La réaction sans fin du Royaume-Uni : 1789 & la fin du féodalisme crée le conservatisme moderne

La réaction sans fin du Royaume-Uni : 1789 & la fin du féodalisme crée le conservatisme moderne

Par Ramin Mazaheri – Le Saker Francophone

(Ceci est le premier chapitre du livre, Les Gilets Jaunes : La répression occidentale des meilleures valeurs de l’Occident.  Veuillez cliquer ici pour l’article qui annonce ce livre et explique ses objectifs).

Il serait ennuyeux de défendre la Révolution française en montrant la valeur morale et intellectuelle de son spectre de gauche – de Danton et Robespierre, Marat et Babeuf. Ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est d’examiner l’évaluation et les critiques de 1789 par la droite. Si nous le faisons, nous serons exceptionnellement récompensés car après tout, nous mettons au jour le fondement même du conservatisme occidental.

Le livre d’Edmund Burke « Réflexions sur la révolution de France » est la bible du conservatisme moderne, Burke étant considéré comme le fondateur philosophique incontestable de cette idéologie. Il n’est pas exagéré de l’appeler le « Marx du conservatisme ». Pour ceux qui ne le croient pas, il suffit de lire cette première partie.

Ce n’est pas seulement la philosophie politique de Burke qui est devenue dominante en l’Occident, mais sa philosophie économique, qui prévaut également aujourd’hui. Lisez l’évaluation de Burke par Adam Smith : « … le seul homme que j’ai jamais connu qui pense sur les sujets économiques exactement comme moi, sans qu’aucune communication préalable n’ait eu lieu entre nous. « 

 En outre, tout comme les conservateurs d’aujourd’hui qui méprisent la « fausse monnaie » du Bitcoin, qui crée une nouvelle classe (à la fois de personnes riches et une classe de type investissement), Burke s’était lui aussi élevé contre la création par la Révolution française de « fausse monnaie » en papier. Les assignats étaient des obligations en papier, crées en perspective de la manne financière projetée avec la vente des domaines nouvellement confisqués de l’Église catholique romaine en France. Plus récemment, les positions de Burke à ce sujet et sa promotion d’une richesse uniquement basée sur la propriété terrienne, l’or et le commerce, sont devenues adulées par les conservateurs avares, méfiants de la sortie de l’étalon-or en 1971, de l’Assouplissement quantitatif, de la politique monétaire moderne et des crypto-monnaies. Burke ayant été membre du parti Whig, qui a créé la Banque d’Angleterre, la première banque centrale, cela lui confère d’une autorité économique d’autant plus pertinente à notre époque de domination des banquiers.

Alors que Burke craignait qu’une nouvelle classe riche ne réduise le pouvoir de la classe supérieure établie, « Réflexions » est rempli de préoccupations apparemment tolérantes (Burke était protestant) sur l’avenir de l’Église catholique romaine. Les préoccupations de Burke n’étaient rien d’autre qu’une fausse piété, masquant ses intérêts de classe, cependant « Réflexions » est considéré par les conservateurs d’aujourd’hui comme un appel juste et moderne à défendre sa véritable église. Burke défendait la monarchie chrétienne comme étant exempte de despotisme, tout simplement parce qu’elle était chrétienne, après tout. Quant à l’aristocratie (sous le saint autocrate/aristocrate), Burke insiste simultanément sur le fait que les aristocrates de la chrétienté ont toujours pratiqué la vraie foi… mais qu’ils ont été convertis en masse à l’athéisme en France au cours du siècle dernier. Ce mélange de tolérance multiculturelle (tant que cette culture est chrétienne) et de loyauté envers une religion établie et immuable (aussi infestée soit-elle de noblesse et de mépris pour les pauvres) est assez similaire à la position religieuse des conservateurs occidentaux modernes.

Burke s’insurge également contre les appels à la subversion de l’aristocratie et insiste sur une aristocratie pleine de mérites, durement acquis grâce à nouvelle classe médiatico-politico-intellectuelle, qui s’est détachée des forces traditionnelles de la richesse et de l’église. Au XXIe siècle, les technocrates et les prétendus vainqueurs de la méritocratie dénoncent une nouvelle intelligentsia : celle des masses, que l’on trouve sur Facebook, les médias sociaux, les blogs, etc., qui osent contredire les grands médias de la démocratie libérale occidentale sacrée, en fait, toujours gérée par l’élite établie.

