La guerre interne de l’OTAN pour l’or…

La guerre interne de l’OTAN pour l’or…

… sur fond des négociations inachevées du Brexit.


Par Jorge Vilches − Le 3 avril 2022 − Source The Saker

La brexitologie s’est fortement centrée sur les règles de pêche du Royaume-Uni, et est totalement passée à côté des colossales réserves d’or de l’Union européenne, qui sont toujours sous la garde de la Bank of England. Pour ajouter l’insulte aux dégâts, un divorce désastreux entre le Royaume-Uni et l’UE, en matière de services financiers, s’est produit quasiment sans que personne n’en parle… non seulement sans le fracas du protocole d’« équivalence financière » encore et toujours reporté… mais sans non plus le moindre geignement de la part des médias spécialisés ou des opposants au Brexit. Mais voici que la crise en Ukraine, avec ses nouvelles règles de paiement pour le pétrole et le gaz russes indispensables… qui coïncide avec ces dossiers du Brexit, d’une importance capitale, mais inachevé… La situation promet d’évoluer vers une guerre interne vicieuse de l’OTAN, pour l’or. Pour paraphraser James Carville, avec une touche britannique traditionnelle : « It´s the bloody gold, stupid ».1 2

Si l’on suit la volonté de Boris Johnson, le premier ministre britannique, le rapatriement physique de l’or de l’UE qui reste supposément stocké à Londres pourrait « puissamment » affecter l’avenir de l’Europe, avec un impact politique très profond et survolté, des deux côté de la Manche. Selon ce scénario, le 10 Downing Street pourrait facilement négocier la disponibilité des lingots d’or de l’UE en échange de conditions de Brexit très spécifiquement favorables au Royaume-Uni. De fait, procéder ainsi pourrait s’avérer absolument nécessaire, et devrait dépasser l’énorme valeur intrinsèque de l’or de l’UE supposément stocké à la Bank of England. Voyons cela plus en détails. 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

Les nouvelles exigences de la Russie, qui demande désormais des versements en roubles ou en or pour ses biens ou services, vont forcément déclencher une importante guerre de l’or entre le Royaume-Uni et l’UE, débouchant sans doute sur la première confrontation frontale au sein de l’OTAN. Après la seconde guerre mondiale, l’idée était de conserver les lingots d’or de l’Europe en sûreté, loin de l’ancienne Union soviétique et de Joseph Staline, par précaution. Il y a des dizaines d’années, les États qui sont devenus membres de l’UE ont ainsi déposé la plus grande partie de leur or sous la garde de la Bank of England, à Londres. À présent, le Royaume-Uni va se permettre d’utiliser comme armes son approbation aux demandes de rapatriement de l’or de l’UE, ainsi que d’autres sujets en lien avec l’or, et va utiliser cet outil de négociation très convainquant pour régler des sujets du Brexit de prime importance, et inachevés. Ainsi,

  1. Whitehall pourrait reporter sans fin la livraison de l’or de l’UE, sauf si les sujets en instance au sujet du Brexit sont statués favorablement pour le Royaume-Uni.
  2. Ou bien, tout simplement, la Bank of England ne rendrait jamais cet or à l’UE, supposément conservé au cours des dernières décennies, du fait qu’il a été partiellement ou totalement vendu, prêté, ou mis en gage comme expliqué ci-après ; l’ancien premier ministre James Gordon Brown ne connaît ce sujet que trop bien.

Si l’on s’en tient aux précédents historiques, les hostilités vont exploser dès l’instant que les États-membres de l’UE demanderont, à titre individuel ou collectif, comme tel est leur droit, un audit détaillé totalement indépendant, et pratiqué selon les meilleures normes en vigueur, de l’or de l’UE qui reste supposément sous la « garde » de la Bank of England. Cela devrait demander beaucoup de temps, et constitue l’excuse parfaite pour reporter l’ensemble du processus, du ressort exclusif de Londres, pas de Bruxelles. Des problèmes insolubles pourraient également se produire dès que les nations de l’UE demanderont un rapatriement immédiat d’une partie au moins de leurs lingots « théoriques », et probablement l’ensemble de ceux-ci, au vu des circonstances. Puis, soit (1) une certaine quantité d’or pourrait lentement être renvoyée ici et là (non sans de grands retards), mais seulement selon des conditions très vagues de la part de Londres, et une modification des conséquences du Brexit atteignant des niveaux jusqu’alors jamais vus, ou bien (2) aucune quantité d’or ne serait renvoyée, celui-ci ayant été vendu ou gagé de diverses manières, comme expliqué dans ce qui suit. Et le Royaume-Uni ferait mieux de ne pas décider de payer la Russie avec la moindre pièce d’or, car alors l’UE se mettrait à demander de qui elle est la propriété.

