‘The Second Civil War’

‘The Second Civil War’

The Second Civil War

19 août 2021 – Derrière la catastrophe de Kaboul, dont certains nous assurent évidemment qu’elle est une manipulation modèle-standard et un complot comme convenu entre-soi, – derrière donc est en train d’apparaître un problème du style ‘dégât collatéral’ qui va peut-être bien nous occuper à plein temps. Il s’agit des réfugiés afghans, ceux qui nous aidèrent et qui fuient le nouveau régime, que nous allons devoir accueillir. Les Français y pensent, avec dans le rôle du gardien-chef, le martial sinon impérial président Macron, portant sur son macaron de revers, en un clin d’œil et un tournemain, le pouce levé : “2022 ! – Make France Great Again”. L’enjeu est de grande taille.

Les Américains font de même, avec une mauvaise humeur évidente, comme le montre Tucker Carlson, l’homme-phare de FoxNews et de la télévision US en général. Carlson pense qu’on ne pourra penser à l’accueil d’Afghans qu’une fois tous les Américains sortis de ce guêpier  (cela prendra du temps, considérant l'habileté de l'usine à gaz pentagonesque). Je vous dis, moi, que nous tenons là un débat qui tiendra sa place… Mais plus encore d’ailleurs, car tout cela, cette introduction avec un zeste d’ironie, ce sujet, tout cela est préparé bien entendu pour vous conduire là où je voudrais que vous alliez.

Avez-vous vu le film devenu téléfilm de Joe Dante, ‘The Second Civil War’, de 1997 ? Cela est traité dans le style parodique et satirique, grinçant et burlesque, souvent assez drôle à très drôle, avec des numéros excellents (James Coburn en spin doctor [conseiller de communication] du président des USA). L’histoire est celle d’un enchaînement-bouffe menant à une “seconde Guerre de Sécession”, à “notre époque” (à l’époque du film, c’est-à-dire durant les deux mandats Clinton suivant la fin de la Guerre Froide).

Juste quelques extraits de la description du film par le Wiki, sans autre prétention que documentaire, pour vous faire affuter votre perception des choses, le brio de Dante, réalisateur magistral et marginal boycotté par Hollywood ; pour vous faire sentir surtout et combien l’époque Clinton, – une fois passée la parenthèse (horreur de dire cela !) de 9/11 & conséquences, – préfigurait déjà la nôtre avec les problèmes sociétaux et communautaristes, la crise endémique puis paroxystique de l’immigration, la prédominance de la communication influant fondamentalement sur le comportement des hommes politiques, sur les événements, les psychologies parfaitement à mesure et déjà allumées, etc…

« Alors qu'une guerre nucléaire a éclaté entre l'Inde et le Pakistan, Islamabad ayant été rayée de la carte, des milliers d'orphelins pakistanais, placés sous la protection d'une organisation non gouvernementale controversée, doivent être recueillis par les États-Unis. Le pays est gouverné par un président politiquement impuissant et totalement manipulé par son entourage, notamment son conseiller en communication ou spin doctor. La politique est également à la merci de News Net (parodie de CNN1), une chaîne d'information influente et racoleuse pour créer de l'audimat.

» L’accueil des réfugiés n’est pas sans écueils car en raison des différents troubles tel que les guerres, la famine ou l’usage excessif d'insecticide, la migration américaine et le communautarisme qui l'accompagne avait atteint un niveau sans précédent : le maire de Los Angeles a comme naturelle l’espagnol, Rhode Island est à majorité chinoise, le Congrès des États-Unis est partagé entre les Coréens, un Indien représente l’Alabama ainsi que le parti national islamiste. Le reporteur Kalla considère cela comme “les ruines du melting pot”, et News Net dépend des annonceurs étrangers. Le gouverneur de l’Idaho, Jim Farley, appuyé sur les milices d’extrême-droite, suit une politique hostile à l’immigration et refuse d’accueillir le quota d’orphelins qui doit être installé dans son État. Il donne l’ordre de mettre en place des barrages sur les routes aux limites de l'Idaho. News Net met ce conflit en épingle au moment où le gouverneur tombe amoureux de leur journaliste hispano-américaine, Christina Fernandez. Le gouverneur devient obnubilé par la journaliste et montre à plusieurs reprises que son comportement est en contradiction avec ses idées politiques. »

S’ensuivent diverses entrelacs-bouffe, mais reflétant bien des attitudes que l’on retrouve aujourd’hui, parfois au centuple, et notamment toute cette tension et ce chaos intra-communautaires écrasant, et transformant les USA en un capharnaüm prêt à exploser. Et cela explose donc, notamment à cause d’un mot mal prononcé ou bien mal entendu… C’est comme si nous y étions, non ?