Burke a peu écrit sur l’abolition des droits seigneuriaux en 1789, principalement parce qu’il s’agissait d’une position indéfendable dans la tradition anglaise, où il était de mauvais goût de parler ouvertement de ces sujets. Burke a insisté sur le fait qu’une « vraie » noblesse, qui gouverne et opprime à juste titre en raison du triomphe des “manières » de aristocratisme anglais moderne essentiellement individualiste et personnelle de la Grèce antique. Cette idée s’est traduite par l’alliance entre la culture et l’aristocratie qui a façonné de manière si spectaculaire l’art de l’ère victorienne qui a suivi. Là encore, l’importance de Burke résonne avec une portée marxienne. La condamnation occidentale des “déplorables », des Gilets Jaunes, des partisans de Trump et du Brexit pour leur manque d’admiration de déférence et est avant tout une continuation de la répugnance victorienne pour les masses « mal élevées ».

De plus, si on dit qu’une grande partie de l’attrait moderne de Burke tient au fait qu’il aurait découvert les racines du totalitarisme moderne, il a été aussi le premier intellectuel à être effrayé par le « spectre de 1789 », équivalent au spectre socialiste, que les conservateurs modernes associent faussement au totalitarisme. Ce qui est évident pour tout le monde, c’est que les accusations de « totalitarisme », portées contre le socialisme par une classe d’ hyper-privilégiés soucieux de perdre leurs privilèges sont intellectuellement invalides, sauf preuve extraordinaire d’objectivité intellectuelle. Burke échoue complètement à ce test. Par conséquent, la véritable base de l’appel de Burke au conservatisme moderne est si difficile à catégoriser que nous ne pouvons que la qualifier de psychologique. Il est cependant facile à définir comme un désir de privilégier l’illogisme et l’inefficacité, une « main invisible » dans les affaires économiques et sociales, qui rejette la planification centrale et les exigences d’égalité du socialisme. La logique, la science et le raisonnement mathématique doivent, en effet, apparaître terriblement totalitaires à ceux qui, comme Burke, ont invariablement recours à une « main invisible » dans ses propres équations qui expliquent et ordonnent les affaires de la société. Burke n’utilise pas une « main invisible » véritablement divine, car elle n’est pas universelle et niveleuse, mais plutôt l’ordre non planifié que l’on trouve dans le droit héréditaire, les marchés non réglementés, le suivi servile d’une tradition/du passé immuable, et l’ordre non planifié des excentricités imprévisibles produites par une individualité/autocratie/libertarianisme totalement incontrôlée. Les conservateurs modernes sont bien tous d’accord : une « main invisible » règne et tout ce que les humains peuvent faire, c’est de travailler autour d’elle. Planifier contre cette « main invisible » est un sacrilège pour les conservateurs modernes, et en particulier pour les riches.

Par conséquent, en matière d’économie, de religion, d’intellectualisme, de culture et de psychologie, vous devriez comprendre maintenant pourquoi je commence ce livre avec Burke – il se combine pour devenir la pierre angulaire du conservatisme occidental. Réflexions sur la révolution de France synthétise les raisonnements qui ont été utilisés, et le sont encore aujourd’hui, pour s’opposer à toute révolution moderne et progressiste.

Burke est l’homme qui s’est opposé aux « Gilets Jaunes » de 1789 et les a accusés de détruire et bouleverser l’économie, d être des démons impies qui ne respectaient rien, de trop stupides pour être écoutés et bien sûr gouverner, de fous furieux qui ne comprenaient pas que l’incompréhensibilité des affaires humaines devait être supportée et qui devaient cesser de critiquer le monarchisme sous peine d’être envoyés à la Bastille.

Marx a compris Burke : en un seul mot : « flagorneur ».

Gilet Jaune : « Nos récents gouvernements ne servent que la classe riche, au lieu de servir le peuple – c’est ça le problème. La France a assez d’argent et produit de nombreux biens, mais ceux-ci ne sont pas distribués équitablement. Dans le même temps, notre gouvernement supprime les droits sociaux pour lesquels nous nous sommes battus pendant des décennies. »

(Note : ce livre contient plus de 100 citations de Gilets Jaunes en marche, publiées à l’origine dans des reportages sur PressTV).

