La revue de presse du 1er avril 2024

La revue de presse du 1er avril 2024

Par Wayan – Le 1er avril 2024 – Le Saker Francophone

Cette semaine, l’attaque terroriste contre un théâtre moscovite a fait la une des médias occidentaux et provoqué une bataille de plus dans la guerre de l’information entre la Russie et le bloc occidental.

Alors que les enquêteurs russes en étaient encore à simplement déblayer les décombres, les dirigeants occidentaux ont accusé à l’unisson un obscur groupe islamiste, IS-K, tout en niant que l’Ukraine soit impliqué :

« L’Ukraine n’a “aucune implication” dans le massacre de Moscou, a déclaré dimanche la Maison Blanche après que le président Poutine a suggéré un lien avec Kiev.

« L’EI est seul responsable de cette attaque », a déclaré Adrienn Watson, conseillère à la sécurité de la Maison Blanche. “IS-K est en fait, de toute évidence, responsable de ce qui s’est passé”, a reconnu la vice-présidente Kamala Harris dans une interview.

A Londres, le ministre britannique des Finances Jeremy Hunt a déclaré que le gouvernement britannique avait “très peu confiance” dans les déclarations de la Russie, l’accusant d’essayer de “défendre” son assaut contre l’Ukraine. “Nous savons maintenant qu’ils créent un écran de fumée de propagande pour défendre une invasion totalement perverse de l’Ukraine”, a-t-il déclaré. »

On notera au passage que la Russie n’avait pas besoin d’un attentat sur son propre sol pour « défendre son assaut contre l’Ukraine ».

« « Une fois encore on fait face à du mensonge, de la propagande, de la désinformation », dénonce Charles Michel, [ le président du conseil européen] « on voit qu’il est apparemment impossible pour le Kremlin […] de ne pas tomber dans la tentation du mensonge en tentant de faire de l’escalade rhétorique, en accusant de manière saugrenue l’Ukraine. […] Ça montre qu’on a raison comme Européens, avec de nombreux partenaires dans le monde, de défendre la démocratie, la liberté, la souveraineté de l’Ukraine », affirme-t-il. »

La Russie connait un attentat terroriste sur son sol… mais ferait de la désinformation à ce sujet… cela montre que l’on a raison de défendre la démocratie. La logique de Charles Michel est surprenante et surtout le signe d’une forte dissonance cognitive.

Les médias occidentaux aussi savaient déjà qui en était l’auteur, un groupe inconnu du grand public :

« IS-K est l’abréviation de État islamique-Khorasan – une filiale régionale du groupe État islamique, qui a été interdite comme organisation terroriste par les gouvernements du monde entier.

Elle se concentre sur l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan ainsi que sur l’Asie centrale.

Le groupe s’est donné le nom de Khorasan car il faisait partie d’un califat islamique historique s’étendant sur cette région.

L’IS-K existe depuis neuf ans, mais ces derniers mois, il est devenu la branche la plus dangereuse du groupe État islamique, avec une longue portée et une réputation d’extrême brutalité et de cruauté.

Avec ce qui reste de la direction plus large du groupe en Syrie et en Irak, l’IS-K aspire à un califat islamique pannational gouverné selon une interprétation ultra-stricte de la charia, la loi islamique.

En Afghanistan, il mène une insurrection sporadique mais toujours meurtrière contre les dirigeants du pays, les talibans, auxquels il s’oppose pour des raisons idéologiques. »

En fin de cet article de la BBC, un paragraphe plein de sous-entendus qui participe à cette guerre de l’information :

« Il reste un certain nombre de questions sans réponse sur tout cet épisode.

Par exemple, pourquoi les assaillants ont-ils pu se déplacer à leur guise autour du Crocus Hall sans aucun sentiment d’urgence apparent ?

Dans un pays où la police et les services spéciaux, notamment le FSB, sont omniprésents, ces hommes armés se sont comportés comme s’ils savaient qu’ils n’allaient pas être interrompus par une équipe SWAT de la police.

Ensuite, il y a les armes – pas seulement des armes de poing, mais des fusils d’assaut automatiques puissants et modernes. Comment ont-ils pu les acquérir et les introduire clandestinement dans la salle ?

Leur capture rapide est également surprenante.

Contrairement à de nombreux jihadistes armés participant à un raid comme celui-ci, ces hommes ne portaient pas de gilet suicide ni de ceinture, à la manière de ceux qui préfèrent la mort à la capture.

Et pourtant, il n’a pas fallu longtemps aux autorités russes – celles-là mêmes qui n’ont pas réussi à empêcher le pire complot terroriste depuis 20 ans de se dérouler sous leurs yeux – pour arrêter les suspects et les traduire en justice.

