La “grande bataille”

La “grande bataille”

La “grande bataille”

10 juin 2023 (18H00) – Est-il nécessaire de vous confier que je serais bien en peine de vous donner une analyse de la bataille en cours ni même de son issue malgré les signes qui s’accumulent dans ce sens. Vous comprenez de quelle bataille je veux parler ? Alors, vous comprenez également ma mesure et ma prudence.

Note de PhG-Bis : « D’autres se chargent de ce rude travail, au moins celui de l’analyse de la bataille. PhG est particulièrement impressionné par le travail de ‘Simplicius-The Thinker’, la dernière référence dont parle toute l’AMC (‘Alternative Media Community’, comme dit Korybko de la presse indépendante, que PhG nomme « Notre Samizdat »). Jetez un coup d’œil chez Simplicius, vous mesurerez son travail, et la difficulté colossale de donner une image cohérente de la bataille. »

Mais autre chose m’a frappé que cette difficulté de jugement et d’analyse qui m’interdit de me prononcer nettement et clairement, – cette autre chose qui n’est pas sans importance. On en a une idée lorsqu’on entend ici et là une référence à la grande bataille de Koursk, de l’été 1943, qui fut avec Stalingrad le tournant de la Deuxième Guerre mondiale. En général, c’est pour laisser entendre qu’une grande victoire russe est en vue ; moi aussi, je reprends cette analogie de Koursk sans tenir compte des facteurs quantitatifs si incomparables (nombre des forces, essentiellement), mais dans un but différent même si je comprends tout à fait et fort bien la cause générale de l’analogie.

Ce que l’on sait et voit, par innombrables parcelles, nouvelles de tous côtés, vidéos, explosions, confusion et brouillard furieux de la guerre, brusque éclairage d’une manœuvre, cris de guerre et plaintes de mort, cette sensation d’une immense trépidation de l’affrontement, c’est bien qu’il s’agit, comme Koursk, d’une “grande bataille” ; et ainsi, l’on ressent que, comme dans toute “grande bataille”, il y a là le tournant d’une guerre… Et cela n’est pas pour vous dire, au contraire de ce que j’ai dit plus haut, que j’ai la conviction de la victoire de l’un et de la défaite de l’autre ! Je dis que c’est une “grande bataille”, vraiment comme l’on parle d’un fait historique qui recèle la montée vers la dimension métahistorique, – quelque chose où les dieux ont leur mot à dire.

C’est aussi un moment terrible où toutes les interrogations qui jusqu’ici flottaient dans les têtes et d’une tête à l’autre, se rassemblent pour n’en former plus qu’une seule. C’est ce qui se passe depuis ces derniers jours où il est apparu que la bataille ne suivrait pas la stratégie de dessin animé rassemblé en bandes dessinées qui constitue l’essentiel du système de pensée des cerveaux dépourvus des vis et des boulons nécessaires, les cerveaux qui veillent sur l’avenir du monde du point de vue stratégique entretenue par ‘D.C.-la-folle’. Tout cela nous conduit à cet instant fatal où tout ce que l’Occident-addictif et -purgatif compte de voix-qui-comptent doit se réunir pour faire les comptes… Comme le disait l’excellent Mercouris, hier :

« Une partie des dirigeants, les Blinken, les Nuland, les Rasmussen,  étaient de ceux qui pensaient vraiment que dès que l’offensive serait déclenchée, les dirigeants russes paniqueraient, les troupes perdraient tout moral et se débanderaient, etc. D’où l’apparence très étrange qu’a pris la décision de lancer l’offensive. Mais maintenant que l’on sait que ce n’est pas le cas, maintenant [que l’offensive n’a pas donné, loin de là sinon au contraire, le résultat espérée de l’effondrement russe], se pose la question : que faire ? Et tous les aspects de cette question convergent vers le sommet de l’OTAN [à Vilnius, le 11 juillet]… »

Le principal élément, c’est donc bien celui-ci : puisqu’il n’y a pas eu complet et immédiat effondrement et que nous ne sommes pas à Moscou, où le sommet de Vilnius aurait pu être transféré in extremis pour fêter la victoire Blinken-Nuland-Rasmussen, alors que peut-on faire ? Peu osent le savoir, et très peu, sinon personne, n’ose le dire, – ceci précisément : au train où vont les choses, il s’avère que l’Ukraine ne peut vaincre la Russie, tant s’en faut et plus sûrement le contraire, alors que l’Ukraine avec tout ce qu’on lui a donné, c’est déjà presque l’OTAN. Imagine-t-on l’issue de cette logique, ce qu’elle signifie ? Le simulacre est sur le point de défaillir, soudain si proche d’être mis dans les bras de la réalité glacée et insupportable, – et l’OTAN de trembler, de la tête aux pieds.

