‘Génocide’ en Chine vs Apartheid en Israël : un cas d’école de l’indignation sélective occidentale

‘Génocide’ en Chine vs Apartheid en Israël : un cas d’école de l’indignation sélective occidentale

Israël dénoncé pour crimes contre l’humanité ? Silence assourdissant. La Chine dénoncée pour un génocide imaginaire contre les Ouïghours ? Cascade de gros titres.

Par Tom Fowdy, écrivain et analyste britannique de la politique et des relations internationales et spécialiste de l’Asie de l’Est.

Source : RT, 3 février 2022

Traduction : lecridespeuples.fr

Plus tôt cette semaine, Amnesty International a publié un rapport qualifiant Israël d’ « État d’Apartheid » et l’accusant de « crime contre l’humanité » dans son traitement des Palestiniens. Malgré la gravité de ces conclusions et la large diffusion du rapport sur les réseaux sociaux, la réponse politique et médiatique à celui-ci a été, comme on pouvait s’y attendre, quasi inexistante.

La vidéo d’Amnesty International déjà victime d’un shadowban ou autocensure sur Youtube (non répertoriée). Lire également sur Amnesty France Israël : les Palestiniens sont victimes d’un apartheid

En effet, le Premier ministre australien Scott Morrison a rejeté le rapport, se contentant de remarquer qu’ « aucun pays n’est parfait », tandis que le département d’État américain l’a ouvertement attaqué dans son point de presse quotidien.

La BBC, qui couvre de manière régulière les questions relatives aux droits de l’homme en Chine et met un point d’honneur à amplifier tout rapport publié par Amnesty sur Pékin – y compris en publiant un article qualifiant la région du Xinjiang de « paysage d’enfer dystopique » – a également commodément omis les informations concernant Israël de la première page de son site Web. Elle a été critiquée par certains sur les réseaux sociaux pour ne pas avoir présenté le rapport d’Amnesty accusant Israël d’Apartheid dans son programme phare d’information télévisée (consacrant à la place du temps à un reportage sur le jeu de mots-puzzle, Wordle).

En un mot, un pays a été accusé de crimes contre l’humanité dans un rapport détaillé, et les États-Unis et leurs alliés l’ont simplement ignoré. Les mêmes personnes qui faisaient beaucoup de bruit dans la région chinoise du Xinjiang étaient en quelque sorte indisponibles pour commenter.

Sans vouloir aborder les mérites spécifiques de ce qu’Amnesty prétend concernant Israël, il y a une question plus large qui mérite d’être examinée ici : celle de comprendre comment les réactions comparées aux questions liées à Israël et à la Chine marquent une démonstration ferme de la façon dont la rhétorique des droits de l’homme est militarisée de manière opportuniste et manipulatrice dans le discours politique et médiatique occidental comme un moyen de faire avancer des objectifs de politique étrangère.

Tout simplement, il y a une incohérence notable et délibérée dans le niveau d’attention et d’urgence accordé à certaines questions, ce qui montre comment les droits de l’homme sont utilisés comme un bâton pour façonner l’opinion publique au lieu d’être une véritable préoccupation.

Cela fait partie d’un processus connu sous le nom de « fabrication du consentement », par lequel la propagande basée sur les atrocités est utilisée pour créer une opposition émotionnelle et politique aux pays ciblés pour des raisons géopolitiques, mais n’est jamais utilisée de manière sincère et cohérente. Les réactions au rapport d’Amnesty sur Israël, comparées au traitement réservé par la Chine au Xinjiang, constituent une étude de cas importante pour démontrer ce manque de sincérité.

L’idéologie libérale occidentale est capable de manipuler l’opinion facilement à travers les hypothèses qu’elle transmet à ses propres populations concernant sa propre identité. En Occident, les nations considèrent qu’elles possèdent un état ultime de lumières politiques et que leurs valeurs constituent une vérité politique et morale absolue. Dans ce contexte, ces valeurs et la « démocratie libérale » ne peuvent jamais être utilisées de mauvaise foi, de manière non sincère ou opportuniste.

Cette pensée est dérivée de l’héritage du christianisme, où un côté a la vérité et agit avec une intention pure, et l’autre non. Cela façonne la vision occidentale du monde comme un affrontement binaire entre le bien et le mal, et inculque la conviction que l’Occident a un droit divin de projeter ses valeurs sur les autres.

Ce point de vue, cependant, nie la réalité que les gens sont au fond motivés par l’intérêt personnel et qu’il est caractéristique du comportement social humain d’utiliser des sentiments de valeur pour faire avancer ses propres intérêts.

Les droits de l’homme sont indéniablement importants. Cependant, il est faux de supposer qu’ils existent à un niveau supérieur au monde matériel dans lequel nous vivons, et que toute rhétorique moraliste est globalement distincte des intérêts financiers et politiques.

