son caleçon Lacoste haut de gamme.

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Paris refuse de retirer ses troupes du Niger

La France s’est engagée à respecter les accords militaires conclus avec les « autorités légitimes » du Niger

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Des soldats français débarquent d’un avion cargo C130 de l’US Air Force sur la base de Niamey, au Niger, le 9 juin 2021.

Source : RT, 5 août 2023

Traduction : lecridespeuples.fr

La France a insisté sur le respect de cinq accords de coopération militaire avec le Niger, parce que ces accords ont été signés avec les « autorités légitimes » de cet État d’Afrique de l’Ouest, bien que la junte nouvellement installée dans l’ancienne colonie ait demandé que ces accords soient révoqués.

« La France rappelle que le cadre juridique de sa coopération avec le Niger dans le domaine de la défense repose sur des accords qui ont été conclus avec les autorités légitimes nigériennes », peut-on lire dans un communiqué publié vendredi par le ministère français des Affaires étrangères. « Ce sont les seuls que la France, et l’ensemble de la communauté internationale, reconnaissent ».

Ce communiqué fait suite à une déclaration faite jeudi par Amadou Abdramane, porte-parole des militaires putschistes qui ont chassé le président démocratiquement élu du Niger, Mohammad Bazoum, la semaine dernière, selon laquelle la junte rompait unilatéralement les accords militaires avec ses anciens dirigeants coloniaux.

Abdourahamane Tchiani, ancien chef de la garde présidentielle du Niger, s’est déclaré chef du gouvernement de transition deux jours après que ses forces ont renversé l’administration de Bazoum.

La cessation des accords militaires exigerait que la France retire les 1 000 à 1 500 soldats qu’elle a stationnés dans le pays africain. Un petit nombre de soldats américains sont également déployés au Niger, un territoire considéré comme géopolitiquement important en raison de ses riches ressources minérales et de ses frontières avec sept pays, dont la Libye, le Tchad et le Nigeria.

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Le Niger, l’une des nations les plus pauvres du monde, a reçu environ 500 millions de dollars d’aide militaire américaine depuis 2012, soit le montant le plus élevé de tous les pays de la région. À la suite du coup d’État de la semaine dernière, plusieurs « bienfaiteurs » occidentaux du Niger ont suspendu leurs programmes d’aide. L’aide étrangère représente environ la moitié du budget annuel du Niger.

Vendredi, les Pays-Bas sont devenus le dernier pays occidental à se retirer des accords conclus avec l’administration précédente du Niger, déclarant dans un communiqué qu’ils ne souhaitaient pas apporter leur soutien aux auteurs d’un coup d’État. La Haye a déclaré qu’elle détournerait plutôt l’aide vers le Niger par le biais d’opérations humanitaires orchestrées par les Nations unies ou d’autres organisations internationales.

Paris, quant à elle, a déclaré jeudi qu’elle condamnait « avec la plus grande fermeté » la suspension par le Niger des organes de presse français France 24 et RFI. Dans un communiqué publié sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères, la France a ajouté que la décision de la junte de restreindre les médias français dans le pays représentait une « répression autoritaire »

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Le ministère français des affaires étrangères a ajouté samedi qu’il apporterait son soutien à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), afin de garantir l’échec du coup d’État militaire. La ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Catherine Colonna, a déclaré que les putschistes avaient jusqu’à dimanche pour rendre le pouvoir, faute de quoi la menace d’une intervention militaire de la CEDEAO au Niger devait être prise « très au sérieux ».

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À propos de l'auteur Le Cri des Peuples

« La voix des peuples et de la Résistance, sans le filtre des médias dominants. »[Le Cri des Peuples traduit en Français de nombreux articles de différentes sources, principalement sur la situation géopolitique du Moyen-Orient. C'est une source incontournable pour comprendre ce qui se passe réellement en Palestine, en Syrie, en Irak, en Iran, ainsi qu'en géopolitique internationale.]

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