Une France démocratiquement déboussolée — Mohamed EL BACHIR

Une France démocratiquement déboussolée — Mohamed EL BACHIR

« L’impuissance avérée de nos élus à traduire en actions leurs bonnes intentions a beau se compenser par une intempérance législative accrue, l’action s’estompe derrière l’acteur, catapulté par contrecoup au premier plan et qui, lui, meuble, l’écran. » (1)

Un Hémicycle : théâtre d’ombre ?

Au second tour de l’élection présidentielle, 28,01% des électeurs n’ont pas voté. Le mot d’ordre principal lancé par les partis dits républicains : pas une seule voix pour la représentante de l’extrême droite, c’est à dire le Rassemblement national.

Emmanuel Macron a obtenu 18 768 639 voix, soit 58,55 % des suffrages exprimés (27,85% au premier tour).

Marine Le Pen a obtenu 13 288 686 voix, soit 41,45 % des suffrages exprimés (23,15% au premier tour).

Commentateurs, experts en politique et responsables politiques ’’républicains’’ peuvent respirer : le 22 avril 2022, la République a été sauvée. Le pire a été évité !

Emmanuel Macron est de nouveau Président de « la France des nomades heureux et la France des sédentaires qui subissent. » (2)

Mais on feint d’ignorer que derrière cette victoire à la Pyrrhus, l’idéologie du Rassemblement national (RN) s’enracine dans les mentalités et ceci depuis au moins 2002. Pire encore, ce n’est plus la lutte de classes qui est le repère de la confrontation idéologique et politique mais l’idéologie de l’extrême droite…Et…A gauche du nouveau ? (3)

Au second tour des élections législatives : 53,7% d’abstentionnistes. C’est dire le degré de la crise politique que traverse la France. Et pour appuyer cette crise, le parti de Marine Le Pen est devenu le premier groupe d’opposition à l’Assemblée nationale et la République en Marche (LREM) du Président n’a pas la majorité absolue. Quant à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), elle n’est pas majoritaire comme l’espérait son leader, Jean-Luc Mélenchon. Une union où chaque parti membre tient à sa liberté de parole et d’action au sein du parlement. Ce qui était prévisible.

Une première remarque d’importance est à relever : l’infréquentable, parce que d’extrême droite, est membre à part entière des institutions de la République.

Démocratie oblige, diront les démocrates de gauche comme de droite, mais aucun n’est prêt à admettre que le paysage social, culturel, économique et politique dans lequel se débat, aujourd’hui, le peuple français trouve ses racines dans la France des années 70. Et le plus grave est que le parti socialiste a été le meilleur engrais pour que ce paysage deviennent, aujourd’hui, le paysage naturel de la France. Et de cohabitation en alternance puis en passant par la gauche plurielle, le parti communiste français a légitimé cet état de fait. (3)

Faire des compromis est dans la nature d’une démocratie mais en ne traçant pas de ligne rouge, on devient un collaborateur dont les tenants du capitalisme sans frontière ont souvent besoin pour dessécher toute résistance à l’ordre social capitaliste. Se conférer au référendum du Traité constitutionnel européen (TCE), afin de ne pas tenir compte du non populaire au TCE, ce dernier ayant été rebaptisé Traité de Lisbonne. Or résister signifie tout d’abord dire la vérité. Et la première vérité est alarmante : l’Etat français n’a pas les cartes en main pour décider souverainement du devenir de la population française. D’autant que les prévisions du FMI concernant l’économie mondiale sont loin d’être rassurantes. Une économie mondiale dépendante du contexte politique international. Et la guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques avec la Chine, sans oublier le Moyen-Orient font de l’Etat français un acteur économique et politique sous commandement étasunien. Le chef de l’Etat français, comme il sait le faire, peut gesticuler, réciter autant de tirades qu’il veut, le capitalisme financier français n’a rien d’hexagonal.

Bref, l’humanité est arrivée à un moment de son histoire où « il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre. » (A. Einstein). Faut-il ajouter qu’ on ne résout pas les dits problèmes en utilisant le système économique et politique qui les a engendrés ?