Tout cela incite certains analystes à spéculer sur une sorte de « travail interne » du Kremlin, ou sur une « opération sous fausse bannière » visant à obtenir le soutien populaire à la guerre contre l’Ukraine.

Cependant, il n’existe aucune preuve tangible pour étayer cette théorie et les services de renseignement américains ont confirmé que, selon eux, c’était État islamique qui était derrière cette horrible attaque. »

La Russie est carrément accusée d’avoir planifié un attentat terroriste sur son propre sol.

Ce général français ayant travaillé pour l’OTAN va encore plus loin en prétendant [vidéo en français] que « C’est une fable inventée par les russes ». On nage en pleine théorie du complot.

Tout déclaration russe au sujet de cet attentat est considérée comme :

« “Mon oncle avait l’habitude de dire (…) que les meilleurs vendeurs de fumier portent souvent leurs échantillons dans leur bouche”, a déclaré jeudi aux journalistes le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby.

« Les responsables russes semblent être d’assez bons vendeurs de fumier », a déclaré Kirby, fustigeant ce qu’il a appelé la « propagande absurde » de la Russie. »

On constate donc que cet attentat, qui ne touche pourtant que la Russie, provoque une forte agitation nerveuse chez les dirigeants occidentaux.

Voyons maintenant comment IS-K a revendiqué cet attentat ?

« Dans un message publié sur Telegram, le groupe État islamique a revendiqué l’attaque. Des combattants de l’EI « ont attaqué un grand rassemblement (…) dans les environs de la capitale russe Moscou », a affirmé le groupe sur l’un de ses comptes Telegram. « Les combattants de l’État islamique […] se sont retirés sains et saufs », ajoute le message. »

Donc un simple message sur un réseau social suffit à convaincre immédiatement médias et dirigeants occidentaux que c’est bien cet obscur groupe afghan se battant contre les Talibans qui est l’auteur de cet attentat. On les connait habituellement plus prudents face aux publications des médias sociaux et ses possibilités de manipulation.

Mais ils vont insister lourdement sur cette culpabilité alors même que les russes ont à peine commencé leur enquête :

Pour enfoncer le clou :

« L’État islamique a revendiqué la responsabilité du massacre et les responsables américains affirment disposer de renseignements montrant qu’il a été perpétré par la branche afghane du réseau, l’État islamique du Khorasan. »

On a vu la semaine dernière la tendance des services de renseignements à politiser leur « renseignements », en particulier quand il s’agit d’Israël, de la Russie et de la Chine.

Pourtant les terroristes ont fait cela pour de l’argent, sans se revendiquer membres d’IS-K :

« L’un des suspects filmé lors de son interrogatoire par les forces de l’ordre a affirmé avoir commis le crime « pour de l’argent ». L’homme a déclaré qu’on lui avait promis 500 000 roubles (5 418 dollars) et que la moitié de cette somme avait été transférée sur sa carte de débit avant l’attaque.

L’auteur présumé a également déclaré qu’il avait « écouté les sermons… d’un prédicateur » sur Telegram pendant un certain temps avant d’être approché par les cerveaux présumés de l’attaque de vendredi « il y a environ un mois ». Interrogé sur ce qu’il avait fait à l’hôtel de ville de Crocus vendredi, l’homme a déclaré qu’il avait « abattu… des gens », ajoutant qu’il était simplement chargé de tuer des gens et que « peu importe » qui il tuerait.

Aucun des suspects n’a explicitement prêté allégeance à un groupe extrémiste lors de l’interrogatoire rendu public. »

Les Etats-Unis affirment aussi qu’ils avaient prévenu d’un acte terroriste :

« Il y a deux semaines, l’ambassade américaine en Russie avait averti ses citoyens de menaces extrémistes contre « de grands rassemblements à Moscou, y compris des concerts ». Vladimir Poutine avait dénoncé, le 19 mars, des déclarations « provocatrices » et « une volonté d’intimider et de déstabiliser notre société ».

Ce à quoi la Russie a répondu :

« Les autorités russes ne savent rien de l’incapacité présumée de Washington à partager des informations sur la menace d’un attentat terroriste à Moscou, a déclaré jeudi le porte-parole du président Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, lors d’un point de presse.

La déclaration de Peskov fait suite à un article du New York Times qui, citant des sources anonymes, affirmait que les « relations conflictuelles » entre Washington et Moscou empêchaient les responsables américains de partager tous les renseignements sur le complot terroriste.

