De l’urgence de l’édification de notre État national

De l’urgence de l’édification de notre État national

Le gouvernement Legault découvre soudainement que notre nation fait face à un défi existentiel. Si son ministre Roberge en appelle à un « réveil national », c’est sans doute parce qu’il y a des dormeurs. En réalité, ce défi a toujours été le nôtre depuis la défaite de la France sur notre territoire qui nous a laissés seuls avec les Anglo-Saxons animés par le projet de nous marginaliser jusqu’à l’insignifiance politique. La guerre de Sept Ans se poursuit.

Le maître à penser

Un qui ne dormait pas, Lionel Groulx, affirmait : « Contre la langue française, contre nos lois, contre nos écoles, contre nos privilèges et nos droits les plus sacrés, se poursuit, à Ottawa et ailleurs, une offensive savante, sournoise, systématique, froidement résolue à porter le coup décisif. » (Anthologie politique, p. 25)

De ce constat, Groulx, loin de se confiner dans l’impuissance, va élaborer la seule réponse réaliste pour relever ce défi existentiel. Non pas un simple « réveil national », mais l’instrument d’un véritable redressement national :

« Un État français, l’État national comme la première condition d’un redressement efficace de notre vie collective ! Mais État”», autonomie”, deux mots qui font trembler comme celui d’ indépendance” nos esprits foncièrement colonisés. » (Lionel Groulx, p. 342)

Cette position fut réaffirmée dans son fameux discours de 1937 :

« Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, notre État français, nous l’aurons. »

Avec Groulx, le Québec cesse de se penser comme une province pour se penser comme un État français. C’est limpide dans son fameux discours de 1937 au Palais Montcalm :

« L’idée centrale de son discours reste de faire de l’État du Québec un État national, au lieu d’une province gouvernée à l’intérieur des limites tracées par la majorité canadienne-anglaise. » (Lionel Groulx, p. 377)

Groulx fut le premier à penser le Québec comme un État plutôt qu’une province. Il est le père de notre doctrine d’État. Rien à voir avec les provinciaux qui nous gouvernent et qui nous proposent un dérisoire « réveil national » avec la loi 96. Alors même que la gravité de la situation commande une réaction de légitime défense qui engagerait tous les moyens de l’État national comme levier pour opérer un véritable redressement national.

Daniel Johnson (père) fut le dernier premier ministre à poursuivre la stratégie de Groulx avec son programme de 1966, Québec d’abord ! Un programme dont la première section résume en huit points structurants l’édification de l’État national.

Il fut le dernier premier ministre à penser le Québec comme un État plutôt qu’une province. Notre dernier chef d’État.

Depuis, on en cherche un autre. De tous les postes vacants à combler de toute urgence, celui d’homme d’État est sûrement le plus important afin de relever le défi existentiel posé à notre nation par le fédéralisme centralisateur.

En 2015, la CAQ de François Legault énonçait sa vision politique (Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec) en se réclamant ouvertement du programme Québec d’abord ! de Johnson :

« La fidélité première d’une grande majorité de Québécoises et de Québécois va au Québec. C’est ce que Daniel Johnson père a appelé le “Québec d’abord” : un sentiment profond, puissant, qu’il faut aussi bien respecter qu’assumer. […] En plaçant le principe de l’autonomie au cœur de son projet politique, la CAQ s’inscrit dans une lignée qui, au cours de l’histoire, a fait de la défense des intérêts vitaux du Québec une priorité absolue. »

Référence

https://coalitionavenirquebec.org/wp-content/uploads/2018/08/projet-nationaliste.pdf

Plutôt que de quêter notre droit à l’existence auprès du fédéral, dont la constitution se fonde sur la négation de notre statut politique de nation, notre premier ministre ferait bien de s’inspirer du ministre de Johnson à l’époque, Marcel Masse :

« On a pas besoin de la permission d’Ottawa pour édifier notre État national. »

Voici les points qui devraient faire partie en priorité de la doctrine d’État de notre premier ministre, de province jusqu’à nouvel ordre. Ils ont le potentiel d’en faire un homme d’État. Nous retenons quatre points du programme Québec d’abord ! (Union nationale, 1966, p. 5-6) à adopter immédiatement :

  • Faire du Québec un véritable État national.

  • Donner au français le statut d’une langue nationale [la langue d’État depuis 1663 sur notre territoire].

  • […] réviser et compléter la constitution interne du Québec, en y incluant une formule d’amendement qui consacre la souveraineté du peuple québécois et son droit d’être consulté par voie référendaire sur toute matière qui met en cause la maîtrise de son destin.

  • Création d’un centre national de démographie.

Une nouvelle volonté politique émerge dans l’Ouest

L’édification de l’État du Québec surviendrait dans un contexte favorable créé par la montée en force des autonomistes de l’Ouest qui en ont plein le casque de la centralisation du pouvoir par Ottawa quand il s’agit de défendre leurs intérêts énergétiques. Deux provinces pétrolières s’apprêtent à adopter des projets de loi qui les placeront en confrontation directe avec la constitution de 1982 : l’Alberta (Loi sur la souveraineté de l’Alberta) et la Saskatchewan (« Saskatchewan First », évoquant le Québec d’abord). Une brèche dans la constitution de Trudeau dans laquelle le Québec pourrait s’engouffrer ?

Le vent autonomiste qui se lève à l’Ouest peut-il gonfler les voiles de l’autonomie si chère à notre gouvernement provincial ? Cela dépendra de la stature du capitaine qui tiendra la barre de notre État. C’est l’occasion d’une métamorphose pour Legault : se déprendre du rôle de premier ministre d’une province comme les autres pour exercer celui de chef d’État. Tout dépendra de sa capacité à saisir sa mission : l’urgence de l’édification de notre État national.

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