Burke a détesté 1789, mais peu savent qu’il a tout autant discrédité la démocratie libérale occidentale naissante

 Cependant, il serait injuste et incorrect de dire que le conservatisme dans la démocratie libérale occidentale peut être réduit à des encouragements à devenir un courtisan servile du statu quo, car le « conservatisme » a aussi des valeurs universelles comme la cohésion familiale, le respect de la religion, la frugalité, les mérites du travail et de la possession modeste de biens. On retrouve d’ailleurs de tels concepts traditionnels dans le confucianisme, l’hindouisme, le monde islamique, et même la vie nomade. Par conséquent, remettre toutes les fautes de l’Occident sur le dos du « conservatisme » est illogique, insensé et voué à l’échec.

Bien sûr, c’est pourtant ce que font de nombreux « faux » gauchistes occidentaux, comme aux États-Unis, par exemple, qui affirment incessamment que le parti Républicain est le seul responsable de tous les maux, sévissant dans le pays et à l’étranger. Cela ignore totalement les échecs du parti Démocrate et de la démocratie libérale occidentale elle-même. Il est plus facile de blâmer le conservatisme que d’affiner et d’éclairer son propre gauchisme.

Mais en lisant l’œuvre maîtresse de Burke, il est impossible de ne pas être frappé par l’extrême flagornerie de cet Irlandais envers la royauté anglaise ! Si la noblesse avait été un dixième aussi admirable, irréprochable et compétente que ce qu’il ne cesse de prétendre, personne n’aurait jamais eu l’idée de la renverser. Si la classe révolutionnaire, soit des millions de personnes en France, avait été aussi vile, ignorante et sans mérite qu’il le prétend, elle n’aurait jamais été capable de lacer ses chaussures et encore moins d’envisager un type de société démocratique et égalitaire sans précédent.

Les exemples de ses flatteries obséquieuses sont légion. Entre autres, son récit féerique de sa rencontre avec Marie-Antoinette a fait rouler bien des yeux, même à l’époque de Burke.

Il suffit d’ouvrir Réflexions sur la révolution de France à n’importe quelle page, en mettant le doigt sur une phrase et il est probable qu’elle décrira la noblesse comme n’étant rien d’autre que des gens qui font passer Marc Aurèle pour un imprudent, ou le clergé des petites villes comme des améliorateurs de la philosophie de Jésus, fils de Marie, et le roi comme étant une entité – selon l’écriture d’un flagorneur hindou similaire (dont j’ai oublié le nom) – d’une telle bonté cosmique que des éclairs de pure illumination sortent de son gros ongle de pied.

Le livre de Burke est devenu un manifeste parce que les conservateurs occidentaux veulent être confortés dans l’idée que le lent réformisme du statu quo est universellement la seule solution sociopolitique. Il a tort : L’oligarchie, déguisée en parlementarisme inefficace (avec un monarque, un premier ministre ou un président), est un système bien moins démocratique et égalitaire que celui proposé par la démocratie socialiste, et c’est précisément le cri et la solution proposée depuis la Révolution française jusqu’aux Gilets Jaunes.

Mais peu de gens lisent Burke pour cela : Son livre est aussi l’ultime démolition de la démocratie libérale occidentale moderne dans sa conception même.

Par conséquent, nous pouvons le lire et, sans que cela soit discuté par les conservateurs modernes, y trouver des critiques très justes et frappantes de la démocratie libérale occidentale, replacée dans son berceau. C’est le contraire de ce pour quoi les conservateurs modernes exploitent habituellement Réflexions sur la révolution de France – pour trouver des critiques de la démocratie socialiste, qui est également née en 1789.

Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est que la critique de Burke de la démocratie socialiste (et libérale) n’a pas été écrite après la “Terreur » ou après l’ascension de Napoléon ou même, de façon choquante, après la sentence de peine capitale pour Louis XVI. En effet, Burke l’a écrite au tout début de la révolution, en 1790, juste après la chute de la Bastille et la déclaration de la fin du féodalisme ! « Le roi vit, mais le dieu a été souillé par les mains des roturiers », et c’est à ce moment que Burke fait une pause dans sa flatterie pour écrire une très longue lettre à un camarade aristocrate en France.

