En Syrie, Lafarge a financé Daech avec la bénédiction de la France, qui armait les groupes ‘rebelles’

En Syrie, Lafarge a financé Daech avec la bénédiction de la France, qui armait les groupes ‘rebelles’

L’agence de presse turque Anadolu a eu accès à des documents montrant que les services secrets français étaient au courant du financement par Lafarge de Daech. Certains documents indiquent qu’il y a eu de multiples réunions entre Lafarge et les services de renseignement français et étrangers ainsi que des services militaires.

Source : Anadolu, le 7 septembre 2021

Traduction : lecridespeuples.fr

Des documents obtenus par l’agence Anadolu ont révélé que le géant du ciment Lafarge informait constamment les services de renseignement français de ses liens avec le groupe terroriste Daech.

Les documents ont révélé que Lafarge, qui a été accusé de « complicité de crime contre l’humanité » pour avoir financé le groupe terroriste Daech afin que son usine puisse continuer à opérer en Syrie, entretenait une relation avec Daech et les renseignements français en étaient informés.

Lafarge est accusé d’avoir versé près de 13 millions d’euros (15,3 millions de dollars) à Daech et à d’autres groupes armés pour s’assurer que son usine dans le nord de la Syrie reste opérationnelle après le début des combats dans le pays en 2011. Des groupes de défense des droits de l’homme, qui ont porté plainte contre l’entreprise, ont allégué que cet argent avait été utilisé pour faciliter la circulation du personnel et des biens à travers les points de contrôle terroristes. Lafarge aurait également acheté du pétrole et des matières premières aux militants, tout en leur fournissant du ciment qu’ils ont utilisé pour construire des fortifications et des tunnels souterrains.

L’usine de Jalabiya (photo ci-dessus), à quelque 150 km (95 miles) au nord-est d’Alep, est finalement tombée entre les mains de Daech en 2014. Elle a contraint l’entreprise à quitter le pays et à évacuer le personnel étranger, tandis que ses employés syriens devaient rester et travailler au établissement.

Des documents ont démontré que les services de renseignement français ont utilisé le réseau de relations de Lafarge, sa coopération avec les groupes terroristes en Syrie et ses réunions pour maintenir ses opérations là-bas afin d’obtenir des informations sur la région. Ils ont également révélé que les services de renseignement français n’avaient pas prévenu l’entreprise qu’elle commettait un crime.

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« Etes-vous en mesure de m’apporter plus de précisions concernant l’approvisionnement en ciment de Daech », demande un agent français du ministère de l’intérieur (Direction Générale de la Police Nationale) à Jean-Claude Vieillard le 1er septembre 2014.

L’entreprise demande le soutien des agences de renseignement françaises

​​​​​​​Selon des documents officiels français, les relations entre Lafarge et les agences de renseignement ont commencé le 22 janvier 2014, lorsque le Directeur de la sécurité de l’entreprise, Jean-Claude Veillard, a envoyé un e-mail à la direction du renseignement du ministère de l’Intérieur.

Veillard y déclare que la société devait entretenir des relations avec des « acteurs locaux » pour pouvoir poursuivre ses opérations en Syrie. Rappelant les révélations compromettantes parues dans les médias au sujet de l’entreprise, il a demandé si les dirigeants et le siège de l’entreprise étaient menacés.

L’officier du renseignement, en réponse, a informé Velliard de la date à laquelle ils aborderaient le problème.

Le renseignement français profite de Lafarge

Suite à la révélation du scandale des relations entre Lafarge et l’organisation terroriste en France et à la judiciarisation du dossier, l’officier de renseignement, nom de code AM 02, a comparu devant le tribunal le 18 novembre 2018.

Selon le procès-verbal de la déclaration, l’officier a admis que Lafarge était sa source d’information en Syrie.

L’officier de renseignement a expliqué au juge comment les services secrets français avaient profité de l’usine Lafarge.

Dans les archives, l’officier du renseignement n’a pas exclu Daech, affirmant que Lafarge a envoyé du ciment à tous les groupes armés en Syrie (y compris le Front al-Nosra) en 2012-2014.

