Zéro-déchets : L’arnaque nécessaire

Zéro-déchets : L’arnaque nécessaire

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, ON LE VOIT PARTOUT : LIVRES, ÉMISSIONS, PUBLIS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX, À TEL POINT QUE MÊME TATA MICHELLE S’Y EST MISE. C’EST LE ZÉRO-DÉCHET, OU LA DERNIÈRE INJONCTION ÉCOLO-BOBO À NOUS RESPONSABILISER NOUS-MÊMES FACE AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET À LA POLLUTION DES ÉCO-SYSTÈMES QUI TUE LES PETITS ANI-MAUX. RETOUR SUR CE MICRO-PHÉNOMÈNE DE MODE BISOUNOURS À LA SAUCE POST-CAPITALISTE. 

Les néo-parfaits

Tout part d’un simple constat : nous, oui nous le vulgum pecus, produisons individuellement trop de déchets dans notre quotidien ; et il serait bien faux de dire le contraire avec les quelques 500kg de déchets ménagers par per-sonne que nous jetons annuellement. Prenons donc nos armes, et partons faire la guerre aux emballages, tracts publicitaires et autres tickets de caisse. Trions, toujours plus. Recyclons, toujours plus. Éliminons le plastique de nos vies. Fuyons les grandes surfaces. Faisons du réutilisable notre nouvelle religion. Réduisons notre impact individuel sur la planète pour que les générations futures puissent vivre dans un véritable Jardin d’Eden. En effet, tout ceci ne dépend que de nous, et de nous seuls, de revoir nos habitudes de consommation. Et en plus c’est S I M P L E, nous disent les néo-prophètes des internets, ces jeunes cadres ou entrepreneurs bobo-branchouille dynamiques, qui nous font la morale de façon bienveillante dans leurs blogs. Ils proposent même des tutos gratuits pour faire nos petits « sachets à vrac », à partir de nos vieux draps, et partagent plein de conseils depuis leur studio parisien pour vivre une vie  plus nature. Less is more, on connaît la chanson. 

Et c’est bien là où le bât blesse. Le zéro-déchet apparait comme la dernière lubie d’une néo-bourgeoisie qui essaie de se donner bonne conscience. C’est le greenwashing en mode afterwork sur les rooftops. On rend sexy les pots en verre Bonne Maman, on adopte des lombrics dans sa cuisine pour composter les épluchures de la pomme bio locale un peu trop mûre achetée et mangée « en pleine conscience » par « éthique personnelle ». Comment-ça il reste encore du plastique chez vous ? Débarrassez-vous-en ! Jetez-le (oups) ou plutôt donnez-le aux pauvres, ah non zut, on dit associations. Le mépris de classe n’est jamais très loin. Mais tout ce tintouin, c’est pour accéder à une vie plus sobre, faire des économies sur le long terme et surtout, surtout s’auto-congratuler d’être un acteur du changement, de la fameuse transition écologique à laquelle nous devons tous nous sou-mettre. 

Le Kapital détient la solution  

Derrière l’arbre zéro-déchet se cache la forêt de la consommation. Là encore les affirmations sont justes et justifiées : nous consommons trop, et surtout nous consommons de plus en plus de produits de piètre qualité, mauvais pour l’environ-nement et nous-mêmes. Mais comment faire pour changer nos habitudes ? Les afficionados de la vie simple et vraie s’organisent : réseaux de boutiques zéro-déchet, coaching, édition de livres et magazines, chaînes YouTube tout y passe, et tout est fait pour générer du fric. Tu veux vivre plus simplement, manger de meilleurs produits, faire toi-même ta lessive et tes cosmétiques, consommer moins ? C’est F A C I L E, consomme encore ! Remplace tes tupperware en vilain plastique par des boites hermétiques en verre à 20€ pièce, donne le contenu de ta trousse de maquillage, jette tes vilains produits ménagers, vide tes placards à provision ! La transition au zéro-déchet est un véritable business, qui crée de nouveaux besoins, comme une gourde filtrante, une arma-da de bocaux, le remplacement de tout ustensile/objet en plastique par une version plus « (esth)étique » en métal, verre ou bois. Et surtout, cette transition produit elle aussi des déchets, que ce soient ceux du néophyte ou de la production de ces nouveaux objets. 

« Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas » 

S’il nous semble évident qu’un effort individuel sur nos habitudes de consommation est à faire, comme privilégier la qua-lité à la quantité et local par exemple, ou encore réduire les déchets superflus, le zéro-déchet tel qu’il est présenté ac-tuellement comporte des failles majeures. Un exemple criant est celui des tickets de caisse : vous trouverez un peu partout des témoignages de Jeanne-zéro-déchet qui nous dit, la bouche en coeur, de les refuser. Or, le ticket de caisse est tout de même produit, il finit juste dans une autre poubelle. On retrouve là un peu le même le raisonnement que chez certains végétariens qui pensent que réduire leur consommation de produits animaux mènera à la baisse de production de ces produits. Force est de constater qu’à l’heure actuelle il n’en est rien : on abat toujours plus d’animaux, quitte à jeter chaque jour des centaines et des centaines de kilos de viande non vendue. Tant que nous vivrons dans un système capitaliste, une quantité de déchets incontrôlable sera produite, et ce, même si votre poubelle personnelle est vide. Il serait donc urgent d’utiliser l’énergie déployée pour fabriquer son kit zéro-déchet afin de lutter efficacement contre ce système qui nous mène à notre perte, et faire pression sur les géants de la consommation. De petites avancées ont déjà vu le jour, comme le bannissement des pailles et couverts plastiques, la généralisation des sacs à courses en papier ou tissus, le tri-sélectif… mais c’est loin d’être suffisant. C’est tout le modèle de production qui serait à revoir pour enfin aller de l’avant et atteindre une démarche réellement écologique globale.

Pauline Grandin

Source: Lire l'article complet de Rébellion

À propos de l'auteur Rébellion

Rébellion est un bimestriel de diffusion d’idées politiques et métapolitiques d’orientation socialiste révolutionnaire.Fondée en 2002, la revue Rébellion est la voix d’une alternative au système. Essentiellement axée sur les sujets de fond, la revue est un espace de débats et d’échanges pour les véritables opposants et dissidents. Elle ouvre ses colonnes à des personnalités marquantes du monde des idées comme Alain de Benoist, David L’Epée, Charles Robin, Pierre de Brague, Thibault Isabel, Lucien Cerise … Rébellion se veut également un espace « contre-culturel » au sens large (arts, littérature, musique, graphisme).

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recommended For You