Ce changement de nature de la société médiévale choque Burke le Whig, qui est un proto-libéral-démocrate occidental en raison de son acceptation de l’oligarchie monarchique. C’est un aristocrate, choqué de perdre ses privilèges sur la vie et les biens de ses ouvriers, qui ne peut s’imaginer que la société ne reconnaisse pas ouvertement que son ADN est supérieur à celui des simples roturiers. Le choc de Burke aide à expliquer pourquoi la Glorieuse Révolution de 1688 n’est pas la naissance de la démocratie moderne, comme je l’expliquerai dans mon prochain chapitre. Elle n’a été que la première limitation de l’autocratie absolue européenne.

Ce choc au tout début de la Révolution française constitue la base totalement contre-révolutionnaire de ses réflexions passionnées, qui sont envoyées sous forme de lettre à son collègue aristocrate français. Cette lettre devient le meilleur exemple historique d’opposition intellectuelle à la Révolution française, tant du point de vue de la monarchie que du conservatisme anglophone moderne, et donc des débuts de la démocratie libérale occidentale. En examinant ce texte qui a été le premier à critiquer les actions des ancêtres évidents des Gilets jaunes, nous pouvons voir comment la critique des revendications des Gilets jaunes n’est pas récente, mais remonte à plus de 230 ans.

Gilet Jaune : « Pour nous, ce n’était pas le ‘Grand Débat’ mais le ‘Grand Ecran de fumée’. C’est pourquoi de nombreux Gilets Jaunes ont rapidement refusé d’y participer. Nous savons que rien de concret ne sortira de ces débats à sens unique. Au final, cela rendra les gens encore plus déçus par le gouvernement, et se tourneront vers les Gilets Jaunes avec encore plus de soutien. »

L’idée de mettre fin au règne aristocratique : Aussi choquante pour l’élite d’hier que pour l’élite occidentale d’aujourd’hui

 L’opposition à la monarchie/autocratie et la demande d’une redistribution équitable des richesses et du pouvoir politique : voilà la bataille de la politique moderne. Que l’autocrate soit Emmanuel Macron, gouvernant par décret et écrasant les manifestations des Gilets Jaunes, ou Louis XVI, cela ne fait aucune différence en 2022 ; leurs moyens et leurs finalités sont les mêmes : l’autocratie politique. Depuis la publication de Réflexions jusqu’aux Gilets Jaunes, les revendications ont toujours été les mêmes : plus de droits politique et de richesse pour les masses que ce que la démocratie libérale occidentale est prête à offrir à ses citoyens.

Le grand crime galvanisant pour Burke était triple, et je pense que seul le dernier serait sérieusement discutable aujourd’hui, et encore, seulement par quelques-uns : rendre le roi enfin responsable devant un seul parlement (pas de Chambre des Lords) composé principalement de non-nobles, l’abolition des titres et droits féodaux et la nationalisation par la France de l’église catholique romaine.

En commençant par le dernier point : Il convient de rappeler que la « nationalisation » de l’Église catholique romaine et la dissolution des monastères catholiques romains se sont produites en Angleterre, avec la création de l’Église d’Angleterre sous Henri VIII, plus de deux cent cinquante ans plus tôt qu’en France. Burke, le Whig, a décrié cette situation en France, alors même que les premiers membres du parti Whig étaient devenus économiquement puissants, en grande partie grâce aux concessions royales des terres de l’ancienne église catholique romaine en Angleterre ! Ce livre ne débattra pas des mérites de la révolution protestante en Europe ; je considérerai simplement cette révolution comme un désir populaire et honnête de s’émanciper davantage du Vatican, y compris sur le plan économique. Par conséquent, si l’Angleterre avait déjà profité de son indépendance spirituelle pendant des siècles, pourquoi la France devrait être blâmée pour avoir fait de même beaucoup plus tard ? Cui bono – ce ne sont pas des Whigs riches et leurs alliés en France, mais un nouveau riche français et le paysan français, et donc l’opposition de Burke.