Alors que les politiciens occidentaux comprennent cela, les populations occidentales, en général, ne le comprennent pas, ce qui signifie que beaucoup croient sincèrement que leurs gouvernements épousent la rhétorique des droits de l’homme dans une mission moraliste et bienveillante pour sauver les autres.

C’est pour cette raison que la Première et la Seconde Guerre mondiale ont été généralement comprises non pas comme des luttes hégémoniques entre des empires en conflit, mais comme des batailles justes entre le bien et le mal menées uniquement par altruisme et au nom de la liberté. Cela explique pourquoi les droits de l’homme sont souvent utilisés de manière trompeuse et sélective pour servir un agenda moins avouable.

Le public voit l’attention incessante des médias occidentaux sur des questions telles que le Xinjiang – avec certains prétendus « experts » régulièrement invités sur les plateaux TV pour « éclairer » le public de leurs commentaires – et ne reconnaît  pas qu’il s’agit d’une campagne de manipulation délibérée pour inciter à la haine contre la Chine, rival économique des Etats-Unis. Au lieu de cela, ils croient qu’il s’agit d’un ensemble objectif de faits qui leur sont présentés par des médias concernés et impartiaux sur une question d’importance et d’alerte morale, et qu’il n’y a pas d’autre objectif que d’aider les personnes impliquées. En d’autres termes, le public est amené à se soucier des questions dont les médias veulent qu’il se soucie.

C’est pourquoi le Xinjiang a été sans relâche focalisé sur les médias occidentaux, avec des références au « génocide » et aux « crimes contre l’humanité », mais des accusations similaires ne sont pas systématiquement appliquées ailleurs, car elles sont délibérément sélectives. Lorsque la BBC, pour sa part, publie un article sur Israël, voyez-vous jamais une ligne disant « Israël est accusé d’avoir commis des crimes contre l’humanité » ou « il y a des inquiétudes concernant les violations des droits de l’homme en Israël » ?

Ce sens moraliste de l’auto-supériorité et le discours sélectif de la « préoccupation » font qu’il est très difficile pour quelqu’un d’argumenter contre le récit présenté, car dans l’état d’esprit occidental, ce qui est considéré comme moralement vrai est également considéré comme factuellement vrai. Alors que l’Occident est supposé toujours agir de bonne foi en portant de telles accusations, le contraire est vrai pour ceux qui les contredisent. Ils sont accusés d’agir de mauvaise foi.

L’Occident peut pousser de manière opportuniste une question de droits de l’homme pour obtenir un soutien en faveur d’une guerre, de sanctions ou d’autre chose, et quiconque conteste cela est cloué au pilori. Par conséquent, il ne peut y avoir aucune objection légitime à la couverture du Xinjiang, car quiconque signale des incohérences ou des préoccupations « doit être payé par le Parti communiste chinois » ou être un « acteur étatique », un « troll », etc. Ainsi, la militarisation des droits de l’homme devient un dogme irréfutable dans lequel la remise en question des motivations qui la sous-tend vous place à égalité avec ceux qui commettent le crime allégué lui-même.

Les réactions au dernier rapport d’Amnesty ont servi d’exemple important pour montrer comment les droits de l’homme sont devenus une arme politique. Si vous êtes un militant contre la Chine, comme Enes Kanter Freedom de la NBA, vous bénéficierez d’une plateforme sur les grands médias occidentaux et d’une publicité maximale. Bien qu’il croie sans aucun doute sincèrement en sa propre cause, il est transformé en arme comme un outil de manipulation publique. Comme autre exemple, considérez comment Donald Trump, lors de la campagne de « pression maximale » contre la Corée du Nord, a commencé à utiliser des transfuges, ainsi que les parents d’Otto Warmbier – décédé après avoir été détenu en captivité dans le pays – dans sa campagne publicitaire. Mais au moment où sa politique a changé et qu’il a décidé de négocier avec Kim Jong-un, ces personnes ont disparu des radars et nous avons rarement entendu parler d’elles depuis.

Mais si vous êtes un militant contre Israël, ou si vous faites campagne contre les violations signalées des droits de l’homme par les Indiens au Jammu-et-Cachemire, ou si vous vous opposez à la guerre brutale au Yémen, vous constaterez probablement que les grands médias occidentaux vous ignorent.

Il est tout à fait clair que peu importe la gravité des crimes dont vous avertissez le monde, ce qui compte vraiment, c’est la politique. La mise en évidence d’abus dans une partie du monde qui sont ignorés ailleurs devrait sonner l’alarme pour tout penseur critique.

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À propos de l'auteur Le Cri des Peuples

« La voix des peuples et de la Résistance, sans le filtre des médias dominants. »[Le Cri des Peuples traduit en Français de nombreux articles de différentes sources, principalement sur la situation géopolitique du Moyen-Orient. C'est une source incontournable pour comprendre ce qui se passe réellement en Palestine, en Syrie, en Irak, en Iran, ainsi qu'en géopolitique internationale.]

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