Trois cas pour mettre à l’épreuve les promesses en finances personnelles

Trois cas pour mettre à l’épreuve les promesses en finances personnelles


Quelles sont les promesses des partis pour régler des problèmes cruciaux qui affectent directement la vie des citoyens au Québec ? Le Devoir a demandé à des électeurs ce qu’ils attendent du gouvernement qui sera élu lundi prochain. Aujourd’hui, les finances personnelles.

                                                                                                                                                    Inflation, virage vert, pénurie de main-d’oeuvre, logement, poids de la fiscalité pour les plus riches et la population en générale… Plusieurs questions économiques ont été au coeur de la campagne électorale québécoise. Quel impact auraient les promesses des partis politiques sur les finances personnelles de Julie, Maxime, Lucie et les vôtres ?

Julie Bilodeau Papineau, 36 ans, éducatrice et mère

Julie Bilodeau Papineau était déjà une électrice de Québec solidaire avant le déclenchement des élections, mais elle a quand même eu un choc lorsqu’elle a entendu le co-porte-parole du parti en campagne. « C’est la première fois que j’entends un politicien tenir aussi exactement un discours en accord avec mes valeurs, mes principes et ma façon de vivre. C’est vraiment le fun ! »

L’éducatrice spécialisée de 36 ans vit à Otterburn Park, en Montérégie, avec son conjoint et leurs trois filles de 6, 9 et bientôt 11 ans. Pour elle, il ne fait pas de doute que l’enjeu qui passe devant tous les autres est l’environnement.

« C’est sûr qu’on parle de changements importants et difficiles qui vont fâcher des gens. Mais on n’aura pas le choix. Actuellement, ça coûte moins cher à ceux qui polluent qu’à ceux qui ne polluent pas, mais à la fin on va tous payer plus cher si on ne change pas. Et plus on attend, moins on laisse de chance à nos enfants de faire leurs propres choix. »

Et pour vous?

La défense et la remise sur pied du système d’éducation arrivent en deuxième position, poursuit-elle, « parce que tout passe par là ». « Je l’ai vécu de l’intérieur et, à un moment donné, j’ai dû choisir entre partir à mon compte ou partir en dépression », dit-elle, tellement elle avait l’impression de faire la pompière plutôt que de la prévention.

Obligée, pendant quelques années, de trouver du personnel pour une clinique dont elle était copropriétaire, elle sait comment la rareté de main-d’oeuvre peut être un casse-tête. Ayant fait le passage en famille à l’alimentation végane et biologique, elle sait aussi comment tout coûte aujourd’hui plus cher, notamment à l’épicerie. « C’est sûr qu’il faut faire plus attention. Le côté écoresponsable a toujours été important pour nous et on a toujours été prêt à payer plus pour certaines choses en même temps qu’on dépensait moins ailleurs. »

Heureusement, la maison familiale n’a pas coûté cher, il y a 12 ans, parce qu’il a fallu ensuite lui « donner beaucoup d’amour ». Quant aux deux voitures hybrides, elles roulent relativement peu parce que le bureau de Julie est à 7 minutes de là, que son conjoint va travailler à Montréal en transport en commun et à vélo et que l’école des enfants est à deux pas de la maison.

Les promesses des partis

 

Ensemble, Julie et son conjoint disposent d’un revenu annuel avant impôt d’environ 185 000 $, dont un peu plus de 100 000 $ pour son conjoint, un professionnel du monde des communications. C’est un peu moins que le double du revenu total médian des familles économiques au Québec en 2020 qui s’élevait à 99 500 $, selon Statistique Canada, c’est-à-dire avant impôt, mais après tous les transferts des gouvernements.

Selon la calculatrice mise au point par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke et Le Devoir pour mesurer l’impact des promesses des partis politiques, un gouvernement conservateur leur rapporterait, au total, un peu plus de 3800 $ d’économies, essentiellement d’impôts sur le revenu.

Le Parti libéral suivrait, avec environ 2400 $, surtout en réduction d’impôt et un peu en gel des tarifs d’électricité et en baisse de la TVQ sur certains biens essentiels. Puis viendrait la Coalition avenir Québec (environ 1750 $ sous forme de baisses d’impôt) et ensuite, presque à égalité, Québec solidaire (775 $) et le Parti québécois (750 $).

Dans le cas de QS, Julie et son conjoint ne gagneraient pas assez pour faire véritablement les frais des hausses d’impôt qui commenceraient à partir d’un revenu individuel de 92 600 $, mais qui augmenteraient surtout une fois passer 112 700 $, puis 200 000 $. Le couple ne dispose pas, non plus, chacun d’un actif net de plus d’un million de dollars qui les qualifierait pour sa taxe sur le patrimoine des « ultrariches ».

En ce qui concerne le PQ, Julie serait la seule à avoir droit à un chèque unique contre l’inflation.

