Nettoyage à sec

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5 mai 2023 (20H00) – Nous l’avons tous vécue, « La journée d’hier… », en assistant à l’événement et en notant, en passant et à tout hasard, son caractère assez remarquable, peut-être historique, voire métahistorique. Cette attaque contre le Kremlin, avec des engins qu’on pourrait peut-être bien acheter un peu partout (comme on dit “dans toutes les bonnes pharmacies”), avait à la fois un côté profondément tragique et un côté extrêmement bouffe. Peut-être que la fameuse tragédie-bouffe, ce concept que nous déployons bien souvent, n’est pas l’assemblage de deux aspects antinomiques mais bien leur fusion totale : ce qui est tragique a également un côté bouffe, et vice-versa…

Le désordre de la communication (encore plus que de l’information : vous savez que je tiens à cette nuance) fut considérable. Je vous donne l’avis d’un homme du domaine, dont je vous ai souvent dit que je le tiens pour remarquable, – Alexander Mercouris ce matin :

« La journée d’hier fut l’une des plus dangereuses de cette période de la guerre d’Ukraine. Je devrais aussi ajouter qu’en termes de l’information, ce fut, de mon point de vue, l’une des plus chaotiques…

» Tant de choses survenant dans tant de lieux différents, avec tant d’interprétations différentes de ce qui était en train de se passer, venant de tant de personnes différentes, [tout cela fit] qu’il fut extraordinairement difficile de donner un sens aux événements en cours… »

Mercouris s’y emploie pourtant, avec son brio habituel. Écoutez-le et vous aurez une bonne idée de ce que l’on peut penser de cette affaire, lui-même exposant le jugement, argumenté avec soin, que les Ukrainiens du Zelenskistan ne peuvent en être étrangers. La chose est exposée clairement, c’est-à-dire que le chaos est détaillé avec un soin et une logique remarquables. Mais le chaos reste le chaos, même si c’est, – “chaos bien ordonné commence par soi-même”, à adresser aux auteurs de l’attaque…

Pour ma part, je ne sais que dire, sinon, après avoir sottement vaticiné autour de l’hypothèse d’un ‘false flag’, en venir aux pieds-nickelés du Zelenskistan, – d’ailleurs, assez impressionné, dans mon chef, par la rigueur et la vigueur de l’argumentation de Mercouris. Ce que j’ai remarqué, par rapport à l’introduction du même Mercouris, c’est qu’effectivement le désordre de la communication, – c’est-à-dire son abondance, son poids et sa vitesse, – accélère jusqu’au délire de l’horreur et à l’ivresse de la dérision cette fusion du tragique et du bouffe. Nous contemplons alors avec une certaine incrédulité mais sans irritation excessive les impulsions irrésistibles du déterminisme-narrativiste pour continuer la chevauchée du commentaire…

C’est dire… Et valsez simulacres, aussi nombreux que possible, à mille-temps s’il le faut ! Tenez, celle-ci, par exemple, cette hypothèse simulacrée d’un lecteur de RT.com, que j’ai trouvée finalement fort bien structurée :

« Pensez à cette tentative d'assassinat du président Poutine d’un point de vue différent… Si Washington en était arrivé au point de vouloir faire assassiner Zelenski, comment pourrait-il y parvenir tout en gardant les mains propres ? Lancer une attaque directe par drone sur le président Poutine….Comme prévu, Zelenski serait immédiatement accusé. Ensuite, hypothétiquement, les forces russes (comme le prévoit Washington) réussissent à assassiner Zelenski, tandis que Biden et le Pentagone s'assoient et regardent ce qui se passe. (Paraphrase : Provoquer le président Poutine pour qu'il fasse le sale boulot de Washington.) Plausible ? C'est juste une idée… »

A cause de cela, de ce chaos qu’on aimerait effectivement “bien ordonné” mais qui nous submerge par “son abondance, son poids et sa vitesse”, il est vrai qu’il est difficile de saisir, non pas la vérité elle-même qui est peut-être un aspect plus superflu qu’on ne croit, mais ce qu’il y a d’historique dans l’événement, – et plus encore, ce qui, dans cette dimension historique, monte jusqu’à l’essentiel qui est métahistorique… Qu’est-ce qui, dans cet événement, indique sa dimension métahistorique manifeste ? Il se trouve que “poser la question c’est y répondre”…

Certes, cela est bien difficile à trancher de façon précise et claire, comme l’est la vérité elle-même de l’événement. Il faut se débarrasser de cette bouillie mentale du déterminisme-narrativiste, des veaux suivant les moutons qui les mènent à leur Disneyland où l’on découpe la Russie en rondelles.

Par contre ! Par contre, si l’on est sensible à la vigueur des soubresauts, à la diversité empressée des commentaires, à la tension qui envahit l’atmosphère où nous évoluons, au “bruit de fond” qui bourdonne de plus en plus sourdement, – si l’on est sensible à l’aide décisive que peut vous apporter l’intuition, – alors oui nous pouvons l’affirmer sans craindre la colère des dieux ! Quelque chose dans la construction de notre perception qui ne peut se faire qu’après avoir recueilli les éléments les plus précieux de l’événement déconstruit, ce quelque chose nous parle de métahistoire.

