De grandes compagnies derrière les campagnes de complotistes

De grandes compagnies derrière les campagnes de complotistes

L’affaiblissement de la démocratie aux États-Unis a été financé en partie par l’argent de grandes compagnies américaines, dont Home Depot, UPS, Boeing et Delta Air Lines, qui ont versé lors du dernier cycle électoral américain pas moins de 8 millions de dollars américains à des candidats faisant la promotion de théories complotistes sur le vol des élections de 2020, et ce, même si l’existence de cette fraude n’a aucun fondement.

C’est ce que vient de mettre en lumière la dernière compilation des contributions électorales déclarées à la Commission électorale fédérale, menée par l’organisme indépendant Accountable.us.

Ces dons électoraux sont allés dans les poches de dizaines des 244 candidats à des postes au Sénat ou à la Chambre des représentants qui cherchent à miner la confiance du public dans la démocratie et le processus électoral. Ces politiciens se sont portés à la défense des insurgés du Capitole le 6 janvier 2021, plusieurs ont même pris part à cette insurrection, et la majorité se pose en porte-voix des accusations de fraude électorale non fondées faites à dessein par l’ex-président Donald Trump pour justifier sa défaite.

La multinationale américaine de la quincaillerie Home Depot, qui possède 182 magasins au Canada, arrive au 4e rang des 20 compagnies américaines ayant massivement financé ces candidats, avec plus d’un demi-million de dollars versés à leurs campagnes durant les dernières élections de mi-mandat. Elle a procédé par l’intermédiaire de son comité d’action politique aux États-Unis.

Arrive en tête de ce palmarès la deuxième entreprise privée en taille aux États-Unis, Koch Industries, qui a versé plus de 770 000 $US à des candidats niant la légitimité des élections présidentielles de 2020 tout comme celle de l’actuel président Joe Biden.

Le conglomérat, dont la fortune repose en grande partie sur l’exploitation pétrolière, est connu dans le milieu du financement de la politique aux États-Unis pour son soutien aux candidats de la droite et aux politiques conservatrices visant à limiter les lois et les réglementations entravant la bonne marche de ses affaires énergétiques.

Parmi les 20 généreux contributeurs aux campagnes de ces complotistes, on retrouve également les multinationales United Parcel Service (UPS), The Boeing Company, le géant des communications Comcast Corporation and NBCUniversal, la division américaine de la banque suisse UBS, Delta Air Lines, PricewaterhouseCoopers ou encore le comité d’action politique des employés de la Lockheed Martin Corporation. Toutes ces entreprises ont des intérêts économiques et des activités commerciales également au Canada.

Près de 11 autres millions de dollars ont été placés dans les poches de ces candidats populistes défiant les fondements de la démocratie américaine par des intérêts corporatistes, et ce, par l’entremise des comités d’action politique de la National Association of Realtors — qui défend les intérêts des agents immobiliers —, de la National Beer Wholesalers Association, de la National Automobile Dealers Association ou de l’American Bankers Association, révèle Accountable.us. Pour ne citer qu’eux.

Selon le Brennan Center for Justice, qui suit de près les menaces touchant la démocratie et le système électoral américains, le cofondateur de la chaîne Home Depot Bernard Marcus a également contribué personnellement à la campagne de plusieurs de ces complotistes, à hauteur de 3,35 millions de dollars américains. Le gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, a reçu un demi-million de dollars. La candidate républicaine au poste de gouverneur du Michigan, Tudor Dixon, a reçu 100 000 $US. Elle a été défaite au terme d’une campagne durant laquelle elle a affirmé que Donald Trump avait gagné les élections en 2020. Ce qui est faux.

Contacté par Le Devoir, Home Depot n’a pas nié son appui aux complotistes, mais a précisé que ses contributions politiques ciblaient autant des candidats républicains que des candidats démocrates « qui défendent les intérêts des entreprises et du commerce de détail afin de créer des emplois et de favoriser la croissance économique », a précisé sa porte-parole américaine Sara Gorman.

Selon le Washington Post, sur les 244 candidats républicains faisant la promotion du complot électoral qui étaient dans la course en 2022 pour des postes au Congrès américain, 81 ont été défaits. Ces élections ont donc assuré la présence d’une centaine de ces conservateurs populistes complotistes au sein de l’appareil législatif américain.

La résistance au discours antidémocratique porté par le camp républicain a toutefois permis aux démocrates d’éviter la vague rouge — de la couleur du parti de Donald Trump — que les observateurs politiques annonçaient pour ces élections de mi-mandat. Pis, dans les 20 dernières années, Joe Biden est le président américain qui a le plus sauvé les meubles lors de ce cycle électoral, généralement défavorable au parti qui occupe la Maison-Blanche. Il a conservé sa majorité au Sénat, et a perdu celle de la Chambre par une faible majorité accordée à l’opposition républicaine.

Pour Kyle Herrig, président de Accountable.us, ce soutien porté à des candidats complotistes pourrait nuire à la réputation des compagnies qui ont délié les cordons de leurs bourses pour les aider à se faire élire. « Le rejet par les électeurs de nombreux complotistes devrait envoyer un message clair à ces entreprises, a-t-il indiqué en entrevue au Guardian. Privilégier l’influence politique par rapport à la protection de la démocratie pourrait menacer leurs propres résultats [financiers]. »

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À propos de l'auteur Le Devoir

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