Le verdict

 

Ces résultats n’impressionnent guère Julie Bilodeau Papineau. « Cela m’apparaît une façon très comptable de voir les choses. Ce que ça ne montre pas, ce sont les services que ces baisses d’impôt nous feraient perdre en échange. Si j’habitais en Ontario, je payerais peut-être moins d’impôts, mais je n’aurais pas été capable d’envoyer mes trois enfants en CPE. J’aurais été obligée de rester à la maison. »

En fait, poursuit-elle, « si mon argent est bien utilisé, je n’ai pas de problème à en donner plus ».

Elle craint, cependant, que ce genre d’arguments puissent en convaincre plusieurs et y voit une autre forme du même genre de mal qui menace de conduire la planète à sa perte. « On pense à notre intérêt personnel immédiat sans se soucier de nos intérêts collectifs à plus long terme. »

Éric Desrosiers
 

Maxime Richer, 41 ans, célibataire

Encore jeune, célibataire, sans enfant et gagnant plutôt bien sa vie, Maxime Richer n’a pas l’impression d’intéresser beaucoup les partis politiques en campagne. « Je ne m’en plains pas, et ça ne m’empêche pas de suivre, chaque fois, les élections avec intérêt même si trop souvent cela tourne plus à un combat de “clips” qui tournent ensuite sans cesse dans les médias plutôt qu’à des débats sur les enjeux importants. Je constate seulement que les gens comme moi y sont généralement oubliés. »

D’emblée, le concepteur-rédacteur publicitaire de 41 ans parle de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques lorsqu’on lui demande l’enjeu politique de l’heure qui lui semble le plus pressant. « Il est urgent qu’on arrête de traiter de cette question comme d’un à-côté. L’économie est aussi importante, évidemment. Mais je pense que les deux peuvent avancer ensemble. »

Témoin, il y a quelques années, du décès de sa mère dans un CHSLD et toujours sans médecin de famille, il dit constater, comme tout le monde, les besoins pressants du système de santé, comme de celui de l’éducation.

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Il ne lui vient pas spontanément à l’esprit d’évoquer la question de la forte augmentation du coût de la vie. Il faut dire qu’à l’emploi d’une agence basée à Denver, au Colorado, pour laquelle il travaille à partir de Montréal pour des clients québécois, il est conscient de gagner « un très bon salaire », à raison d’un peu plus de 100 000 $ par année, soit deux fois et demie le revenu total médian des particuliers au Québec en 2020, selon Statistique Canada, c’est-à-dire avant impôt, mais après tous les transferts des gouvernements. « Je suis privilégié. J’ai la capacité de payer. »

Cela ne l’empêche pas de s’estimer « chanceux » d’avoir trouvé, cet été, un nouveau logement « à un coût pas si élevé ». « J’aimerais bien, un jour, devenir propriétaire. Mais les prix immobiliers sont juste devenus de la folie avec la pandémie. »

Les promesses des partis

 

Si l’on soumet le cas de Maxime Richer à la calculatrice mise au point par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke et Le Devoir pour mesurer l’impact des promesses des partis politiques, on constate que c’est le Parti conservateur qui lui rapporterait le plus de sous. De presque 2100 $, ce montant viendrait essentiellement de baisses d’impôt, puisque le Montréalais n’utilise que rarement sa voiture et ne profiterait pas tellement de la baisse de la taxe sur l’essence promise pendant 5 mois. « Je marche beaucoup, sinon je suis à vélo et je prends les transports en commun. »

Le Parti libéral arriverait en deuxième position, avec un peu moins de 1400 $, provenant principalement de baisses, mais également du gel des tarifs d’électricité et de la baisse de la TVQ sur certains biens essentiels.

Puis viendrait la CAQ, avec un peu plus de 750 $ de baisse d’impôt, M. Richer ayant un revenu trop élevé pour recevoir un chèque contre l’inflation.

L’avant-dernier rang irait à Québec solidaire, avec un peu moins de 550 $, Maxime Richer pouvant compter sur une baisse de la TVQ sur certains biens essentiels (+830 $) alors qu’il gagne tout juste assez pour être légèrement touché par des hausses d’impôt sur le revenu des plus riches. Ces dernières commenceraient à partir d’un revenu annuel d’environ 92 600 $, mais s’accéléreraient surtout une fois passer 112 700 $, puis 200 000 $.

Quant à la taxe de Québec solidaire sur la richesse accumulée, Maxime Richer se dit « très très loin » de son seuil minimal de 1 million d’actifs nets.

Le Parti québécois ferme la marche, avec 0 $, Maxime Richer ayant encore là un revenu trop élevé pour avoir droit à un montant pour pallier la hausse du coût de la vie ou à une bonification du crédit de solidarité.

Le verdict

 

« Franchement, je ne savais pas combien toutes ces promesses étaient censées me rapporter personnellement », dit le principal intéressé. « C’est intéressant, mais ça ne changera pas grand-chose », fait savoir cet électeur pour qui le coeur penche du côté de Québec solidaire, dont le candidat dans sa circonscription n’est nul autre que son chef Gabriel Nadeau-Dubois.

