7 idées chrétiennes ressuscitées par la crise

7 idées chrétiennes ressuscitées par la crise

Les idées chrétiennes ont ce pouvoir exceptionnel de ressusciter chaque fois qu’on les croyait mortes pour de bon. Résurgence inattendue de l’essentiel au cœur d’un monde superficiel, cette crise révèle la vraie nature de l’homme : un être profondément relationnel, dont la vie consiste avant tout à penser et aimer.

Burnout salutaire

Plus qu’elle ne construit un Nouveau Monde, la pandémie semble avoir émondé une ère encombrée. Le vieux monde a toujours tendance à accumuler des choses inutiles et à ne plus s’y retrouver. La crise sanitaire, et plus encore les mesures drastiques de confinement, ont provoqué une profonde cure d’idéalisme de notre société surmenée et surréelle.

Tant que tout allait bien et vite, on pouvait évoluer en niant le réel dans l’univers décalé de nos constructions virtuelles. Mais quand le cataclysme frappe comme un coup de poing dans le ventre avec ses krachs et ses cadavres, il nous réveille à la réalité : nous avons un corps et vivons sur une terre qui nous imposent leurs rudes conditions. 

La crise sanitaire se présente donc telle une sorte de « burnout » salutaire du postmodernisme. Comme si notre monde qui tournait trop vite et n’allait nulle part s’est épuisé et est désormais contraint de se mettre sur pause. Arrêt forcé qui lui permet d’examiner sa conscience et de se remémorer des idées plus pérennes que périmées. 

1. Foi

La foi qui était en chute libre vient de vivre une remontée spectaculaire.

Je ne parle pas de foi religieuse, mais de ce mode de connaissance par la confiance en une autorité, comme je crois mon professeur d’histoire ou mon médecin. Voilà que des milliards d’individus croient aujourd’hui aux prophètes de malheur que sont les spécialistes de la santé publique. Attention, les prophètes de malheur sont parfois de très bons prophètes ! Ils nous mettent en garde contre un danger imminent si l’on n’écoute pas leurs remontrances. Ces gens sont des lanceurs d’alertes qui nous exhortent à changer radicalement notre mode de vie ; ils nous appellent à rien de moins qu’une conversion.

La confiance actuelle aux autorités crédibles […] révèle que nous sommes encore capables de croire sans voir, de changer de vie […].

Le parallèle est trop frappant pour être tu. La confiance actuelle aux autorités crédibles, même si on ne voit pas ou peu les effets possibles de cette pandémie dans nos propres vies, révèle que nous sommes encore capables de croire sans voir, de changer de vie devant une menace et une promesse qui redonnent tout leur poids au présent comme gage et semence d’avenir.

Quel pied de nez au scepticisme et à l’hédonisme !

2. Communion

Véritable leçon de doctrine sociale, la pandémie nous rappelle que l’homme est un animal politique.

Il vit avec d’autres, il a besoin des autres, il n’est rien sans les autres. Il est lui-même l’autre de plusieurs autres. Autres non simplement pour s’amuser, mais par nécessité.

Cette interdépendance se vit au plan surnaturel sous le mystère de la communion des saints. En un mot : nous sommes tous liés les uns aux autres, aussi bien visiblement qu’invisiblement. Tout ce que nous faisons, en bien comme en mal, a nécessairement un impact sur les autres. Nous sommes des vases communicants qui s’échangent consciemment (ou pas) de l’argent et des idées certes, mais aussi des grâces et des virus. Ce que je fais (ou ne fais pas) même dans ma vie privée a toujours des répercussions incalculables dans la communauté humaine, voire dans tout l’univers. La pan-démie a ainsi provoqué une résurgence du tout (« pantos ») dont aucune partie n’est jamais entièrement séparée et ne devrait encore moins jamais être oubliée.

Quelle attaque frontale au culte de l’individualisme !

3. Hiérarchie

Qui dit communion, dit organisation et régulation.

L’autorité compétente et légitime, scientifique et politique, n’est plus perçue comme à priori abusive. Au contraire, elle se présente comme plus que jamais nécessaire. Quelqu’un doit décider pour le bien commun. Quelqu’un doit conduire le navire hors de la tempête, quelqu’un doit mener les troupes au combat.

La rébellion et la sédition, l’anarchisme et l’égalitarisme n’ont vraiment plus la cote, même à bâbord. C’est le retour en force de la hiérarchie. Des gouvernants se présentent comme des figures paternelles et maternelles, d’autres, moins futés, comme des énarques et des monarques. Respecter les consignes et obéir aux lois est une vertu que l’on n’avait pas prêchée depuis longtemps.