Ce que 1789 exigeait, ce n’était pas une séparation complète entre la république et l’église, mais un serment d’allégeance de l’église catholique romaine à la nouvelle république afin de créer un clergé meilleur, plus progressiste et plus dévoué à la vie locale. Cinquante-cinq pour cent du clergé français ont accepté de prêter ce nouveau serment constitutionnel, et indépendamment de toutes questions religieuses, ont adopté à juste titre une démarche moderne et progressiste afin de servir les populations locales en priorité et au mieux. À l’inverse, l’Église d’Angleterre en 1789, a l’instar du parlement aristocratique anglais, était dominée par une hiérarchie de courtisans serviles, en grande partie issus de la noblesse et avant tout soucieux de maintenir les disparités socio-économiques profondes, ancrées par le féodalisme anglais. Le Concordat de 1801 fera la paix avec le Vatican concernant ces changements, et cimentera également un nouveau clergé plus progressiste pour la France. La séparation complète entre l’Église et l’État n’interviendra qu’avec l’adoption de la « Loi de séparation des Églises et de l’État ». Cet engagement d’un clergé en faveur d’une révolution démocratique nationale effraiera Burke, en exposant le prétendu « progressisme » de l’Angleterre, qui, pourtant prétendait en 1788, être le pays le plus progressiste d’Europe. 1789 l’a exposé pour ce qu’il était, et ce qu’il est encore aujourd’hui: une oligarchie non moderne avec une église riche et propriétaire qui refuse de s’engager dans des questions sérieuses de redistribution des richesses ou du pouvoir politique.

La nationalisation de l’église, l’attaque des privilèges sociaux et économiques de la noblesse avec la fin du féodalisme, et la limitation du pouvoir du roi par un parlement qui n’a pas pour but de s’associer à la préservation d’une oligarchie aristocratique, ces « trois crimes » ont incité Burke à dénoncer la mort lente de l’oligarchie autocratique, suite à la Révolution Française.

A l’heure où la Révolution française venait de commencer et qu’à peine une goutte de sang royal avait été versée, Burke n’en croit pas ses yeux, persuadé que l’ère de l’autocratie aristocratique, soutenue par un clergé qui fermait les yeux et une intelligentsia limitée à sanctionner les deux premiers États, se poursuivrait éternellement.

Gilet Jaune : « La France s’est transformée en un système d’oligarchie dirigé par la haute finance, et nous n’en pouvons plus. C’est pourquoi les Gilets Jaunes demandent des référendums citoyens, notamment sur les banques françaises et notre politique économique. C’est la seule façon de créer des emplois, des écoles, des hôpitaux et la paix dans notre pays. « 

Les libéraux démocrates occidentaux qui s’opposent aux Gilets Jaunes sont exactement les mêmes : les aristocrates des temps modernes qui soutiennent l’autocratie de l’exécutif français et la justice élitiste du pouvoir judiciaire. Ils ne se soucient ni d’un pouvoir législatif « trompe l’œil », ni des appels d’un clergé politiquement actif, et au final, décident soit de s’incliner devant les diktats de l’intelligentsia des grand médias publics du 21e siècle, soit de les rejoindre.

Pourquoi tu penses comme ça, Burke ?!

C’est pourquoi la lecture de Réflexions est si importante pour comprendre les justifications initiales mais durables de l’autocratie, de la fausse méritocratie, de la technocratie des ineptes, de la guidance spirituelle des justes sans droit et des esprits pliés à la soumission. C’est-à-dire, un conservateur occidental moderne dont un conservatisme qui dépasse les justes limites.

La loi naturelle : Nous ne pouvons rien faire contre ce qui justifie toute inégalité

L’ultime réplique de Burke pour attaquer les idéaux de 1789 est que: la caste est « naturelle ».

En effet, c’est aussi simple que cela pour Burke.

Ne tuez pas le messager – on ne peut pas me reprocher de relater les défauts du conservatisme moderne : ni la logique, ni une étude de l’histoire qui se veut aussi scientifique que le sujet le permet, ni les désirs les plus fins de l’humanité ne constituent une base pour la société, mais seulement une main invisible de lois « naturelles » qui dictent qu’un élevé et un bas doivent être créés et perpétuellement préservés.