« Encore une fois, ça n’a pas toujours été comme cela, mais je gagne aujourd’hui plutôt bien ma vie et l’ajout de ces montants à mes revenus ne ferait pas une grosse différence. »

« Je n’ai pas de mal à imaginer que quelques centaines de dollars de plus pourraient être bienvenues pour ceux qui ont des revenus plus modestes, mais je doute que cela puisse être suffisant pour changer complètement d’orientation. Si vous hésitez entre la CAQ et le Parti libéral, peut-être. Mais je ne vois pas quelqu’un décider de voter pour le PLQ au lieu de Québec solidaire pour y gagner l’équivalent de 75 $ de plus par mois. »

Éric Desrosiers
 

Lucie Dumont, 55 ans, jeune retraitée

Ex-fonctionnaire au gouvernement fédéral, Lucie Dumont a pris sa retraite il y a moins d’un an, après une trentaine d’années de carrière dans le service public. « C’était un choix personnel de prendre ma retraite tôt. Je prévoyais de le faire avant, mais la pandémie a un peu chamboulé mes plans », explique la jeune retraitée de 55 ans, qui vit en Outaouais. Mais c’est aussi la pénurie de main-d’oeuvre qui l’a contrainte a resté en poste un peu plus longtemps — question de trouver et de former la relève.

Célibataire et sans enfant, Mme Dumont souhaitait tester pendant au moins un an la vie de retraitée, et peut-être ensuite retrouver un emploi, moins demandant. « Si je retourne travailler, j’irais dans un domaine complètement différent, sans avoir la contrainte du revenu. J’aurais un emploi juste pour le plaisir. »

Mais alors que son « année sabbatique », comme elle l’appelle, touche à sa fin, la jeune retraitée se questionne toutefois s’il s’agit du meilleur choix pour elle, d’un point de vue fiscal. « Ils cherchent du monde pour travailler à la bibliothèque ou dans les services municipaux, pour du temps partiel, ce qui pourrait m’intéresser. Cependant, j’ai peur de finir par faire du temps plein avec la pénurie de main-d’oeuvre. Alors ça voudrait dire plus de revenus, et j’ai peur que ça me désavantage au niveau de l’impôt », évalue-t-elle.

« J’ai toujours voulu contribuer à la société et j’ai encore cette motivation-là. Mais en étant à la retraite, on dépense aussi beaucoup moins, on fait plus de randonnées, on voit davantage nos amis… Alors est-ce que je veux vraiment échanger ça pour quelques dollars de plus, tout en étant taxée davantage ? Je ne sais pas encore », avoue celle, qui serait favorable à un allègement fiscal pour retourner travailler.

Les promesses des partis

 

Le Parti québécois promet bien de « lever les barrières fiscales » qui dissuadent les travailleurs expérimentés de rester sur le marché de l’emploi, mais cette mesure s’adresse aux plus de 60 ans et ne vise donc pas notre jeune retraitée.

Et qu’en est-il des autres mesures fiscales susceptibles de l’affecter ? Mme Dumont s’est elle aussi soumise à l’exercice de la calculatrice fiscale mise sur pied par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke et Le Devoir, mais elle préfère que les baisses d’impôts exactes auxquelles elle aurait droit restent tues.

De manière générale, tous les partis lui remettraient de l’argent dans ses poches. Par exemple, les baisses des taux pour les deux premiers paliers d’imposition proposées par la CAQ, le PLQ, ou le PCQ lui seraient favorables, tandis que les hausses de taxes pour les plus riches du PLQ ou de QS ne la concerneraient pas.

Mme Dumont recevrait aussi des chèques non récurrents de la CAQ et du PQ, pour l’aider à faire face à l’inflation. Et elle bénéficierait également de la levée de la TVQ sur certains produits essentiels, comme le proposent le PLQ et QS.

Le verdict

 

Autant la jeune retraitée est-elle favorable à des incitatifs fiscaux pour retourner travailler, autant trouve-t-elle toutefois que les retours d’argent promis par les partis sont trop généralisés.

« Je trouve qu’il y a une générosité qui n’a peut-être pas lieu d’être. Les plus démunis ont besoin de cet argent car ils sont frappés de plein fouet par l’inflation, mais pas les plus riches », estime-t-elle. « Personnellement, je fais plus attention à comment je dépense depuis les derniers mois, mais n’ai jamais eu de trouble à payer l’épicerie », reconnaît-elle, s’estimant chanceuse de ne pas avoir besoin d’aide.

Mme Dumont remet notamment en question les mesures applicables à tous, y compris aux riches — comme, par exemple, l’exemption de TVQ sur les produits essentiels ou au restaurant — plutôt que des mesures ciblées pour les plus démunis. « Ça va faire un gros creux dans les finances de l’État, alors que ça va profiter à des gens qui n’en ont pas tous besoin », déplore-t-elle.

De toute évidence, les différences de remises d’argent promises par les partis ne la feraient pas changer d’avis sur son choix pour l’élection qui est, de toute façon, déjà tranché. « Ma décision est prise. J’ai déjà voté par anticipation la fin de semaine dernière. Je ne dirai pas pour qui, mais c’est un vieux parti. »

Clémence Pavic

<h4>À voir en vidéo</h4>

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