En route !

En route !

Citoyen de la vile de Québec depuis plus de 40 ans, une ville que j’affectionne particulièrement, je suis à l’écoute de ce qui s’y passe et curieux de ses projets. Le projet d’implanter un réseau de transport structurant dans la ville en fait partie. Je suis toujours aussi étonné du génie de nos politiciens, municipaux et autres, dans l’art de barater n’importe quoi.

Depuis des lunes, il est question d’un 3è lien reliant les rives nord et sud à Québec. Une petite leçon d’arithmétique s’impose ici. Un calcul mental éreintant de 1+1=2 et 2+1 donne 3 sans équivoque. De fait, le pont de Québec, le pont Pierre Laporte et la traverse Québec-Lévis donnent bel et bien 3 liens rive nord et rive sud à Québec. On devrait donc parler d’un 4è lien  projeté à l’est de la ville. Et ce lien, pour certains, devrait se faire de centre-ville à centre-ville Québec-Lévis(?)

Il faudrait d’abord établir où est le centre-ville de Québec. Historiquement, ce fut successivement le quartier Petit Champlain, le quartier du Vieux-Québec, centre administratif avec la Place de l’Hôtel-de-ville et l’Assemble nationale tout près, puis l’extension de celui-ci au faubourg Saint-Baptiste, et enfin le Quartier Saint-Roch, davantage un pôle commercial qu’administratif. La ville compte d’ailleurs autant de pôles commerciaux que d’arrondissements.

Ensuite, pour justifier un 4è lien principalement autoroutier à l’est de la ville, d’aucuns ironisent sur les illuminés qui ont construit le pont Pierre Laporte à côté du pont de Québec. C’est que le bon vieux pont de Québec, âgé maintenant de plus de 100 ans, ne suffisait plus à la tâche. La circulation s`étant amplifiés dans ce secteur au fil des ans, il fallait  répondre aux besoins routiers avec les moyens du temps et la vision du temps. Ces deux infrastructures sont plus essentielles que jamais pourvu qu’elles soient entretenues correctement.

Enfin, faire aboutir la traverse sous fluviale de centre-ville à centre-ville Québec-Lévis quelque part dans Saint Roch ou aux abords de Limoilou est la bêtise du siècle. En écrivant cela, j’ai sous les yeux une carte de la ville de Québec ; j’invite le lecteur à s’en procurer une. D’abord un premier constat. Toutes les  rues et boulevards principaux de la ville sont parallèles au fleuve et orientés est-ouest : boulevard Champlain, Grande Allée ouest, René-Lévesque, Saint-Jean, Saint-Vallier est, Charest est, Dufferin-Montmorency, Félix-Leclerc. Dans le sens nord-sud, deux importants collecteurs de trafic aboutissent dans le secteur Saint-Roch-Limoilou: l’autoroute Laurentienne et le boulevard Henri-Bourassa. Bref, le lieu où devrait émerger la traverse sous fluviale est une véritable toile d’araignée routière déjà congestionnée.

Ce qui nous amène au projet du tramway. Forcément, le tramway va circuler sur l’une ou l’autre des infrastructures routières existantes. Or, comme l’offre routière est surabondante à Québec, les automobilistes auront toujours le choix et le dernier mot entre conserver leurs habitudes ou abandonner celles-ci au profit de ce mode de transport collectif. Comme ils ne l’ont pas fait pour le service de Métrobus, il est douteux qu’ils le fassent pour le tramway. Le nouveau mode de transport collectif risque d’entraîner cependant un effet de débordement sur les voies de circulation adjacente, sans résoudre le problème de congestion et sans répondre à l’un des besoins prioritaires : le transit nord-sud du flux de circulation.  Le dernier rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) intitulé «Projet de construction d’un tramway à Québec», publié en novembre 2020 ne disait pas autre chose.

Dernière aberration : le train de Via rail Québec-Montréal. Ceux qui ont déjà pris ce train vont s’y retrouver. Le train part de la gare centrale de Québec  et fonce vers la gare de Saint-Foy, effectue un virage de 180 degrés pour y prendre un passager et demie, puis fait un premier virage de 90 degrés pour s’engager sur le pont de Québec. À la sortie du pont il refait un deuxième virage de 90 degrés qui le met en ligne vers Montréal à la vitesse décoiffante de165 km/h, vitesse réduite à 80 km/h aux abords de l’un des nombreux passages à niveau, pour aboutir  finalement à Montréal à bout de souffle et les essieux en feu. Nous sommes au 21è siècle. Des trains de partout dans le monde voyagent au triple de cette vitesse : le SCMaglev (Japon) vitesse maximale : 603 km/h, le Transrapid (Chine) vitesse maximale : 581 km/h, le TGV (France) vitesse maximale : 575 km/h, le KTX Korea vitesse maximale : 421 km/h, L’AVE (Espagne) vitesse maximale : 404 km/. À ces vitesses, il faudrait moins d’une heure pour relier Québec-Montréal, une distance de 260 kilomètres.

Que faire devant un tableau aussi sinistre, un tantinet cynique ? Abandonner toute pensée magique en matière de transport serait une bonne idée. Croire que les automobilistes vont abandonner spontanément leurs voitures pour monter à bord du tramway, ou croire qu’un nouveau lien autoroutier nord-sud sera sans conséquences majeures sur la trame urbaine de la ville de Québec sont des utopies. Les coûts associés à ces projets, eux, sont loin d’être utopiques et loin d’être figés dans le temps, en raison de l’inflation notamment. Si on maintient le cap, il ne restera plus qu`à payer les factures pour des décennies à venir, lesquelles factures seront salées à n’en pas douter. Autrement, s`ils étaient «déroutés», tous ces milliards prévus pour le tramway et le 4è lien permettraient de mettre à niveau les infrastructures des principales missions de l’État québécois, pas seulement les chaussées, les ponts et les viaducs de la Capitale, mais les hôpitaux et les écoles de la province entre autres.

Il n’est pas interdit d’être intelligent en ces matières. Les autorités municipales l’ont été à quelques reprises au cours de l’histoire récente, notamment lors des fêtes du 400è de la fondation de Québec 1608-2008. L’ouverture d`un vaste stationnement à la tête des ponts et des navettes de bus urbains ont permis d’éviter la congestion prévisible des déplacements à travers la ville vers la place du 400è en plein centre-ville. La deuxième fois qu’une lueur d`intelligence a filtré, ce fut lors des manifestations anti sanitaires. Pendant que la ville d`Âwawa était assiégée, les autorités municipales de Québec ont carrément fermé un quadrilatère autour du parlement.  Oui au droit de manifester mais pas n’importe comment. On espère toujours ce retour du bon sens dans les projets de la ville de Québec mes amours.

 

Yvonnick Roy

Québec

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