Nous voyons ici les mêmes justifications des dirigeants libéraux-démocrates occidentaux depuis l’époque de la traite des esclaves, jusqu’au début de l’impérialisme dans l’hémisphère occidental, en passant par le mouvement eugénique, jusqu’au faux « les riches méritent de rester riches grâce à la ‘méritocratie’ » d’aujourd’hui:

Cette loi « naturelle » est la base du “conservatisme” de l’Angleterre, mais aussi des castes de l’Inde, de la vision hiérarchique très rigide de Confucius, comme de la vision du monde apeurée et xénophobe des tribus et des nomades, etc. C’est un « mauvais » conservatisme, car il refuse d’être compatible avec l’égalité et la justice moderne, en contraste avec la justice médiévale.

Dans ses Réflexions, Burke ne cesse de justifier les privilèges de l’aristocratie en se fondant sur une sorte de supériorité « naturelle » et sur la nécessité « naturelle » d’une classe soumise dans la société afin d’éviter l’ »anarchie » proto-socialiste, que Burke confond avec la plus simple notion d’ »égalité ».

De manière absolument cruciale, il justifie leur droit théocratique à gouverner du fait du privilège de leur naissance et de leur légitimité, accordée par Dieu lui-même. Burke croit à la supériorité réelle et naturelle de « Son Altesse Royale ». On oublie si étonnamment que, jusqu’à la saignée de la Première Guerre mondiale, dans presque toute l’Europe, il y avait non seulement des États policiers féodaux mais aussi des théocraties où la légitimité des rois était divine et où, souvent, les rois étaient les chefs des églises. L’Angleterre est d’ailleurs toujours ainsi !

Une chose qui paraît d’une évidence stupéfiante aux lecteurs musulmans de l’histoire moderne de l’Europe, c’est que ce régime théocratique incroyablement horrible en Europe semble être totalement éliminé des récits occidentaux de leur histoire et de leur situation politiques. La manière dont cet héritage affecte les Européens d’aujourd’hui n’est absolument pas reconnue.

Burke n’appartient pas à la dernière génération de ceux qui se sont totalement moqués de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française, mais à la toute première. Encore une fois, l’Occident passe sous silence le fait que même les droits libéraux-démocrates sont si nouveaux en Europe. Les chapitres suivants rappelleront que le 19e siècle tout entier a été une victoire de la répression monarchique anglo-germanique de 1789. La cécité historique délibérée du courant dominant occidental, aux fins de promouvoir les idées d’exceptionnalisme et de supériorité de l’Occident, a conduit à l’ignorance totale que la monarchie est le péché capital de la culture nationale.

Au-delà de cette « loi naturelle », il est clair que, pour Burke et les conservateurs, l’argent est important, et il l’est d’autant plus que la présence de l’argent, pour les conservateurs, confère des mérites, couvre les hypocrisies et permet d’ignorer luxueusement les critiques. Au-delà de la fin des impôts sur les récoltes, des dîmes ecclésiastiques et des autres redistributions de la richesse du bas vers le haut, les confiscations des domaines ecclésiastiques en France ont amorcé l’essor d’une nouvelle monnaie assignat « papier » révolutionnaire, et comme l’a écrit J.G.A. Peacock, spécialiste de Burke : « C’est la clé de toutes ses analyses de la Révolution, et cela ne peut que nous rappeler les Tories précédents qui, sous le règne de la reine Anne (règne : 1665-1714) avaient attaqué les ‘intérêts monétaires’ Whigs et déclaré que ‘l’Église était en danger’ ». Je comprends son point de vue, mais au-delà de l’arrivée d’un papier-monnaie, la clé des analyses de Burke sur la Révolution est, plus précisément, celle d’un conservateur moderne typique, réfractaire à toute redistribution socialiste de la richesse ou de l’influence politique.

Gilet Jaune : « Nous allons marcher tous les samedis pour réclamer nos droits humains et notre dignité humaine. Nous sommes ici parce qu’il n’y a pas de justice économique en France. La France est une oligarchie composée de l’élite politique, des dirigeants syndicaux et de la haute finance. Ils sucent la vie et les richesses des véritables producteurs de la richesse de notre nation : les travailleurs. « 

Les Whigs étaient des conservateurs modernes qui considéraient que toutes les richesses, qu’elles soient foncières, commerciales, issues de l’impérialisme ou de l’industrialisation, étaient en harmonie et tendaient vers le progrès. Comme Marx le dira des décennies plus tard, toute richesse pour les riches finit par « devenir bourgeoise ». Burke était opposé à l’assignat “papier”, pourtant sa classe allait bientôt céder et profiter de ce type d’instrument financier. Le conservatisme moderne finira par accepter la richesse de Bitcoins, car il finit toujours par sanctionner toute types de richesse. C’est une autre raison pour laquelle Burke est un proto-libéral-démocrate occidental malgré son opposition à la fin de la monarchie absolue. Burke et le conservateur moderne croient tous deux que la lutte des classes est une erreur, la seule guerre juste consiste à se battre pour monter en grade.