Un parachute et une échelle pour Jupiter

En déclarant le 9 juin que « ce que propose l’extrême droite comme l’extrême gauche, c’est de revenir sur tout ce qui a permis à la France d’être plus forte »(4), le président Macron a appelé à ne pas voter aux élections législatives pour la NUPES et le RN. Mais, avec 133 députés pour la NUPES et 89 députés pour le RN, son appel n’a pas été entendu par une partie importante de la population. C’est le premier échec pour un président fraîchement réélu. Le deuxième échec étant l’absence de majorité ’’présidentielle’’ absolue au parlement. Dorénavant, le ’’en même temps ’’ du président va prendre une forme ’’multidimensionnel’’.

Démissionner ? Impensable de la part de Jupiter. Dissoudre l’Assemblée nationale ? Un tel acte nécessite la preuve qu’avec une Assemblée ainsi constituée point de ’’gouvernance’’ paisible.

Dans tous les cas, Jupiter a besoin d’un parachute pour redescendre sur terre et d’une échelle pour prendre de la hauteur !

En attendant, le 22 juin 2022, le président Macron a donné quelques indications en déclarant :« je souhaite, dans les prochaines semaines, que le dépassement politique se poursuive avec clarté et responsabilité : ne jamais perdre la cohérence du projet que vous avez choisi en avril dernier..J’entends et suis décidé à prendre en charge la volonté de changement que le pays a exprimé… » (5)

De trois choses, l’une. Ou débaucher des députés pour constituer une majorité absolue. Ce débauchage est en train de se faire dans les coulisses du théâtre d’ombre. Ou gouverner avec une majorité à géométrie variable. Variable en fonction des textes proposés. Ou « Un contrat de coalition. » (5)

D’où la leçon du président fragilisé : « nous devons collectivement apprendre à gouverner et légiférer différemment. Cela ne doit pas vouloir dire l’immobilisme, mais des accords par le dialogue et l’exigence. » (5)

Dans tous les cas, c’est sa dernière pièce de théâtre, il jouera son rôle avec plus d’arrogance et l’aggravation des tensions géopolitiques à l’échelle internationale l’aideront à donner l’illusion qu’il est un acteur incontournable.

Pour conclure, il faut souligner une évidence, le RN est le véritable vainqueur politique car de diable, il va utiliser l’Assemblée nationale pour prendre la forme d’un ange.
Et une interrogation, dans une situation économique et sociale qui, selon toutes les prévisions, va encore s’aggraver : la ’’rue’’ deviendra-t-elle la scène où la population « sédentaire et nomade » exprimera le véritable changement économique et social auquel elle aspire ?

(1) Régis Debray : Le nouveau pouvoir. Les Editions du Cerf. 2017 . Page 33

(2)https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/interview-exclu…

(3)https://www.legrandsoir.info/la-crise-a-gauche-du-nouveau.html

(4)https://www.tf1info.fr/politique/video-legislatives-ce-que-propose-l-e…

(5)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/06/22/adresse-aux-francais-1

Mohamed El Bachir, 24/06/2022

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« Journal Militant d'Information Alternative » « Informer n'est pas une liberté pour la presse mais un devoir »C'est quoi, Le Grand Soir ? Bonne question. Un journal qui ne croit plus aux "médias de masse"... Un journal radicalement opposé au "Clash des civilisations", c'est certain. Anti-impérialiste, c'est sûr. Anticapitaliste, ça va de soi. Un journal qui ne court pas après l'actualité immédiate (ça fatigue de courir et pour quel résultat à la fin ?) Un journal qui croit au sens des mots "solidarité" et "internationalisme". Un journal qui accorde la priorité et le bénéfice du doute à ceux qui sont en "situation de résistance". Un journal qui se méfie du gauchisme (cet art de tirer contre son camp). Donc un journal qui se méfie des critiques faciles à distance. Un journal radical, mais pas extrémiste. Un journal qui essaie de donner à lire et à réfléchir (à vous de juger). Un journal animé par des militants qui ne se prennent pas trop au sérieux mais qui prennent leur combat très au sérieux.

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