Début mars, l’ambassade américaine à Moscou a averti les citoyens américains vivant en Russie qu’une attaque était possible, tout en envoyant un message non public contenant un avertissement similaire aux responsables de la sécurité russe.

À la question de savoir si les autorités russes savaient que les États-Unis n’avaient pas divulgué toutes les informations sur l’incident au préalable, Peskov a répondu « non, nous n’en sommes pas conscients » et a suggéré que les rapports citant des sources non confirmées, comme dans le cas du New York Times, « doivent être traités avec beaucoup de prudence. » »

Les terroristes ont été capturés en train de fuir vers la frontière ukrainienne :

« Vladimir Poutine a promis de « punir » les personnes responsables de cet attentat. Celui-ci a été revendiqué par le groupe État islamique, mais le maître du Kremlin n’y a pas fait allusion. Il a affirmé que « les quatre auteurs » présumés de l’attaque avaient été arrêtés, parmi sept autres personnes, alors qu’« ils se dirigeaient vers l’Ukraine où, selon des données préliminaires, une ”fenêtre” avait été préparée pour qu’ils franchissent la frontière ». S’il n’accuse pas directement le pays voisin que son armée a envahi il y a un peu plus de deux ans, Vladimir Poutine souligne tout de même que c’est bien vers l’Ukraine que se dirigeaient les suspects. »

Le gouvernement russe sait bien que les Etats-Unis ont utilisé les extrémistes musulmans en Afghanistan contre l’Union Soviétique, Al-Qaida, et en Syrie contre Bashar Al-Assad, Etat Islamique. De plus, de nombreux islamistes d’EI ont débarqué en Ukraine depuis le début de la guerre :

« L’Ukraine est peut-être devenue une porte de passage pratique pour les extrémistes violents cherchant à entrer dans l’UE sans se faire remarquer, a rapporté dimanche le journal autrichien Heute, citant des responsables de la sécurité. Un « grand nombre » de terroristes présumés se sont rendus dans le bloc via le territoire ukrainien, indique le communiqué.

Le média a cité l’exemple de deux ressortissants tadjiks et d’un Tchétchène arrêtés en Autriche et en Allemagne en décembre de l’année dernière, soupçonnés d’avoir planifié un attentat contre l’emblématique cathédrale Saint-Étienne de Vienne. Les suspects auraient eu pour objectif d’attaquer la cathédrale le soir du Nouvel An, en utilisant des fusils d’assaut Kalachnikov et des explosifs, selon Heute.

Les procureurs autrichiens ont déclaré en décembre que les suspects du complot de Vienne étaient « hautement radicalisés », partageaient des convictions « djihadistes » et feraient partie d’un réseau qui prévoyait des attentats à Cologne et à Madrid fin 2023.

Il existe des « indications » selon lesquelles des terroristes présumés « ont afflué en Europe de manière clandestine » depuis l’Ukraine, a indiqué le média. Notant qu’il n’y avait aucune confirmation officielle de cela, le média a déclaré qu’il « se pourrait » que les auteurs de l’attaque de vendredi à Moscou « aient eu des liens avec des personnes partageant les mêmes idées et se trouvant sur le territoire ukrainien ». »

Autre pavé dans la mare, le soi-disant « émir d’IS-K » a, selon sa fiche Wikipédia, travaillé pour des groupes soutenus par la CIA en Afghanistan :

« Le chef d’« ISIS-K » était un entrepreneur à Bagram [la prison étasunienne en Irak, célèbre pour avoir été une centre de torture], puis a travaillé pour la sécurité du baron de la drogue Rashid Dostum, un mandataire important de la CIA.

Il a ensuite travaillé pour Amrullah Saleh, chef du NDS, littéralement le bras droit de la CIA en Afghanistan.

C’est juste là sur cette page Wikipédia »

Bien sûr, les russes voient bien toute cette excitation occidentale sur un attentat qui ne devrait pas tant les concerner puisqu’aucun de leurs ressortissants n’a été touché :

« “L’Occident essaie activement de convaincre tout le monde que c’est l’œuvre d’EI et qu’il n’est plus nécessaire de soupçonner qui que ce soit, en particulier l’Ukraine”, a déclaré Lavrov à Izvestia. « Ils continuent d’insister sur le fait que Kiev n’est pas à blâmer, au point de devenir obsessionnels. »

« Nous avons répété à plusieurs reprises que nous ne tirerions aucune conclusion définitive tant que l’enquête ne serait pas terminée. L’enquête se poursuit sur les faits, de nouvelles circonstances sont révélées, mais nous n’avons tout simplement pas le droit d’exclure des possibilités évidentes », a déclaré le ministre des Affaires étrangères.