Conclusion : Un clergé à la manière « Whig » pour sanctionner la noblesse jusqu’au jour du Jugement dernier, qui ne viendra jamais

 De nombreux Whigs du XXIe siècle sont attachés à leur propre religion, mais avec aussi une réconciliation ; un accommodement tout aussi important qu’entre le monarque et le président/premier ministre dans la démocratie libérale occidentale – celui de la laïcité, la nouvelle religion d’État occidentale, qui est aussi une nouvelle religion fondée sur l’État lui-même. Elle a été employée comme une distraction culturelle majeure depuis le début de la Grande Récession. La vague d’attentats terroristes, au cours desquels était presque toujours mentionnée la politique étrangère de la France en Syrie, au Mali, en Afghanistan et ailleurs, a donné à la laïcité encore plus d’espace médiatique.

Dans le conservatisme moderne, la laïcité est la loi d’airain. La laïcité favorise nécessairement la production d’un clergé spirituellement indifférent, castré et sans conscience de classe. Cependant, si elle ne rend pas chaque citoyen ainsi, elle produit nécessairement une classe dédiée à la préservation de la laïcité. Ce nouveau clergé peut être apparenté à une religion établie, à un agnosticisme public, à un athéisme pur et simple, ou même à un nouveau polythéisme bizarre, tant que ce nouveau clergé n’encourage pas le mélange de la religion et de la politique/économie.

Gilet Jaune : « L’incendie de Notre-Dame a touché tout le monde, mais il y a une grande controverse sur la façon dont nous avons pu réunir un milliard d’euros pour une église si rapidement, et pourquoi nous ne pouvons pas réunir une telle somme pour les pauvres. Il y a beaucoup de colère, et ce n’est pas un incendie à Notre-Dame qui va changer cette réalité mentale. »

La société occidentale se considère comme l’apogée du progrès parce qu’elle a déposé le clergé mais pas la noblesse. Cependant, la base de cette société est bancale du fait que, si elle déclare les humains radicalement égaux en matière de religion, elle les déclare aussi radicalement inégaux au regard de leur appartenance à certaines catégories sociales.

Le conservatisme moderne s’apparente à celui des Whigs, en associant la noblesse (ou la néo-noblesse) au patriotisme, mais aussi la religion à la propriété. En effet, la propriété étant regardée comme sacrée, s’attaquer à la propriété reste tout autant une hérésie dans la démocratie libérale occidentale. (Sauf, bien sûr, lorsque cette propriété appartient à ceux qui choisissent une voie différente de la démocratie libérale occidentale, comme les Iraniens, les Russes, etc)

Le conservatisme de Burke n’est donc pas une nouveauté. Aussi applicable à la société moderne que l’est Marx, Burke est tout aussi inapplicable . Malgré ses partisans actuels, les idées de Burke appartiennent cependant à l’ère médiévale, et non pas moderne, parce qu’il n’écrit pas pour défendre le foyer, les biens et la religion du citoyen moyen, mais pour défendre ceux d’une aristocratie héréditaire ; ce qui est inacceptable de nos jours. Je parle de la différence vitale entre le droit au conservatisme personnel et un conservatisme politique, social et économique qui combat les efforts de la société pour introduire une égalité moderne et humaine.

Il est donc vital, que le gauchiste moderne abolisse le conservatisme des élitistes comme Burke, en faveur d’un conservatisme, qui soutiendrait à la fois l’égalitarisme et les idéaux politiques révolutionnaires en Europe.

Les valeurs conservatrices sont celles qui permettent d’ancrer la société, y compris les sociétés révolutionnaires, la différence réside dans le socle politico-économique sur lequel repose la société.