Des visages et des âmes se sont révélés, la lumière soudaine de l’explosion les a éclairés pour nous. Devant l’objurgation de l’ambassadeur russe à Washington Antonov (« Nous espérons que l’administration Biden aura le cran et la dignité de condamner cet acte terroriste »), le conformisme sans visage et sans âme des employés du Système, habitués à prêter serment au moindre propos qui puisse trahir ce serment, ont répondu comme il se doit :

« Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a déclaré aux journalistes mercredi que les États-Unis ne pouvaient “en aucune façon valider” les affirmations de la Russie concernant l'attaque. “Je prendrais tout ce qui vient du Kremlin avec une sacrée pincée de sel”, a-t-il ajouté.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, a déclaré que les États-Unis ne pouvaient pas confirmer “l’authenticité” des rapports russes sur l'incident. Elle a ajouté que Washington “n'encourage ni ne permet à l'Ukraine de frapper au-delà de ses frontières”. »

Conscient de parler au nom de son oncle et le faisant à la lumière du poème fameux qu’affectionnait JFK (« J’ai rendez-vous avec la mort » – « I Have A Rendez-vous With Death »), RFK Jr. a donc manipulé son compte twitter pour sauvegarder ce qui peut l’être d’un cran et d’une dignité enfuis :

« La Russie a annoncé aujourd'hui que le Kremlin avait été attaqué par des drones armés, vraisemblablement ukrainiens. Imaginez comment nous réagirions si les forces soutenues par la Russie lançaient une frappe de drone sur le Capitole. Nous devons arrêter ces tentatives délirantes d’escalade de la guerre.

» Après avoir réussi à désamorcer la crise des missiles de Cuba, le président John Kennedy a mis en garde contre la tentation de forcer à nouveau la Russie à choisir entre l'humiliation nationale et la guerre nucléaire. Nous devrions suivre son conseil. »

Peut-être est-ce là que l’on trouve les traces de la métahistoire ? Dans tous les cas, il y a celles de la tragédie… Et puisqu’il faut y adjoindre le côté bouffe, ce sera au tour de Zelenski, prince du Zelenskistan et acteur comique de téléréalité reconverti en président. Il s’agit bien du héros de notre temps, qui vaut un Yann Barthès, un Hanouna ou un Nagui (j’ai choisi les trois plus gros salaires du PAF). L’étrange de mon propos, c’est le constat du soudain voyage de Mister Z. dans plusieurs pays de notre vaste, accueillante et bienveillante communauté, et ce voyage comme périple d’une façon assez vague et dissimulée, comme un furtif F-35 si vous voulez. J’ignore ce qu’il faut en penser, Votre Honneur, mais l’on doit dire que cela tombe, comment dirais-je, – assez bien ou assez mal à propos, c’est selon.

Dans tous les cas, cela permet au digne et avisé commentateur qu’est l’ancien ambassadeur de l’Inde à Moscou, M.K. Bhadrakumar, de trouver une image à la fois audacieuse et pleine d’audace pour désigner Mister Z. et son tour d’Europe sans escale ni étape affichée au travers de l’Europe amie… J’espère que M.K. ne sera pas accusé d’antisémitisme, mais il est vrai que l’on est, en Inde, dans ce pays de vaste culture et de fort belle tradition, un peu moins sot et vulgaire, un peu moins arrogant et suffisant, un peu moins trouillard et terrorisé également, que dans nos contrés de l’Occident-rétréci :

« Mais les mains de Poutine sont liées au-delà du moment où le pays est en colère et exige des représailles, comme le montrent les commentaires de l'ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, Dmitri Medvedev : “Après l'attaque terroriste d'aujourd'hui, il n’y a plus d’autres options que l'élimination physique de Zelenski et de sa clique”.

» Quant à Zelenski, il a simplement quitté Kiev pour se rendre à Helsinki, puis à La Haye, pour arriver à Berlin le 13 mai dans le cadre d'une visite d’État, sentant peut-être le danger. En effet, le destin du régime de Zelenski semble scellé. Zelenski nous rappelle le mythique Juif Errant, qui a nargué Jésus sur le chemin de la crucifixion et a ensuite été maudit, condamné à errer sur la Terre jusqu'à la Seconde Venue. »

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À propos de l'auteur Dedefensa.org

« La crisologie de notre temps » • Nous estimons que la situation de la politique générale et des relations internationales, autant que celle des psychologies et des esprits, est devenue entièrement crisique. • La “crise” est aujourd’hui substance et essence même du monde, et c’est elle qui doit constituer l’objet de notre attention constante, de notre analyse et de notre intuition. • Dans l’esprit de la chose, elle doit figurer avec le nom du site, comme devise pour donner tout son sens à ce nom.

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