Vous imaginez bien qu’à cet instant l’un ou l’autre va brandir un article de journal, peut-être même Rasmussen, comme conseiller de Mister Z., aura-t-il pu se glisser dans la salle de conférence, et l’on brandit le texte de son intervention, – dont on a effectivement parlé beaucoup ces derniers jours. Mercouris, promenant sa pensée parmi les phalanges neocon, disait il y a deux jours que les neocon avaient toujours un plan prêt à être proposé, tandis que personne, dans le reste de la troupe décontenancée, n’a d’argument à opposer… Je vous rappelle la philosophie des neocon, vue par Mercouris :

« Les neocon ne reculent jamais. Si l’opération qu’ils ont lancée réussit, ils choisissent l’escalade. Si l’opération qu’ils ont lancée rencontre de grandes difficultés, ils choisissent l’escalade. »

Les neocon coassent de plaisir avec leur porte-voix Rasmussen, assurés que leur heure est venue, tandis que les Polonais hésitent entre leur fameuse ivresse et une certaine mélancolie qui leur vient des compte-rendu de la bataille en Ukraine : “Tout de même, c’est un gros morceau”. Le reste de la volaille n’ose dire tout haut ce qu’elle n’ose même pas penser tout bas. Biden, du côté américain, compte et recompte les 32 ou 34 chefs d’accusation que les “fédéraux” ont décomptés contre l’ex-président Trump et les multiplie par 3,14116 (exactement “3,14159265358979323846264338327950288419716939937510582” – et l’on en passe, –selon les documents classifiés saisis par le FBI sous le code “Pi”). Son but est d’obtenir très précisément ce qu’il croit être le pourcentage de voix favorables que vont ainsi lui donner les sondages grâce à cette occurrence favorable, et sa victoire facile qui s’ensuivra exactement au début de novembre 2024. A ce moment, jure-t-il, on viendra sérieusement en aide aux Ukrainiens, – disant cela, c’est un monde ! comme s’il jugeait les Ukrainiens battus dans l’actuelle contre-contre-offensive.

D’une façon générale et comme on détaille les forces militaires dont on dispose, les uns et les autres détaillent le nombre de manifestants dans leurs rues et dans les urnes si l’OTAN, d’un seul élan-collectif et -compulsif, décidait de venir en aide aux braves Polonais, si ceux-ci, entrés en Ukraine, se trouvaient mal-traités par les hordes russes, – que de  “si”, mais comme les choses vont si vite ! Comme l’on voit et constate par avance, presque d’un œil divinatoire, “le sommet s’amuse” comme l’on disait, du temps de Talleyrand, « Le Congrès s’amuse ».

Mais au contraire de Talleyrand, qui l’avait plutôt finaude, ils ne s’amusent pas pour mieux faire passer les arrangements et les compromis, mais pour oublier leur rêve brisé. Vilnius risque bien d’être leur chemin de Damas et, nous l’avouons, nous ne savons pas ce qui nous attend d’affreusement terrible après. Qu’importe, de toutes les façons nous l’aurons bien mérité et nous pouvons reprendre, en chœur, le cri terrible du terrifiant Howard Kunstler, le sardonique, qui se moque des malheureux qui croyaient ce que “font, font, font les marionnett-es” :

 « Ce qui semblait être une excellente idée pour une certaine clique de soi-disant néo-conservateurs dans notre pays – utiliser l’Ukraine comme un piège à ours – a plutôt soudainement révélé les multiples faillites de l’Europe et de l’Amérique et a révolté tout le reste du monde en dehors de la civilisation occidentale. Oh, l’émerveillement et la nausée ! »

J’aime tant cette association, sinon d’idées, au moins de réflexes salvateurs : « Oh, l’émerveillement et la nausée ! »

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À propos de l'auteur Dedefensa.org

« La crisologie de notre temps » • Nous estimons que la situation de la politique générale et des relations internationales, autant que celle des psychologies et des esprits, est devenue entièrement crisique. • La “crise” est aujourd’hui substance et essence même du monde, et c’est elle qui doit constituer l’objet de notre attention constante, de notre analyse et de notre intuition. • Dans l’esprit de la chose, elle doit figurer avec le nom du site, comme devise pour donner tout son sens à ce nom.

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