Les hommes de ma mère, tendres, vrais et actuels

Anik Jean nous présente son premier grand film. Dès sa sortie le 4 août à midi vingt, j’ai acheté à la Maison du cinéma de Sherbrooke les presque derniers billets disponibles d’une salle remplie et attentive, silencieuse avec respect, à part quelques éclats de rire et une salve d’applaudissements spontanés qui salua la fin du film. Sans doute bien des spectateurs étaient présents à cause de la si humaine et élogieuse critique de l’étudiante en coms de l’Université de Sherbrooke, Rosalie Croteau, dans le journal local, La Tribune.

Léane Labrèche-Dor (Elsie) illumine de son âme la présence intense d’une jeune femme bousculée par la vie et la mort de sa mère : les soins qu’elle lui a apportés dans ses derniers jours avant une mort programmée par l’aide médicale à mourir ne l’ont toutefois pas préparée aux exigences d’un testament hors normes, présenté par le notaire moliéresque, le suave Louis-Georges Girard, lui imposant de retrouver les cinq époux de sa mère, dont son propre père avec qui elle se croit à tout jamais brouillée!

Confrontée à la vie sexuelle de sa mère – Anne-Marie Cadieux toujours aussi délicieuse d’excentricité – et aidée dans sa lutte contre l’alcoolisme par une amie propriétaire de bar – jouée avec sensibilité par Isabel Richer –, la jeune femme se voit propulsée dans une chasse à l’homme inattendue : sa recherche entamée sur le thème des préjugés contre les mâles fuyant leurs responsabilités va plutôt lui offrir des rencontres qui vont enrichir sa vie de manière exceptionnelle, en une époque de réseaux sociaux court-circuitant les vraies rencontres humaines par des mensongers likes ou messages haineux, ainsi que de films moins bien ficelés tel Le temps d’un été de la pourtant admirable Louise Archambault.
 

Les acteurs du film et sa musique

Le plus vieux mari, Marc Messier, pas tout-à-fait crédible dans ce rôle au-delà de son âge, lui prodiguera des conseils réfléchis de sagesse, opportuns au moment où elle retrouve sa caméra et sa vocation artistique salvatrice.

L’anglophone de service des deux Bon cop, Bad cop, de Patrick Huard, Colm Feore, s’avérera le plus attentionné des gentlemen à Stratford, destination naturelle pour le comédien en sa vie et dans le film où il avait épousé la mère comédienne dont il garde un touchant souvenir.

Le tenancier de bar Benoît Gouin va s’avérer le plus surprenant de tous, aux prises avec une blonde possessive jouée avec le tempérament habituel par Sandrine Bisson, qui avait heureusement pu révéler toute l’étendue de son talent dans Confessions, de Luc Picard.

Patrick Huard pourrait redevenir le plus tendre père, un rôle à reconquérir auprès de sa fille coriace, car blessée. La brillante carrière de ce comédien est sous-estimée, toujours juste dans Starbuck comme dans le téléfilm de Micheline Lanctôt Les guerriers (2004) que Radio-Canada censure parce qu’avec Dan Bigras, il y jouait un rôle étourdissant de vérité antimilitariste d’un publicitaire de la Défense Nationale.

Quant à Jean-Simon Leduc interprétant un jeune homme au passé non exempt de bêtises impardonnables, ses tentatives de réapprivoiser sa belle-sœur Labrèche-Dor sont facilitées par sa fille Charlotte qui crève l’écran, grâce à la prestation d’Emma Lafrenière; le film vous révèlera la suite, avec les multiples talents de Jean-Simon.

Seul mini-défaut des deux heures et six minutes du film, il nous faudra attendre au générique pour entendre la merveilleuse chanson d’Anik Jean De nulle part à aujourd’huii avec Michel Rivard qu’on prend pour Richard Séguin à cause de sa discrète guitare et sa voix plus patinée qu’auparavant; une meilleure utilisation n’aurait-elle pas été possible lors des scènes significatives ponctuées par de belles chansons comme celle de Patrick Watson mais d’autres en anglais, sans sous-titres, hélas discordantes à mes oreilles pourtant non puristes? Pourtant, je suis grand fan de Billie Eilish, hier à Montréal, en fin juin à Paris pour l’appui à l’UNESCO et à la paix, et mon article dithyrambique à son sujet avait été accepté par un journalii  pourtant reconnu pour sa vigilance sur notre langue.
 

Confidences de sa directrice artistique

« Le travail d’une directrice artistique n’est pas que de trouver les bons lieux à filmer, il consiste aussi à diriger tous les changements qu’on doit y apporter pour servir le propos, avec des équipes d’accessoiristes, décorateurs, menuisiers et peintres tout en respectant les budgets alloués. » Notre coprésidente des Artistes pour la Paix, Louise Marie Beauchamp, s’est sentie privilégiée de pouvoir travailler à ce titre sur ce projet essentiellement de filles mues par de proches valeurs, en partant du beau scénario de Maryse Latendresse endossé par Anik Jean et son chum producteur; car Anik partait d’idées très précises sur l’esthétique recherchée des différents lieux de tournage, en effet essentielle pour mieux définir la différence de caractères des personnages du film : l’assister devenait donc un charme.

À ma question sur le chalet et l’image du si beau lac, sans doute dissociés, Louise Marie a répondu que et le décor intérieur ancien du chalet, et le chalet, et son emplacement près du lac venaient ensemble, grâce à une propriétaire polonaise respectueuse des lieux!

Le projet actuel sur lequel travaille Louise Marie pose des défis fort différents, puisqu’il s’agit de la deuxième saison de la série télévisée À propos d’Antoine.

Plusieurs pays européens s’intéressent à cette série documentaire explorant la réalité de familles vivant avec un enfant polyhandicapé. « Souvent, les batailles qu’elles mènent ne sont pas beaucoup écoutées. Or, les remerciements pour la série sont nombreux. On dit que c’est très lumineux et ça me fait plaisir », réagit Cathleen Rouleau, qui s’est inspirée, pour l’écriture du scénario, de sa relation avec Antoine, le fils de son amoureux Sylvain Parent-Bédard, un projet tout-à-fait original.

Louise Marie est reconnaissante de découvrir la réalité de cette famille, d’abord brisée par le malheur, qui a réussi à faire face ensemble aux épreuves du malade polyhandicapé, à la fois autiste, déficient intellectuel et non verbal, aux prises avec des nuits qui peuvent compter jusqu’à 50 crises épileptiques et le laisser rompu de fatigue. Ses proches réussissent le miracle d’une famille reconstituée et unie par leur combat admirable pour la vie. Et le plus étonnant, c’est que pour la famille (et l’équipe entière télévisuelle!), « la présence d’Antoine et les difficultés qui viennent avec, est vécue comme un ajout de grande humanité dans leur vie personnelle : c’est tout le sens de la série et je dirais même de leur existence… » conclut Louise Marie.

https://www.youtube.com/watch?v=HywL511PCHQ
ii https://lautjournal.info/20210319/billie-eilish-ou-le-monde-est-flou-worlds-little-blurry
 

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