Pendant ce temps, l’Occident est « suspect » en essayant de persuader tout le monde que l’Ukraine n’a rien à voir avec l’attaque, a déclaré Lavrov.

“Pas seulement publiquement, mais ils disent aussi lors de contacts via nos missions diplomatiques : ‘Il n’est pas nécessaire de soupçonner l’Ukraine’, mais ils n’expliquent jamais pourquoi”, a-t-il ajouté. « Du point de vue de la logique, répondant à la question « à qui profite le crime », nous ne pouvons pas exclure l’Ukraine. » »

L’enquête russe continue donc :

« Les suspects de l’attaque terroriste de Moscou la semaine dernière étaient liés à des nationalistes ukrainiens, a déclaré jeudi la commission d’enquête russe, citant des conclusions préliminaires. Les auteurs ont reçu « d’importantes sommes d’argent » de l’Ukraine, ont indiqué les forces de l’ordre.

Les enquêteurs ont obtenu des « preuves étayées » selon lesquelles les assaillants présumés ont reçu un financement de l’Ukraine sous forme de cryptomonnaie, qui a ensuite été utilisée pour préparer l’attaque terroriste, indique le communiqué.

Les forces de l’ordre ont également identifié et arrêté un autre suspect qui aurait été impliqué dans le financement de l’attaque, a indiqué la commission d’enquête, sans identifier l’individu.

Plus tôt, le chef du Service fédéral de sécurité (FSB), Alexandre Bortnikov, avait déclaré aux journalistes que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Ukraine pourraient être à l’origine de l’attaque. Les Ukrainiens préparaient peut-être une « fenêtre » leur permettant de repasser la frontière, a déclaré le responsable. “D’un autre côté, ils devaient être accueillis en héros”, a-t-il ajouté. »

De plus l’Ukraine avait déjà commis des attentats sur le sol russe. [Vidéo en français].

Là encore un épais brouillard de guerre. On devine que si le résultat de l’enquête russe accuse l’Ukraine alors l’ombre des services secrets étasunien/britannique planera aussi dessus, au moins dans l’esprit du gouvernement russe, qui ne manquera pas de considérer cela comme un acte de guerre hybride de l’Occident contre la Russie. Quelle sera alors la réponse à cette grave provocation ?

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Un autre événement de cette semaine marquera un tournant dans la géopolitique mondiale, même s’il ne fait pas la une des médias. La négation pur et simple par Israël et les Etats-Unis d’une décision de l’ONU, rendant ainsi visible aux yeux du monde entier que ces deux pays se considèrent comme au-dessus des lois internationales et montrant une fois de plus que « l’ordre international basé sur des règles » que prônent les Etats-Unis n’est qu’une hypocrite mascarade.

En début de semaine, l’ONU a enfin pu voter une résolution exigeant un cessez-le-feu et la libération des otages. Biden étant très en colère contre Netanyahou car il lui fait perdre des votes pour l’élection de novembre, les Etats-Unis n’y ont pas opposé de véto comme d’habitude et se sont contentés de s’abstenir. En conséquence, la résolution a été voté à l’unanimité :

« Les relations entre le président Joe Biden et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont atteint leur plus bas niveau lundi, les États-Unis ayant autorisé l’adoption d’une résolution de cessez-le-feu à Gaza aux Nations Unies et s’attirant de vives réprimandes de la part du dirigeant israélien.

Netanyahu a brusquement annulé cette semaine la visite à Washington d’une délégation de haut rang pour discuter de la menace d’offensive israélienne dans la ville de Rafah, dans le sud de Gaza, après que les États-Unis se soient abstenus lors d’un vote au Conseil de sécurité qui exigeait un cessez-le-feu immédiat entre Israël et le Hamas et la libération de tous les otages détenus par les militants palestiniens. »

Israël tirait vraiment trop sur la corde et commençait à complètement s’isoler diplomatiquement :

« Les États-Unis ont été confrontés à un choix difficile, d’autant plus que leur plus proche allié, le Royaume-Uni, n’était pas prêt à s’abstenir. David Cameron, le ministre des Affaires étrangères, ne pouvait plus cacher sa fureur face aux tergiversations d’Israël sur l’approvisionnement en aide.

Alors, les États-Unis pourraient-ils bloquer pour la quatrième fois un cessez-le-feu humanitaire, laissant les civils exposés à l’attaque promise par Israël sur Rafah ? Ou pourrait-il finalement reconnaître implicitement qu’en agissant continuellement en tant qu’équipe de protection diplomatique d’Israël, cela ne lui a pas valu une grande influence sur la stratégie militaire ou politique de Benjamin Netanyahu ?

