La réalité compte : Au-delà du brouillard mental de l’idéologie

La réalité compte : Au-delà du brouillard mental de l’idéologie

par Alastair Crooke.

Une fois que le brouillard mental de l’idéologie sera levé, le retour de la particularité – enracinement, localité, communauté et civilisation – sera permis.

Une époque est révolue. C’est un monde nouveau, dont la tête émerge timidement d’une coquille d’œuf brisée. La visite de Biden en Israël a donc représenté le long adieu d’une génération américaine distinctive à Israël et au Golfe, alors qu’une époque s’éteint. Le doyen de la presse israélienne, Ben Caspit, écrit en hébreu l’éloge funèbre de cette époque :

« Rien ne symbolise mieux cet événement historique [la visite de Biden] que l’image sentimentale et (réellement) poignante du président de 79 ans se mettant à genoux devant deux femmes qui ont survécu à l’Holocauste, âgées de 86 et 95 ans, et refusant tout simplement de leur dire au revoir. Il a posé des questions, s’est intéressé au sujet, a fait des câlins, a embrassé et a même essuyé une larme cachée. Biden n’a pas besoin de faire semblant quand il dit « qu’il n’est pas nécessaire d’être juif pour être sioniste »… Il n’y a pas de sénateurs américains pro-Israël de cette génération qui n’admirent pas et même n’aiment pas les dirigeants israéliens ».

« La bonne nouvelle est que [l’affection de Biden] est authentique. La mauvaise nouvelle est qu’elle est sur le point de prendre fin ».

Biden est venu, peut-être inconsciemment, pour essayer de prolonger un peu plus l’ancienne ère. J’ai déjà vu cela une fois, quand j’étais très jeune. À l’époque, la vieille génération de l’après-guerre pleurait la disparition de l’Empire, incapable de trouver un brin d’empathie pour le désir d’indépendance vis-à-vis du colonialisme qui remodelait le monde. Les « anciens de l’Inde » étaient certains que leurs anciens sujets regretteraient le départ de leurs Sahibs, et qu’à tout moment ils les rappelleraient dans l’Inde qu’ils aimaient. « Vous n’avez pas idée à quel point j’aime cet endroit, plus que vous ne pouvez l’imaginer », a déclaré Biden au président Herzog, debout sur le tapis rouge.

Cet épisode antérieur – le deuil de l’Empire – semble incroyable aujourd’hui. Mais l’histoire, si elle ne se répète pas, trouve en quelque sorte un nouvel écho. À l’époque, les nations réclamaient à cor et à cri l’indépendance de leur État, avant de tomber sous l’emprise idéologique de l’Empire américain néolibéral naissant.

Aujourd’hui, une grande partie du monde non occidental abandonne l’idéologie pour réaffirmer ses revendications nationales et civilisationnelles, tandis que Washington et ses divers clients et satrapes restent attachés à la lutte idéologique, au soutien du libéralisme – la seule idéologie qui a survécu au choc des idéologies du siècle précédent. Écouter des gens comme John Bolton aujourd’hui, c’est comme entendre un écho lointain du passé : les voix des « colonels Curry » d’après-guerre qui se souviennent du vieux colonialisme.

À la décharge de Ben Caspit, il reconnaît – en tant que nationaliste et sioniste – que les temps changent, contrairement à la plupart des gens : « La déclaration de Jérusalem que Biden et Lapid ont signée – au rythme où vont les choses – risque de ne plus être pertinente sous peu », écrit-il. « Elle mettait en avant les « valeurs communes » qu’ont Israël et les États-Unis ».

« Mais ces valeurs ne sont plus aussi partagées ».

« Des segments croissants de la société israélienne ne sanctifient plus la démocratie, et certainement pas les valeurs de la liberté humaine et du libéralisme » écrit Caspit. « C’est ce qui éloigne le parti démocrate d’Israël, et c’est ce qui éloigne une partie de la communauté juive américaine d’Israël. Ne prenez pas cela à la légère : les liens avec les États-Unis et le front stratégique que nous offre la communauté juive américaine sont l’atout stratégique le plus important pour notre sécurité nationale. C’est notre seule source de soutien international, militaire, technologique et moral ».

Mais cela passe. Israël se retrouve seul comme le dernier avant-poste d’une idéologie particulière, gardien d’un « bloc de foi » radical traîné en avant par Benyamin Netanyahou, qui « est une voie qui nous éloigne des États-Unis et du monde occidental – et qui nous laissera déchus et brisés », prévient sombrement Caspit.