« Nous avons abordé la situation de manière totalement opportuniste, profitant du travail continu de Lafarge », a déclaré l’officier de renseignement devant le tribunal.

Les services secrets français savaient que Lafarge fournissait du ciment au groupe terroriste Daech

Les détails de l’envoi de ciment à l’organisation terroriste Daech ont été discutés dans une correspondance du 1er septembre 2014 entre Veillard, Directeur de la sécurité de Lafarge, et les services de renseignement du ministère français de l’Intérieur.

Il était évident que l’État français était au courant des relations de Lafarge avec l’organisation terroriste à l’époque, ce qui peut être déduit de la déclaration du renseignement français : « Pourriez-vous donner plus de détails sur le ciment fourni à Daech ? »

Voir Nasrallah sur la lutte contre le terrorisme : la France et l’UE sont de grands hypocrites

Certains documents obtenus par l’agence Anadolu indiquent qu’il y a eu plus de 30 réunions entre Lafarge et les services de renseignement français, étrangers et militaires entre 2013 et 2014 seulement.

Avec le ciment fourni, Daech est connu pour avoir construit des abris fortifiés et des réseaux de tunnels face aux puissances de la coalition dirigées par les États-Unis [pure propagande : Washington et ses alliés (dont la Turquie) ont toujours aidé Daech, c’est la Syrie et ses alliés russes, iraniens, irakiens et libanais qui les ont combattus et vaincus].

Lafarge a transmis des informations de terrain au renseignement français

En réponse aux allégations, Veillard a témoigné devant la police le 30 novembre 2017.

Selon la déclaration enregistrée et consultée par l’agence Anadolu, il a essayé de prouver qu’il avait informé l’État français et les institutions de renseignement de tout ce qu’il avait fait.

Les informations relatives aux réunions, aux conditions sur le terrain, ainsi qu’aux spéculations entendues par le Directeur de la sécurité se trouvaient dans les annexes du procès-verbal.

Il s’est avéré que Veillard a transmis les informations de terrain relatives aux affrontements et aux équilibres militaires entre les groupes armés.

Une note manuscrite de Veillard, qui a été « envoyée au renseignement étranger français » a également été incluse dans les annexes.

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Issue légale

Des rapports affirmant que Lafarge a régulièrement financé Daech pendant la guerre en Syrie ont fait surface en France en 2016.

Selon les médias français, la société a également fourni du matériel et du carburant à l’organisation terroriste pour qu’elle puisse poursuivre ses activités dans la région de Celibiye en Syrie.

Voir Bachar al-Assad : La France soutient les terroristes qu’elle prétend combattre, La France est l’un des principaux responsables du terrorisme et de la crise des réfugiés & Après le mandat de Hollande, les Français sont-ils plus en sécurité ?

En 2017, alors que la société reconnaissait avoir effectué des paiements aux groupes armés en Syrie, elle démentait les allégations de « complicité de crimes contre l’humanité ».

Après enquête, huit dirigeants, dont deux de haut rang, ont été accusés de financement du terrorisme et de coopération à la perpétration de crimes contre l’humanité.

L’accusation de « complicité de crimes contre l’humanité » a été abandonnée en novembre 2019.

En réponse, des organisations non gouvernementales ont porté l’affaire devant la Cour de cassation française, qui a cassé cette décision de justice mardi 7 septembre. Lafarge est donc toujours sous enquête « financement du terrorisme » et « complicité de crimes contre l’humanité ».

Voir La France a fourni des armes à la révolution syrienne dès 2012, explique François Hollande dans un livre

Lafarge, qui a fusionné avec le groupe suisse Holcim en 2015, a reconnu avoir payé des intermédiaires en Syrie pour négocier avec les militants, mais a nié toute responsabilité dans le fait que l’argent se soit retrouvé entre les mains de terroristes. La date du procès de l’entreprise n’a pas encore été fixée, l’enquête judiciaire étant toujours en cours.

L’enquête sera-t-elle étendue pour examiner également le rôle que les agences de renseignement ont pu jouer ? C’est douteux.

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À propos de l'auteur Le Cri des Peuples

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