En fin de compte, les États-Unis ont reconnu que leurs efforts pour s’emparer de l’agenda de l’ONU à Gaza avaient échoué, et ont plutôt reconnu l’état d’esprit général de l’ONU. Les applaudissements au Conseil de sécurité après l’adoption de la résolution ont été un élan de soulagement, rappelant pour certains le moment où le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait prononcé son superbe discours contre la guerre en Irak en 2003.

Israël a déjà senti le vent souffler parmi ses alliés occidentaux, mais n’est pas d’humeur à arrêter les combats jusqu’à ce que le Hamas soit complètement écrasé. « Tous ces pays qui se détournent aujourd’hui d’Israël considéreront ce moment comme une marque de honte », a déclaré la semaine dernière le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer. « Après toutes ces déclarations de soutien au peuple juif alors que nous sommes victimes, vous nous abandonnez maintenant, à la dernière étape avant notre victoire contre une force terroriste génocidaire ? Honteux.”

Le sentiment d’abandon en Israël sera désormais aigu, mais cela ne suffira peut-être pas à le dissuader de tester la détermination américaine en marchant seul. Quelle que soit la sympathie qu’Israël conserve, le vote constitue un moment important dans la façon dont le monde perçoit sa conduite dans cette guerre.

Rien n’indique que Biden veuille utiliser le vote comme tremplin pour une confrontation avec Netanyahu. Face aux virulentes accusations de trahison des Républicains et des Israéliens, l’administration Biden a plutôt tenté de minimiser l’importance du vote, affirmant que l’abstention américaine ne représentait pas un changement de politique et soulignant que les références au cessez-le-feu et aux otages étaient contenues dans une seule phrase. »

Non seulement les Etats-Unis vont « tenter de minimiser l’importance du vote » mais ils vont aller jusqu’à déclarer unilatéralement qu’il est « non contraignant », c’est-à-dire qu’Israël n’est pas obligé de s’y soumettre, retournant ainsi complètement le sens du vote :

« Après l’adoption de la résolution, les responsables américains se sont donnés beaucoup de mal pour affirmer que la résolution n’était pas contraignante. Le porte-parole du Département d’État, Matthew Miller, a déclaré à plusieurs reprises lors d’une conférence de presse que la résolution n’était pas contraignante, avant d’admettre que les détails techniques étaient du ressort des juristes internationaux.

De même, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, John Kirby, et l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, ont insisté séparément sur le fait que la résolution n’était pas contraignante.

L’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, a rétorqué que de telles résolutions sont effectivement contraignantes. Le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, a déclaré que les résolutions du Conseil de sécurité constituent le droit international, « dans cette mesure, elles sont aussi contraignantes que le droit international. »

Arnaud Bertrand nous propose son analyse :

« Depuis le début, il est évident que Gaza était, à bien des égards, un combat entre le droit international et « l’ordre fondé sur des règles » des États-Unis.

https://twitter.com/ShaykhSulaiman/status/1772389118439252045/video/1

Tout cet épisode autour de la résolution de l’ONU en est une parfaite illustration. Il n’y a aucun doute parmi les spécialistes du droit international sur le fait que les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui « exigent » certaines actions sont contraignantes (bonne explication d’un juriste ici : https://verfassungsblog.de/why-todays-un-security-council- la résolution-exigeant-un-cessez-le-feu-immédiat-est-juridiquement-contraignante/). En fait, les résolutions du Conseil SONT le droit international, l’article 25 de la Charte des Nations Unies stipule clairement : « Les membres des Nations Unies conviennent d’accepter et d’exécuter les décisions du Conseil de sécurité conformément à la présente Charte. »

Pourtant, les États-Unis soutiennent maintenant que la « règle » est en fait différente : « C’est une résolution non contraignante, donc elle n’a aucun impact sur Israël ».

Où est écrite cette règle selon laquelle, d’une manière ou d’une autre, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU « exige un cessez-le-feu immédiat pour le mois de Ramadan, respecté par toutes les parties, conduisant à un cessez-le-feu durable et durable », cette règle n’est pas contraignante et « n’a aucun impact » sur la partie belligérante ? Nulle part, c’est là la beauté de l’ordre fondé sur des règles : les règles sont élaborées sur le moment pour répondre aux intérêts des États-Unis et de leurs sbires, en fonction des circonstances.