Les marchés de l’or et de l’argent de Londres ont toujours été pires qu’« opaques », et n’ont jamais produit de rapport significatif sur leurs transactions ou leurs positions. Aucune donnée n’a jamais été mise à disposition, que ce soit au sujet des comptes détenus par les banques commerciales à la Bank of England, ou des identifications techniques précises de dépôts d’or, sans parler de ceux qui appartiennent aux membres de l’UE. Comme ne le Venezuela ne le sait que trop bien — et les États membres de l’UE pourraient bien être les prochains à l’apprendre — l’identité de qui ou ne peut pas être reconnu comme légitime à revendiquer les actifs sous garde à Threadneedle Street ou ailleurs est un sujet très ouvert, et à la seule discrétion des maîtres de Canary Wharf, pas des hommes politiques de l’UE. Il en va de même des énormes dettes non-allouées en or en argent des dites « banques aux lingots »… ou de toute autre donnée pertinente. 14 15 16

Très récemment, l’Allemagne a dû patienter 5 longues années pour rapatrier au forceps et dans la douleur une partie seulement de son or stocké à la Bank of England, et n’a jamais remis la main sur les lingots d’or déposés au départ, chose qui explique très clairement cette attente. 17 18

Par conséquent, pendant que l’UE va se geler à mort et que son économie va se bloquer net, les nombreuses questions en suspens comprennent celles-ci également :

  1. La Bank of England dispose-t-elle encore de tous les lingots d’or de l’UE… Ou bien ont-ils été vendus ou prêtés, comme de nombreux experts le pensent ?
  2. La Bank of England est-elle prête à renvoyer immédiatement, s’il existe encore, l’or appartenant à l’UE encore sous sa garde à ses propriétaires légitimes ?
  3. Qui sont les propriétaires légitimes de l’or en dépôt aux coffres de la Bank of England, après des décennies de remaniements des frontières politiques européennes ?
  4. Est-ce la Cour européenne de justice qui statuerait sur la propriété de cet or… ou l’appareil judiciaire britannique… ou bien la Bank of England? Sur quelle base exactement ?
  5. La Bank of England a-t-elle prêté, échangé, ré-hypothéqué, loué, utilisé comme levier, ou grevé ces lingots, en lien avec de nombreux autres actifs qui attendent leur tour avec des mises sous garde de lingots fractionnés, non-alloués, synthétiques, inutilisables selon les « Tarifications des dérivatifs numériques », selon lesquels personne ne peut savoir le qui, le quoi, ni le où (en supposant qu’il y ait quoi que ce soit) ?

Je ne plaisante pas.

Les transactions contemporaines sur les dérivatifs en « or papier » constituent une véritable pyramide de Ponzi, qui dépassent de plusieurs ordres les véritables lingots d’or qui sont théoriquement sous-jacents de ces actifs, sans doute avec un ratio de 100 pour 1, ou plus élevé, comme le London´s Square Mile ne le sait que trop bien. Bien entendu, la banque centrale européenne, le FMI et la Banque des règlements internationaux pourraient également revendiquer la propriété de cet or, n’est-ce pas ?

L’économiste britannique Peter Warburton a eu 100% raison de décrire les banques centrales occidentales comme faisant usage de produits dérivés pour contrôler les prix des biens de base et protéger les monnaies des gouvernements face à la reconnaissance par le public de la dévaluation de la monnaie. L’essai de Warburton, « L’abaissement de la monnaie au niveau mondial : il s’agit d’une inflation, mais pas comme nous la connaissons » est posté à l’adresse : https://www.gata.org/node/8303.

Mais quelle que soit la manière dont les choses se passent, l’« or continental » restant peut-être encore sous la garde de Londres va forcément déclencher un conflit interne existentiel au sein de l’OTAN, suivant un schéma (et un désespoir) facile à établir, en l’absence de paramètres d’audit indispensables et en l’absence de registres des numéros de série des lingots d’or, précisant la propriété et le statut revendiqué par plus d’un récipiendaire (supposément légitime), sans parler de la qualité et de la pureté de l’or, des frais de gardes impayés, de coûts de transports et d’assurance, etc.

Au passage, lorsque les pressions vont se manifester (et elles vont le faire, faites-moi confiance), la réserve fédérale étasunienne, du fait de sa « relation spéciale » avec la Bank of England, va rallier la position de cette dernière, car elle se trouve exactement dans la même situation au sujet des dépôts physiques qu’elle est encore supposée détenir pour des tiers, y compris des États souverains. En ligne avec l’exceptionnalisme anglo-saxon, les dépôts en or détenus par la Fed n’ont jamais été audités non plus — et ils auraient dû l’être — et les commentateurs spécialisés du monde entier sont convaincus que ces dépôts ne sont pas disponibles non plus. Qui plus est, les États-unis pourraient être heureux de voir tomber de nouveaux problèmes sur l’UE, car cela été l’objectif principal de provoquer la Russie à entrer dans cette guerre inutile.

Jorge Vilches — fier d’avoir été souvent présenté comme « la quintessence de l’éditorialiste indépendant ».

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

Notes

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