Même The Hill, un journal qui s’intéresse plus généralement aux détails de la politique du Capitole, a noté le « changement des saisons » en observant que, bien qu’à quelques jours d’intervalle, les réunions distinctes des BRICS et du G7 n’auraient pas pu être plus contrastées.

Alors que les BRICS sont une coalition multiethnique de nations qui se réunissent pour relever les défis économiques du développement économique et social, le G7 est essentiellement un groupe de pays à majorité blanche qui se réunissent dans un chalet pittoresque des Alpes pour discuter principalement de stratégies de sécurité et d’endiguement. Cette divergence ne peut être ignorée, note The Hill, car « un G7 déconnecté pourrait perdre le leadership mondial au profit des BRICS ».

La réalité compte. Et si le G7 a effectivement démontré que l’élite est terriblement déconnectée de la réalité, sa perte de leadership mondial est davantage fonction d’une autre ligne de faille. L’attrait de la Russie, de la Chine et des BRICS est qu’ils bouillonnent d’idées et de nouvelles initiatives, alors que l’Occident se passionne plutôt pour le conformisme idéologique et l’étranglement du débat. L’establishment occidental et ses médias ne montrent aucun signe de remise en question et, à l’exception de quelques-uns, aucune capacité à penser différemment. Le libéralisme, semble-t-il, ne peut pas vivre sans un universalisme agressif.

Le véritable secret de l’attrait mondial du président Poutine est qu’une fois le brouillard mental de l’idéologie levé, le retour de la particularité – enracinement, localité, communauté et civilisation – est permis. Par conséquent, les conditions créées par la multipolarité ont permis aux cultures et aux civilisations les plus importantes du monde de disposer d’un espace pour se réanimer et revivre dans leurs sphères respectives.

L’implication de la compulsion libérale-universaliste de l’Establishment américain est qu’à mesure que les civilisations du monde entier abandonnent leur idéologie, les États-Unis sont laissés à la traîne, comme s’ils se laissaient flotter mollement, tandis que la marée se retire, les laissant échoués sous le soleil de l’ère à venir.

source : Al Mayadeen

traduction Réseau International
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À propos de l'auteur Réseau International

Site de réflexion et de ré-information.Aujourd’hui nous assistons, à travers le monde, à une émancipation des masses vis à vis de l’information produite par les médias dits “mainstream”, et surtout vis à vis de la communication officielle, l’une et l’autre se confondant le plus souvent. Bien sûr, c’est Internet qui a permis cette émancipation. Mais pas seulement. S’il n’y avait pas eu un certain 11 Septembre, s’il n’y avait pas eu toutes ces guerres qui ont découlé de cet évènement, les choses auraient pu être bien différentes. Quelques jours après le 11 Septembre 2001, Marc-Edouard Nabe avait écrit un livre intitulé : “Une lueur d’espoir”. J’avais aimé ce titre. Il s’agissait bien d’une lueur, comme l’aube d’un jour nouveau. La lumière, progressivement, inexorablement se répandait sur la terre. Peu à peu, l’humanité sort des ténèbres. Nous n’en sommes encore qu’au début, mais cette dynamique semble irréversible. Le monde ne remerciera jamais assez Monsieur Thierry Meyssan pour avoir été à l’origine de la prise de conscience mondiale de la manipulation de l’information sur cet évènement que fut le 11 Septembre. Bien sûr, si ce n’était lui, quelqu’un d’autre l’aurait fait tôt ou tard. Mais l’Histoire est ainsi faite : la rencontre d’un homme et d’un évènement.Cette aube qui point, c’est la naissance de la vérité, en lutte contre le mensonge. Lumière contre ténèbres. J’ai espoir que la vérité triomphera car il n’existe d’ombre que par absence de lumière. L’échange d’informations à travers les blogs et forums permettra d’y parvenir. C’est la raison d’être de ce blog. Je souhaitais apporter ma modeste contribution à cette grande aventure, à travers mes réflexions, mon vécu et les divers échanges personnels que j’ai eu ici ou là. Il se veut sans prétentions, et n’a comme orientation que la recherche de la vérité, si elle existe.Chercher la vérité c’est, bien sûr, lutter contre le mensonge où qu’il se niche, mais c’est surtout une recherche éperdue de Justice.

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