Si la même résolution, avec exactement le même langage, avait été adoptée pour un conflit que les États-Unis voulaient réellement mettre fin, il ne fait aucun doute qu’ils auraient soutenu exactement le contraire : qu’elle était contraignante et que les hostilités devaient cesser immédiatement. Ce qui montre que parfois l’ordre fondé sur des règles s’aligne sur le droit international, quand c’est dans l’intérêt des États-Unis de le faire. »

Quant à Israël, il déclare qu’il se fiche complètement des résolutions de l’ONU :

« Israël a réagi avec colère à la résolution, affirmant qu’il n’avait pas l’intention de la respecter. Mardi, les attaques israéliennes sur Gaza se sont poursuivies.

L’ambassadeur israélien auprès des Nations Unies, Gilad Erdan, a critiqué le Conseil de sécurité pour avoir adopté une mesure appelant à un cessez-le-feu « sans le conditionner à la libération des otages ». « Cela sape les efforts visant à obtenir leur libération », a-t-il déclaré aux Nations Unies.

Le ministre des Affaires étrangères Israël Katz a quant à lui déclaré sur X que son pays ne respecterait pas la résolution.

« L’État d’Israël ne cessera pas le feu », a déclaré Katz. « Nous détruirons le Hamas et continuerons à nous battre jusqu’à ce que le dernier des otages rentre chez lui. » »

Pour augmenter la pression sur ce pays, la Cour Internationale de Justice en rajoute une couche :

« Israël doit augmenter d’urgence la capacité et le nombre d’accès terrestres à Gaza, intiment les juges de la CIJ. Ils ordonnent la fourniture « sans restriction et à grande échelle » d’eau, de nourriture, d’abris, de vêtements, de médicaments et de combustibles, rapporte notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas.

Les juges rappellent que selon l’ONU, pour permettre le transport de l’aide humanitaire, il faudrait aussi suspendre les opérations militaires. Ils notent encore qu’une résolution a bien été adoptée par le Conseil de sécurité il y a trois jours, même si elle n’est toujours pas exécutée. Les juges ordonnent donc, en substance, à Israël d’empêcher la famine en cours à Gaza. Une famine qui « s’installe », écrivent les magistrats dans leur ordonnance de 16 pages. »

Israël se comporte ainsi comme un Etat hors la loi, un Etat voyou, soutenu par le pays qui prétend faire régner l’ordre international, le gendarme du monde. Les dirigeants de ces deux pays ont-ils vraiment conscience que le monde entier observe leur aberrant comportement ?

« Le personnel de l’ONU travaillant avec les Palestiniens en Cisjordanie occupée a été soumis à une campagne systématique d’obstruction et de harcèlement de la part de l’armée et des autorités israéliennes depuis le début du conflit à Gaza il y a cinq mois, selon des documents internes de l’ONU obtenus par le Guardian.

Les documents font état de centaines d’incidents allant du bandeau sur les yeux et passages à tabac du personnel de l’ONU aux points de contrôle à l’utilisation des installations de l’ONU par les troupes israéliennes comme positions de tir lors des raids sur les camps de réfugiés dans lesquels des Palestiniens ont été tués.

Les documents ont été compilés par l’Unrwa, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour la Palestine, qui fournit des services essentiels aux Palestiniens dans les territoires occupés depuis des décennies. »

« Si aucun lien n’a été établi entre les civils détenus et le Hamas, ces civils affirment avoir été « torturés » dans ce qui ressemble à un Guantanamo à l’israélienne. Bahaa Abu Rukba a 24 ans et il est secouriste au Croissant-Rouge palestinien à Gaza. En décembre dernier, il est arrêté par l’armée israélienne dans le nord de l’enclave. Il passe vingt-et-un jours en détention.

« Je vous jure que j’ai l’impression d’avoir passé vingt-et-un ans en prison, à cause de la torture. Je ne sais même pas où j’étais, sur une base militaire, je crois. Mais pas une fois, je n’ai vu la lumière du jour », raconte-t-il.

Durant sa détention, Bahaa enchaîne les interrogatoires : « On passait jusqu’à 21 heures à genoux, chaque jour. Ils nous ont fait subir des choses inimaginables. Ils me disaient : “Tu es membre du Hamas !” Je répondais que je travaillais pour une organisation humanitaire. Ils ne m’ont pas cru, et m’ont soumis à la torture. Ils me mettaient tout nu, pieds et poings liés. Ils me frappaient dans les parties intimes. Je vous passe les détails, mais j’ai subi des traitements humiliants et dégradants. Il y avait même une soldate qui me giflait. »

Le jeune homme affirme qu’il a été torturé et qu’il a été privé de sommeil et de nourriture. « Ils nous donnaient une boîte de thon pour cent détenus, un concombre et un peu de pain le soir. Même pas assez pour un oiseau. Ils nous ont dit : “On n’est pas là pour vous nourrir, mais pour vous maintenir en vie, et continuer de vous torturer.” Ils nous ont menacés de nous amputer, ou encore de prélever nos organes. » »

« Israël a poursuivi vendredi ses bombardements aériens et terrestres sur la bande de Gaza, tuant des dizaines de Palestiniens, alors que les combats faisaient rage autour du principal hôpital Al Shifa de la ville de Gaza, ont déclaré des responsables palestiniens et l’armée israélienne.