« Le spectre d’une nouvelle guerre de Sécession est proche, à travers la mobilisation militaire au Pentagone et à Fort Bragg, l’US Army est mobilisée contre la Garde Nationale de l'Idaho. News Net monte en puissance et veut créer l’information, en dramatisant la situation. Le pays tombe alors en pleine déliquescence. D'autres États de l’Union alliés à Farley envoient leurs armées pour soutenir le gouverneur. Fort Alamo est incendié par les Latinos, la statue de la Liberté est abattue par un groupe pro-Farley. Le président est dépassé et se rend compte que tout son électorat et ses relations commerciales ne sont basés que sur des alliances ethniques et nationalistes. À l'approche de l'ultimatum, des mutineries éclatent au sein de l’US Army, des mutins sont fusillés. À la suite d'une information erronée, Farley [démissionnaire par amour] ayant annoncé une conférence “pour la succession” à son poste que Buchan comprend comme “pour la sécession”, le président américain, guidé cette fois par l’exemple d'Abraham Lincoln, déclenche les opérations militaires. »

Dante envisageait ainsi une conséquence fortuite mais directe et d’une importance considérable d’un événement de politique extérieure sur la situation intérieure des États-Unis déjà dans une état de grande tension. Même si l’événement extérieur imaginé par Dante est totalement différent du cas afghan, la question des réfugiés afghans pourrait poser un problème assez similaire. Elle pourrait s’instituer notamment comme une vivante image rappelant la déroute des USA à Kaboul. Elle installerait une pression spécifique aggravant la tension avec l’implication directe d’un président déjà contesté, objet de polémiques considérables, désormais avec celle de l’affaire afghane qui vient de s’imposer avec fracas en supplément de toutes les autres. Cela est envisagé bien entendu dans le cadre d’une Amérique absolument fracturée, furieuse, avec sa branche révolutionnaire et sa branche de résistance, donc dans un état de tension bien plus grave que durant les années-Clinton.

Cette idée des effets intérieurs possibles de la débâcle du grand vaincu de la guerre en Afghanistan est d’autre part caractérisée par ce qui a été mis hier en évidence avec les hypothèses faites autour du rôle personnel de Biden dans la décision de retrait accéléré, notamment celle de la querelle qui l’aurait opposé aux généraux. Déjà on esquissait hier un aspect de cette possible circonstance, qui est de l’ordre du psychologique, concernant Biden :

« L’hypothèse est donc bien développée et présente sous une étrange lumière les événements d’Afghanistan, en faisant d’une querelle de centres de pouvoir à Washington D.C. le déclencheur d’une catastrophe qui affecte le statut de puissance des États-Unis dans le monde. Ce serait un signe de plus de la crise du pouvoir, révélant par ailleurs un président certifié sénile, mais accroché à certaines obsessions politiques et inhumaines qui le conduisent à mal apprécier le véritable poids de son pouvoir : là où Trump a cédé à ses militaires par prudence, Biden aurait tenu bon et provoqué indirectement le désastre afghans par incapacité de jugement des forces bureaucratiques, avec ses généraux arrogants et plus intéressés par les privilèges de leur caste que par la sécurité nationale des Etats-Unis. »

On comprend qu’ici, ce qui m’intéresse n’est pas tant le fait (d’ailleurs étudié hier) de la description éventuelle d’un désaccord entre Biden et ses généraux aboutissant à la débâcle US, et par conséquent une explication de cette débâcle. Ce qui m’intéresse est la forme de cette démarche par rapport à la forme de la crise afghane, l’appréciation de cet incident pour ce qu’il est, une bataille bureaucratique et une spécificité psychologique (celle de Biden) qui n’ont, ni l’une ni l’autre, de lien direct avec la crise afghane que nous vivons. Ce lien s’établit ensuite, à la lumière des événements qui suivent en Afghanistan et il apparaît soudainement extraordinairement puissant ; mais au départ, on a purement et simplement un affrontement bureaucratique, une querelle de pouvoirs plus concurrents que hiérarchisés, donc un événement crisique qui n’implique l’Afghanistan que comme outil de convenance.