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Gardez à l’esprit que ce que je publie maintenant gratuitement est totalement nouveau. Dans le livre actuel, une grande partie du contenu de 2018 jusqu’à l’élection de 2022 sera incluse afin de constituer un dossier historique des Gilets jaunes aussi complet que possible en anglais ou en français. Quelle valeur ! Date du publication: 1 juin, 2022.

Les précommandes du livre électronique en français peuvent être peuvent être effectuées ici.

 Table des matières

  • Annonce d’un nouveau livre –  » Les Gilets jaunes de France : La répression occidentale des meilleures valeurs de l’Occident » – 27 mars, 2022
  • Introduction : Une histoire des Gilets Jaunes doit à la fois réécrire l’histoire française récente et passée 3 avril, 2022
  • La réaction sans fin de Burke : 1789 et la fin du féodalisme créent le conservatisme moderne
  • La Glorieuse Révolution de 1688 : L’Angleterre déclare « la mort de toutes les autres révolutions »
  • L’histoire politique moderne n’a aucun sens si Napoléon n’est pas un révolutionnaire de gauche
  • Les révolutions de 1848 : Parce que le libéralisme ne peut pas dire les « contre-révolutions de 1848 »
  • Louis-Napoléon : La différence révolutionnaire entre le bonapartisme et la démocratie libérale occidentale
  • La Commune de Paris : la véritable naissance du néolibéralisme et du néo-impérialisme de l’UE
  • Où l’Occident est coincé : Le fascisme des années 1930 et le « fascisme » des années 2020
  • Sur « Léon Trotsky a propos de la France » afin de récupérer Trotsky auprès des trotskistes.
  • L’enfance des Gilets Jaunes : Regard sur les élites françaises, influencées par le néolibéralisme
  • Personne ici n’est réellement responsable : Comment l’empire néolibéral de l’UE et de la zone euro a forcé les Gilets Jaunes à se mobiliser
  • La radicalisation du fait de la dernière décennie « perdue » de l’Europe : la Grande Récession change la France
  • Pour les Gilets jaunes, il est le radical : Macron et « ni de droite ni de gauche, mais du Bloc Bourgeois »
  • Gilets jaunes : Au pire, le plus important mouvement français depuis un siècle
  • Qui sont-ils, vraiment ? Demandez à un journaliste qui a vu un million de visages de Gilets Jaunes
  • Gilet jaune gagnant : Mettre fin à la diffamation occidentale de tous les mouvements populaires comme étant des xénophobes de droite
  • Victoire des gilets jaunes : la mort de l’anarcho-syndicalisme occidental et la transformation des syndicats en rois héréditaires du gauchisme
  • Victoire des gilets jaunes : la mort du parlementarisme occidental comme le gouvernement le plus progressiste
  • Victoire des Gilets Jaunes : un rappel des liens sur trois générations entre la violence fasciste et la démocratie occidentale
  • Ce que les Gilets jaunes peuvent être : au minimum, une force qui peut protéger les droits du libéralisme
  • Le vote de 2022 : Réflexion nécessaire  » avant  » le vote et – sur ce qui va se passer “après” la fermeture des bureaux de vote

Ramin Mazaheri est le correspondant chef à Paris pour PressTV et vit en France depuis 2009. Il a été journaliste dans un quotidien américain et a effectué des reportages en Iran, à Cuba, en Égypte, en Tunisie, en Corée du Sud et ailleurs. Il est l’auteur de « Socialism’s Ignored Success : Iranian Islamic Socialism » ainsi que de « I’ll Ruin Everything You Are : Ending Western Propaganda on Red China », qui est également disponible en chinois simplifié et traditionnel.

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« Le chaos du monde ne naît pas de l'âme des peuples, des races ou des religions, mais de l'insatiable appétit des puissants. Les humbles veillent. »Un groupe de citoyens francophones qui désire faire partager au public francophone des analyses venues du monde entier et exprimées dans d'autres langues. Rendre accessible la pensée dissidente où qu'elle se trouve.Ce site est une émanation du Saker US mais avec notre propre sensibilité francophone.Nous n'avons pas besoin de vos dons, nous sommes tous bénévoles, mais vos talents sont bienvenus si vous avez des dispositions pour la traduction (anglais, allemand, russe, etc.) et aussi pour la relecture en Français

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