Les responsables palestiniens de la santé ont déclaré que deux frappes israéliennes sur la banlieue d’Al-Shejaia, dans l’est de la ville de Gaza, ont tué 17 personnes, tandis qu’une frappe aérienne israélienne sur une maison du camp de réfugiés d’Al-Maghazi, dans le centre de la bande de Gaza, a tué huit personnes. »

« Israël a mené vendredi matin ses frappes les plus meurtrières depuis des mois dans la province d’Alep, dans le nord de la Syrie, et a déclaré avoir tué un haut commandant du Hezbollah au Liban, intensifiant ainsi sa campagne contre les mandataires de l’Iran parallèlement à sa guerre à Gaza.

Israël a intensifié ses frappes aériennes en Syrie contre la milice libanaise du Hezbollah et le Corps des Gardiens de la révolution iraniens (CGRI) depuis l’attaque du Hamas, une faction palestinienne soutenue par l’Iran, contre Israël le 7 octobre. Ces derniers jours, ses pilotes ont repris leur entraînement régulier pour des « raids en profondeur » au Liban. »

« Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré vendredi 800 hectares en Cisjordanie occupée comme terres domaniales, dans une mesure qui facilitera l’utilisation du terrain pour la construction de colonies.

Cette annonce, faite le jour où le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est rendu en Israël pour des entretiens avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a souligné la détermination du gouvernement à poursuivre la construction de colonies en Cisjordanie, malgré l’opposition internationale croissante. »

« Comme l’a rapporté Reuters mardi, le projet de loi de crédits du Département d’État maintient l’interdiction du financement américain à l’UNRWA, la principale agence des Nations Unies pour les Palestiniens, pendant au moins un an. Il élimine également le financement de la Commission d’enquête des Nations Unies contre Israël et finance intégralement l’engagement annuel des États-Unis en matière de sécurité de 3,3 milliards de dollars pour Israël. »

Autre exemple de l’attitude “au-dessus des lois” des Etats-Unis. On se rappelle que le Niger avait prié l’armée étasunienne de se retirer du pays car elle n’était plus la bienvenue :

« Washington n’a pris aucune décision concernant le retrait de ses forces du Niger, où le gouvernement militaire a mis fin à un accord de coopération d’une décennie avec les États-Unis, a déclaré jeudi le secrétaire de presse du Pentagone, Pat Ryder, lors d’un point de presse.

“Aucune décision n’a été prise à ce stade concernant le mouvement des forces américaines”, a déclaré Ryder aux journalistes.

Les autorités militaires du Niger, qui ont pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État en juillet, ont annoncé le 16 mars qu’elles annulaient un accord de coopération en matière de défense de 2012 qui avait permis à environ 1 000 soldats et entrepreneurs civils américains d’opérer dans ce pays enclavé.

Dans une déclaration à la télévision nationale en mars, le porte-parole du gouvernement, Amadou Abdramane, a dénoncé la présence des troupes américaines comme « illégale » car « elle n’a pas été démocratiquement approuvée et impose des conditions défavorables au Niger ». »

De même les Etats-Unis imposent toujours illégalement ses troupes à la Syrie et à l’Irak, contrevenant encore au droit international.

On remarquera au passage que la Chine, que les médias occidentaux accusent régulièrement de « vouloir prendre la place des Etats-Unis comme leader mondial » n’impose pas unilatéralement de sanctions contre un pays, ni son armée, comme le font les Etats-Unis contre tout pays ne voulant pas respecter son « ordre mondial basé sur des règles ». Elle laisse l’ONU en décider, comme le veut le véritable droit international.

Voici une vidéo/enquête réalisée par la chaine Al-Jazeera sur l’attaque du Hamas du 7 octobre qui présente la version non israélienne et qui correspond totalement aux enquêtes faites par des journalistes alternatifs, comme nous l’avons vu la semaine dernière. Elle est sous-titrée en français et à voir pour ceux qui veulent connaitre les détails de ce drame et les mensonges sur lequel il repose.

