L’avenir du PQ, point de vue d’un militant

L’avenir du PQ, point de vue d’un militant

L’auteur est retraité

L’avenir du PQ ne passera pas par le parlementarisme. Ou si peu ! C’est trop étroit et ça fait le jeu du régime d’autant plus que nous sommes devant une formation politique majoritaire et fédéraliste qui peut faire ce qu’elle veut ni plus ni moins. Le statut de province lui convient et elle n’a pas l’intention d’en changer.  À trois députés, il n’y pas de chance qu’une opposition ferme soit mise en place à moins qu’elle ne soit à son tour le reflet d’une opposition de rue manifeste.

Et qu’y a-t-il de mieux qu’une organisation qui se dit sociale-démocrate pour mettre en évidence une opposition extraparlementaire à la CAQ. On ne peut attendre rien des Libéraux ni même de Québec Solidaire qui ne cherchent tous les deux que des accommodements avec le régime fédéral. Ils cherchent à aménager le système pour se hisser au pouvoir et maintenir la chape de plomb sur le Québec par le Canada. En tout cas, ils sont tous d’accord pour lui donner une dernière chance au risque de la voir se perpétuer. L’attitude qu’ils ont tous eu envers la démarche antimonarchique du PQ le démontre bien.

Du temps de la montée du PQ et de son accession au pouvoir, le Québec était en ébullition. Les historiens les plus objectifs le démontent. Dans les années 1970, qui ont précédé l’accession au pouvoir du PQ, il y a eu « répression et dépossession politique », comme le montre Olivier Ducharme dans son livre aux éditions Écosociété. L’histoire de ce Québec militant, qui m’a formé politiquement, est truffée de mouvements de masse populaires. Et le PQ, avec son option indépendantiste sans concession, contribuait au développement et à l’élargissement de ces mouvements. Le souvenir que j’en ai me fait regretter ce temps mémorable où l’on montait à l’assaut du ciel, d’un Canada moribond qui ne satisfaisait personne.

Un appareil politique comme le PQ ne peut rester sur son quant-à-soi parmi une opposition délétère à l’Assemblée nationale. C’est au point où on se demande si cette opposition aspire au pouvoir tellement elle est molle et peu connectée avec la base, avec les gens ordinaires qui souffrent maintenant d’une crise de l’ampleur de celle du temps de la montée du PQ. Il n’y a pas d’alternative véritable au régime sans une mobilisation de masse conséquente. Elle était le fruit des appareils politiques de l’époque, principalement du mouvement indépendantiste et de tous ses supporteurs.

Que peut-on attendre des syndicats sans le pendant politique à leur mission : libérer les forces sociales de changement ? Rien, sinon qu’ils ne bougeront que sous la direction et avec un mouvement politique fort, d’envergure, à l’offensive et de transformation. Ce serait encore attendre des conditions gagnantes crées par d’autres que le mouvement indépendantiste lui-même !

Et comme par hasard, le mouvement indépendantiste manque de causes. Il n’en soutient pas assez. Il est trop sur la défensive. Il attend qu’Ottawa attaque et fasse des gaffes pour contre-attaquer. Que ce soit sur le français ou la vie chère, le mouvement indépendantiste doit prendre l’initiative de se mettre du bon côté de l’histoire, i.e. celui de la libération des forces populaires contre le régime. Il ne doit plus attendre « les conditions gagnantes » qui ont tant ralenti l’élan du mouvement. Tous les indépendantistes sont en attentes de gestes forts comme celui du renoncement au serment d’allégeance au roi. Et cela ne peut se passer seulement à l’intérieur du Parlement. La grogne populaire ne doit plus être l’apanage de l’extrême-droite.

Les forces politiques les plus dynamiques se sont toujours collées aux luttes populaires et quand celles-ci faiblissaient, comme ce semble être le cas présentement, ces forces politiques se sont engagées dans la remobilisation de ce qui constitue le vrai facteur de changement, donc de l’évolution même du Québec vers son destin, une population mobilisée qui exprime ses souhaits les plus profonds envers et contre tout.

L’expression de ces souhaits est molle et sans consistance ? Mais qu’attendons-nous pour la faire nôtre en écho à ce mécontentement qui taraude la société québécoise ? Est-ce qu’il n’y a que l’extrême qui peut mobiliser ? La social-démocratie ne le pourrait-elle pas elle aussi en s’affirmant haut et fort avec la fierté de représenter les voix populaires discordantes.

Qu’est-ce qu’un appareil politique peut faire de mieux, au lieu de s’accoquiner avec le pouvoir, que de contester ses prétention à servir alors qu’il ne sert qu’un homme et sa volonté de laisser un lègue qui défigurera le Québec tout entier : un troisième lien qui favorisera l’étalement urbain et sera congestionné dans dix ans (le temps de sa construction) sans parler des embouteillages dans la ville même de Québec l’autre côté, un deuxième lien saboté qui ne transporte plus que des touristes piétons à Lévis sans le passage des autos, des barrages dont personnes ne veut, des hôpitaux en lambeaux, des écoles de même… Malgré les engagements rien de cela n’est acquis en totalité sinon par des promesses dont Legault sait qu’Ottawa ne lui laissera pas les moyens… comme sur l’immigrations francophone ou les transferts en santé !  Pendant ce temps, il négocie. Qu’est-ce que c’est que cette manie de négocier sans les résultats assurés par une population mobilisée ?

Pourquoi alors ne pas faire participer l’appareil avec tout son potentiel politique à une éducation par les faits sur ce qui marche et ne marche pas. La grogne conduite par l’extrême-droite ne débouche sur rien d’autre qu’encore plus de grogne ou de cynisme à cause des dégâts qu’elle engendre dans les services publics et dans une administration dépouillée de ses moyens. L’État ne doit pas être réduit, mais utiliser pour servir : c’est ce que les années glorieuses du PQ ont montré par leurs lois progressistes répondant aux besoins populaires.

L’opposition à l’Assemblée ne peut se contenter, sans raffermir ses arrières dans la population, de critiquer tel ou tel manquement de Legault. Les tribuns du PQ doivent aller dans la rue là où est la seule opposition qui tienne ferme et s’y associer de manière à ce que les parlementaires soient soutenus par des mouvements de foule qui autrement sont laissés à la merci de l’extrême-droite opportuniste.

C’est commencé autour du serment. Déjà plusieurs se sont retrouvés devant l’Assemblée, éloquents et sans concession à Legault, mais l’intimant de satisfaire à leurs exigences. Il ne manque que l’appareil politique capable d’un travail de masse digne de ce nom et le rassemblement de toutes les forces de changements possible au projet indépendantiste par la capacité qu’il aura démontré de les prendre au sérieux : bien-être-sociaux, travailleurs du public ( professeurs, infirmières, préposées), personnes âgées, malades en attente, victimes du risque que la  catastrophe climatique se rapproche en dépit des promesses creuses de Legault, ouvriers en lutte contre la vie chère… tout ce beau monde qui expriment des besoins insatisfaits par un gouvernement fédéraliste qui n’a que faire du peuple québécois et le délaisse pour des ambitions démesurées qui n’ont plus rien à voir à avec la petite misère du quotidien des familles et des enfants dépourvus du Québec.

 

 

 

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