De quoi révolter les révolutionnaires et désorganiser les anarchistes !

4. Sacrifice

La hiérarchie est un ordre social qui a pour mandat de faire des choix difficiles, de commander des sacrifices. 

En ce sens, tout hiérarque est un sacrificateur, c’est-à-dire un ordonnateur. Voilà pourquoi le prêtre (« hierus ») qui préside aux sacrifices est celui qui a reçu le sacrement de l’Ordre. Car loin d’être une pure perte, le sacrifice met de l’ordre dans une société. Il ordonne ou révèle l’ordre des biens, leurs valeurs indépendantes des spéculations du marché. La vie prime sur l’argent… mais jusqu’à quel âge et jusqu’à quel cout ?

Quoi qu’il en soit, les sacrifices que nous nous imposons collectivement révèlent la primauté, voir même la sacralité de la vie. Cette même vie que l’on est en d’autres circonstances pourtant prêts à supprimer si trop souffrante ou inconvenante

Une simple idée capable de gangréner le subjectivisme et le relativisme ambiant. 

5. Faiblesse

Ordonner, c’est classer du premier au dernier.

On distingue dès lors les bons maitres des mauvais à la manière dont les premiers traitent les derniers. Que celui qui veut être le premier se fasse le serviteur de tous. Cette idée d’une égale dignité de tous est notre plus bel héritage chrétien incontesté. Les Grecs et les Romains l’ont méprisé. Les athées et les païens finissent toujours par l’oublier.

Or, voilà qu’il suffit d’une épidémie pour que les derniers deviennent les premiers !

On reconnait la primauté des travailleurs au bas de l’échelle. Le monde entier cesse ses activités pour prolonger la vie des ainés dont la date est pourtant « passée ». Les « utiles » se mettent ainsi au service des « inutiles ». La jungle habituelle où survivent les plus forts voit ses lois s’inverser.

Il s’agit d’un très gros grain de sable dans l’égrenage de la machine technocratique et productiviste.

6. Limite

Faible, nous le sommes tous, cela est inscrit dans notre nature limitée.

Seul le Créateur et Tout-puissant est illimité. Pauvres créatures que nous sommes, notre unique salut est dans la conscience et l’art de jongler avec nos limites. Limites qui se dessinent plus distinctement en ce temps où les frontières se révèlent salutaires. Limites de la médecine, limites de la technique, limites de la santé publique. Limite de notre vie fragile, limite de notre psychologie débile. Limite de la vie indomptable, limite de la mort infranchissable.

Concept clé d’une écologie intégrale, notre terre, notre corps et notre vie limitée en ont bien besoin pour ne point se disperser ni s’épuiser. « Le moment est venu de prêter de nouveau attention à la réalité avec les limites qu’elle impose, et qui offrent à leur tour la possibilité d’un développement humain et social plus sain et plus fécond. » C’est le pape François qui parle, lui qui croit que l’homme est créé pour aimer et que « du milieu de ses limites, jaillissent inévitablement des gestes de générosité, de solidarité et d’attention. » De quoi remettre en question toutes ces recherches prométhéennes qui visent à « corriger » et « éliminer » les faiblesses humaines.

Un coup dur pour le transhumanisme qui rêve encore d’« augmenter » l’homme.

7. Repos

Tous limités, nous sommes forcés de nous reposer.

Retour du dimanche où les commerces sont fermés. Repos des travailleurs essentiels épuisés. Répits pour la terre surmenée.

Les rythmes sont chamboulés. Certains s’accélèrent, d’autres ralentissent, mais tous découvrent qu’ils doivent respirer pour ne pas perdre le souffle. Un espace s’est dégagé pour la réflexion et la contemplation. L’ennui devient source de créativité et la lenteur ses lettres d’honneur. C’est le sabbat qui semble de nouveau s’imposer comme une règle qu’on ne peut briser sans se briser. 

Ce retour du repos sabbatique est une hérésie au culte de l’efficience et de la productivité.

Résurgence relationnelle

Foi, communion, hiérarchie, sacrifice, faiblesse, limite et repos. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ces idées se montrer le bout du nez. Grâce à (ou plutôt grâce de) cette pandémie, on assiste à une étonnante résurrection de ces valeurs et concepts chrétiens que l’on croyait morts pour de bon.

Résurgence inattendue de l’essentiel au cœur d’un monde superficiel, cette crise révèle l’authentique vocation de l’homme : une vie centrée sur notre rapport à la création, au temps et à la terre. Une vie recentrée sur ses relations, sur ses capacités de penser et d’aimer qui lui confèrent sa vraie dignité. Une vie concentrée en celle de son Créateur, lui-même triplement relationnel.


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