Une vidéo qui montre indirectement à quel point cette version des évènements est censurée par les médias grand public occidentaux qui continuent à propager la version israélienne alors qu’ils savent qu’elle est basée sur des mensonges depuis longtemps débusqués. En mots clairs, les médias grand public occidentaux se sont fait les relais volontaires de la propagande israélienne en cachant la version alternative de l’événement.

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Nous finirons par cette remarque de Glenn Diesen, un professeur norvégien spécialiste de la Russie, ce qui lui vaut beaucoup d’attaques verbales :

« J’ai toujours mis en garde mes étudiants en RI : ne détestez pas vos adversaires, cela produit une mauvaise analyse !

– En lisant la couverture médiatique ridicule/caricaturale des élections russes, j’ai le sentiment de notre propre chute. Incapables de vivre dans la réalité et incapables de nous mettre à la place de l’adversaire – comment sommes-nous censés avoir une analyse et des politiques sensées ?

– L’instinct humain de se diviser en groupes du « nous » vertueux contre « l’autre » maléfique dérive de la biologie évolutionniste – il crée la loyauté de groupe nécessaire à la sécurité contre les menaces étendues. Cependant, cela mine la raison, la capacité d’évaluer la réalité objective et le besoin de voir le monde du point de vue de l’adversaire.

– Dans les années 1990, l’économie et la société russes se sont effondrées, avec des conséquences terribles. La sécurité s’est également effondrée dans la mesure où l’expansion de l’OTAN signifiait l’annulation des accords pour une architecture de sécurité européenne inclusive (Charte de Paris pour une nouvelle Europe / OSCE), et l’OTAN a pu bombarder la Yougoslavie, alliée de la Russie, en violation du droit international. Il était courant en Occident de s’attendre à ce que la Russie partage le sort de l’Union soviétique et s’effondre.

– Aujourd’hui, la Russie est la plus grande économie d’Europe (PPP), sa société s’est remise des désastreuses années 1990, sa puissance militaire est restaurée, de nouveaux partenaires internationaux ont été trouvés et la position politique internationale de la Russie (en dehors de l’OTAN) s’est également rétablie alors que la Russie préside désormais le club BRICS+. Étant donné que ce n’était pas la voie suivie par la Russie lorsque Poutine a pris la présidence, ne devrions-nous pas nous demander comment cela s’est produit ?

– Alors pourquoi n’est-il pas possible pour les hommes politiques, les journalistes ou les universitaires de reconnaître l’une ou l’autre des grandes réalisations socio-économiques, sécuritaires et politiques de la Russie ? La réponse est simple : toute reconnaissance des réalisations de la Russie au cours des 25 dernières années est considérée comme un « soutien » à Poutine, ce qui est décrédibilisé dans tout l’Occident. Les arguments ne sont pas évalués selon qu’ils reflètent ou non la réalité, mais plutôt selon s’ils sont perçus comme exprimant un soutien ou une condamnation de la Russie – et vos déclarations doivent refléter un soutien à « notre équipe ». Nous sommes obligés de priver les opposants de leur légitimité, ce qui limite ce dont nous sommes autorisés à discuter.

– Comment un journaliste occidental peut-il informer son auditoire de l’immense popularité et de la victoire électorale de Poutine alors qu’il n’est pas autorisé à dire quoi que ce soit de positif sur le président russe ?

– Les gens se conforment au mantra du bien contre le mal car il semble vertueux et patriotique de signaler qu’ils soutiennent le groupe interne et détestent le groupe externe. Mais comment pouvons-nous poursuivre nos intérêts quand nous nous sommes livrés à l’illusion et avons banni la réalité de notre analyse ?

– J’ai tenté pendant deux ans d’expliquer pourquoi les sanctions anti-russes échoueraient et pourquoi la Russie gagnerait la guerre, pour finalement me faire répondre que c’était de la propagande russe visant à saper le soutien aux sanctions et à contester le récit d’une victoire ukrainienne imminente. Au diable la réalité !

– La démocratie russe présente de nombreux défauts. Par exemple, les hommes et les cliques forts devraient être remplacés par des institutions fortes. Mais peut-on honnêtement affirmer que les médias occidentaux ne se sont pas détachés de la réalité ? »

Je rajouterai juste que l’attitude occidentale face à la Russie est en train de renforcer le « nous » du coté russe, ce qui explique en grande partie le ralliement de la population derrière la figure de chef de Poutine et son score aux dernières élections. Le revirement de Medvedev, considéré comme pro-occidental lorsqu’il était président et qui lance maintenant des attaques verbales farouches contre l’Occident, en est un exemple significatif.

A lundi prochain

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