Coronavirus : la décision de Donald Trump fait craindre une «catastrophe» économique

L'économie poursuit sa descente aux enfers. Ce jeudi, l’annonce par les États-Unis de la suspension de tous les voyages depuis l'Europe vers le pays – exception faite du Royaume-Uni -, a asséné un coup de massue à plusieurs secteurs, plongeant les Bourses dans une nouvelle spirale négative. Les retombées économiques du «travel ban» risquent en effet d’être nombreuses. Pour la Maison Blanche, toutefois, la décision s'imposait : «l'épicentre du coronavirus est désormais en Europe», a déclaré le vice-président américain, Mike Pence, jeudi.

Donald Trump a immédiatement voulu rassurer les acteurs économiques : le commerce n’est pas – encore – touché par ces restrictions. Alors que son allocution restait floue sur ce point, le président américain a précisé dans un message posté sur Twitter qu’il était «très important pour tous les pays et toutes les entreprises de savoir que le commerce ne sera en aucun cas affecté par la restriction». Celle-ci concernera donc «les gens et non les marchandises», a-t-il ajouté.

La précision avait son importance, l’Union européenne tirant un bilan fortement positif de ses échanges en biens et services avec son partenaire outre-Atlantique : en 2019, le bloc européen a tiré un excédent de 152,6 milliards d’euros de ses échanges avec les États-Unis, en hausse de près de 15 milliards (soit 11%) sur un an. À l’inverse, le déficit vis-à-vis de Moscou s’est réduit, de même que celui vers Oslo. Il reste à voir si les produits européens ne seront pas victimes d’une méfiance accrue des consommateurs américains, inquiets d’être potentiellement contaminés par les denrées qu’ils achètent…

 

Une catastrophe pour les compagnies aériennes

En outre, la décision de la Maison Blanche est une bien mauvaise nouvelle pour les compagnies aériennes européennes, qui avaient préféré redéployer leur flotte sur des axes sûrs, notamment au-dessus de l’Atlantique pour compenser les pertes en Orient. En février, le groupe Air France-KLM avait ainsi augmenté fortement sa capacité vers l’Amérique du Nord (en hausse de 13,6%), l’Amérique latine (+10,1%) et l’Afrique ou le Moyen-Orient (+7,3%), afin de compenser une réduction importante de sa capacité vers l’Asie (-15,8%).

Pour mars, la compagnie s’attend à l’annulation de 3600 vols, soit «13% de ses capacités sur le réseau long courrier», 17% dans l’Hexagone et 25% sur le réseau européen. La décision américaine assombrit encore les perspectives de l'aérien, entraînant un plongeon vertigineux de l'action du groupe franco néerlandais dans les abysses, revenu à un niveau jamais vu depuis 2012. Il n'est pas le seul en difficulté : toutes les compagnies aériennes européennes ont encaissé, ce jeudi, l'annonce américaine. C'est par exemple le cas de l’allemand Lufthansa, qui perdait près de 10% en Bourse en fin de matinée.

 

Quelques heures plus tard, Bruno Le Maire a déclaré qu'il suivait la situation de la compagnie française de près, et que l'État français était prêt à soutenir Air France-KLM. Le ministre français de l'Économie a également regretté la décision américaine, prise sans en parler au préalable avec les pays concernés.

Le tourisme sonné par la décision américaine

Autre secteur particulièrement touché, le tourisme français, qui s’inquiète d’une décision qui achève une série noire. Après plusieurs mois difficiles, la chute des arrivées de touristes chinois et une année 2019 marquée par les mouvements sociaux, les voyagistes risquent de voir un marché particulièrement attractif se réduire comme peau de chagrin : les visiteurs américains représentent le premier contingent de touristes étrangers à Paris et dans la région Île-de-France et ils sont particulièrement prisés des professionnels, étant plus dépensiers que la moyenne. «C’est la pire des nouvelles pour les compagnies aériennes, et c’est la pire des dispositions pour nous», a ainsi alerté le président de la fédération des tour-opérateurs (Seto), René-Marc Chikli. De son côté, le président des Entreprises du voyage, Jean-Pierre Mas, a souligné une «catastrophe», ainsi qu’une situation «dramatique […] pour l’industrie du voyage d’affaires comme de loisirs».

Même constat de l’autre côté de l’Atlantique : les États-Unis se privent d’une manne importante en fermant les vannes de certaines nations. La décision n’est pas anodine, ce secteur étant particulièrement dynamique. Le pays coiffait le classement des pays tirant le plus de revenus du tourisme international, en 2017, avec 186,6 milliards d’euros, soit 15,7% des recettes mondiales. Loin devant l’Espagne (5,1% des recettes, 60,3 milliards) et la France (4,5% des recettes, 53,7 milliards), qui complètent le podium.

Au total, parmi les vingt premières nations émettrices de touristes vers les États-Unis, huit sont en Europe. Et, parmi les plus importants marchés américains, un grand nombre est touché par l’épidémie, comme la Corée du Sud, la Chine, le Japon, l’Italie, la France ou l’Australie. En 2017, les États-Unis comptaient ainsi parmi les destinations les plus prisées des Français, avec 786.000 voyages, la première destination hors-UE devant le Maroc (581.000 voyages), la Suisse (709.000) et le Canada (291.000 voyages).

D’après les estimations d’octobre 2019, la France et l’Allemagne comptaient parmi les gros contingents de touristes aux États-Unis, avec près de 4 millions de visiteurs en 2018. Maigre consolation : le Royaume-Uni, troisième émetteur, et premier hors-ALENA, est épargné par la décision américaine. Les voyageurs britanniques pourront donc continuer de se rendre aux États-Unis.

Bruxelles dénonce une décision «unilatérale»

En face, les autorités nationales des pays membres de l’Union veulent agir pour fournir un coussin protecteur aux professionnels. En France, les représentants du secteur du tourisme seront reçus cette semaine par le secrétaire d'État Jean-Baptiste Lemoyne. En outre, la commission européenne promet d’agir pour éviter la «perturbation économique» engendrée par la décision américaine. «L'Europe prend toutes les mesures nécessaires pour contenir l'expansion du Covid-19, limiter le nombre de personnes contaminées et soutenir la recherche», a déclaré le président du conseil, Charles Michel.

 

Reste que Bruxelles a tancé la présidence américaine sur sa décision : jeudi, la Commission a désapprouvé la décision «unilatérale» des États-Unis, prise sans consulter ses partenaires. «Le coronavirus est une crise mondiale qui ne se limite pas à un continent», ont rappelé Charles Michel et la présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen dans un communiqué laconique.

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