Dans ce cadre, on comprend aussitôt que l’aspect sur lequel je veux revenir est effectivement la psychologie de Biden, concernant ce qui est une attitude de longue date, et qu’il est logique de voir renforcée par l’état de sénilité du président, impliquant le renforcement des obsessions, la perte de vision des conséquences, l’entêtement irréfragable. Il est bien précisé que, grâce à leurs manœuvres bureaucratiques, les généraux bloquèrent les décisions de retrait d’Afghanistan, plus ou moins prises, d’Obama et de Trump, chez lesquels ils trouvèrent une part de mesure, de prudence, les conduisant à ne pas trop insister. Poursuivant cette hypothèse, mon avis serait bien que c’est effectivement l’état psychologique de Biden, sa sénilité, ses problèmes cognitifs, etc., bref ses faiblesses qui auraient fait paradoxalement sa force par inconscience face aux généraux – le renforcement de ses obsessions, l’entêtement irréfragable, son refus du moindre compromis, sa perception réduite à l’angle très réduit de la satisfaction de son obsession mais très puissante dans ce cadre réduit. Dans tout cela, je le répète, il n’est question d’Afghanistan qu’accessoirement, comme un motif de l’affrontement, un outil, rien de fondamental.

On entrerait alors dans un schéma déjà développé pour la crise-Covid : l’intervention d’une circonstance complètement aléatoire, complètement improbable et hors-sujet, provoquant une succession d’événements accélérant la crise de l’américanisme, donc la Grande-Crise bien entendu. (Effectivement, faire l’hypothèse acceptable que Biden ait tenu ce rôle constitue une circonstance complètement imprévisible et inattendue ; de même, au départ la crise-Covid est imprévisible et inattendue dans son soudain développement de crise politique, dans sa “politisation”.)

Cette circonstance de la querelle Biden-généraux serait d’autant plus aléatoire, improbable et hors-sujet dans son effet accélérateur de la crise, qu’aucun des acteurs, tous engagés dans un affrontement où seuls sont pris en compte des intérêts de caste et des attitudes d’humeur, n’aurait apprécié cette circonstance de mésentente de ce point de vue des effets d’accélération de la crise. En effet, et là je pense qu’il s’agit du vrai, la seule chose qui les a fait tous revenir à la réalisation de la profondeur de la crise, et qui a donc éclaté comme telle dans les réseaux du système de la communication, c’est l’effet psychologique énorme de la débâcle américaniste qui s’est développé de lui-même, notamment grâce à la puissance incontrôlable du système de la communication.

Moi-même, je l’avoue bien volontiers et sans barguigner, je n’avais pas appréhendé la débâcle probable des USA en Afghanistan comme suscitant un tel écho, une telle sensation unanime d’un revers terrible, qui pourrait bien se transmuer en un revers irréversible de la puissance générale des États-Unis. Je voyais cela comme la fin d’une guerre qui s’éteint, comme une buche consumée, finalement sans un effet extraordinaire, – mais soudain, sentir la tension monter, exploser en un instant, et toute la communication du monde exploser ! Il me semble que tout le monde a ressenti cet effet psychologique sans l’avoir prévu une seule seconde, et alors il me semble également dans cette même logique de l’insaisissable quoiqu’éventuellement prévisible ou dans tous les cas envisageable, qu’un enchaînement comme celui que met en scène Joe Dante pourrait avoir lieu.

Alors, alors, avec tous ces “si” écartés par les faits, – chose difficile en temps normal mais nous sommes dans des temps où rien n’est impossible, surtout l’impossible inattendu, – effectivement l’on se trouverait dans un cas à mettre en parallèle, je veux dire dans la même famille crisique que le Covid. Nul n’attend des conséquences considérables d’un affrontement interne de cette sorte s’il a lieu (Biden et ses généraux), et personne ne s’y prépare psychologiquement. Ce que nous a montré la débâcle afghane, une fois de plus après d’autres, c’est l’importance absolument cruciale de la psychologie, surtout dans les cas incertains, dans l’imprévu et l’insaisissable.

C’est sur ces terres incertaines que la Grande Crise de l’Effondrement du Système donnera toute sa mesure, nous fera montre de toute son très grande puissance. Nous assisterons et assistons d’ailleurs, sans avoir été prévenus du spectacle à cause du caractère imprévu des crises s’ajoutant les unes aux autres, à l’effondrement d’une civilisation qui se croyait immortelle. Mais nous la verrons, précisément, directement, là, sous nos yeux. Nous ne l’aurons pas vu venir dans sa chute finale mais nous verrons sa chute finale, "en temps réel” come l'on dit dans le jargon courant.

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À propos de l'auteur Dedefensa.org

« La crisologie de notre temps » • Nous estimons que la situation de la politique générale et des relations internationales, autant que celle des psychologies et des esprits, est devenue entièrement crisique. • La “crise” est aujourd’hui substance et essence même du monde, et c’est elle qui doit constituer l’objet de notre attention constante, de notre analyse et de notre intuition. • Dans l’esprit de la chose, elle doit figurer avec le nom du site, comme devise pour donner tout son sens à ce nom.

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