Libérer l’Europe

Libérer l’Europe

Et ils avaient des queues semblables à des scorpions et il y avait des aiguillons dans leurs queues et leur pouvoir était de blesser les hommes pendant cinq mois.

Apocalypse 9, 10


Par Batiushka – Le 19 juillet 2022 – Source The Saker Blog

Il y a un peu plus de trente ans, l’URSS communiste a fait faillite – elle n’a pas pu réunir assez d’argent pour rembourser ses dettes sur les marchés financiers. L’Occident aurait dû faire faillite au même moment, car il avait lui aussi des dettes colossales, mais grâce aux manipulations financières de son capitalisme, il a pu réunir les capitaux nécessaires. Il a donc fait faillite moralement.

Tout d’abord, il y a eu le fascisme du politiquement correct. Comme tant de mouvements destructeurs, les intentions initiales étaient bonnes, mais comme nous le savons, le chemin de l’enfer en est pavé. C’est précisément après 1991 que l’utilisation de l’expression « politiquement correct » comme expression péjorative s’est répandue aux États-Unis. Deuxièmement, c’est à la même époque qu’a commencé l’attaque occidentale contre l’Islam, ou plutôt l’accaparement par l’Occident du pétrole et du gaz arabes, en disant à Saddam Hussein qu’il pouvait récupérer le Koweït, qui avait été illégitimement coupé de l’Irak riche en pétrole par l’impérialisme britannique, mais en retirant ce soutien une fois qu’il l’avait fait et en prétextant ainsi une raison de l’attaquer. La première guerre du Golfe a suivi, une deuxième après l’invasion et l’occupation ratée de l’Afghanistan, puis le chaos du « printemps arabe ». Troisièmement, à la même époque, en 1992, a commencé la tentative de dépeuplement, de démantèlement et de destruction des terres russes, qui a culminé 22 ans plus tard avec le coup d’État américain à Kiev en 2014, qui a coûté 5 milliards de dollars aux contribuables américains et leur a coûté bien plus depuis. Entre-temps, il y a eu toutes sortes de manipulations occidentales, du 11 septembre à la crise de Covid-19.

Tel est l’orgueil démesuré. « Nous sommes la seule superpuissance ». « La fin de l’histoire est arrivée ». Et c’est ainsi qu’aujourd’hui le monde occidental se retrouve isolé. La « communauté internationale », « le monde libre », ne compte que 13% de la population mondiale et dépend du reste du monde, des 87%. Dépassée par la population du reste du monde et son PIB, elle ne produit qu’une quantité infime de pétrole, de gaz, de nourriture, d’engrais et de produits manufacturés. La Russie, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite, voire la quasi-totalité de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, font bloc contre les manipulations néocoloniales et les mensonges des néoconservateurs du monde occidental, dont l’unité s’effrite. D’ailleurs, le monde occidental est en faillite. Les États-Unis à eux seuls ont une dette impayable de 30 000 milliards de livres sterling [dollars ?, NdT]. Ainsi, la faillite de l’Occident, qui aurait dû se produire il y a plus de trente ans, se produit maintenant.

Au lieu de négocier avec la Russie et de se retirer de l’Ukraine, il y a un conflit militaire. Au lieu de laisser la Russie reconquérir l’Ukraine, comme elle le fera inévitablement, en quelques semaines, l’Occident a décidé de s’imposer des sanctions absurdes et suicidaires et d’épuiser ses stocks d’armes afin de prolonger le conflit pour qu’il dure de nombreux mois. Cela signifie que la Russie est maintenant contrainte, d’une manière ou d’une autre, de prendre le contrôle de l’ensemble de l’Ukraine. Et comme les équipements militaires occidentaux sont détruits en Ukraine, le reste de l’Europe n’aura plus grand-chose pour résister à une éventuelle avancée russe au-delà de l’Ukraine, si la Russie souhaite le faire. Et elle peut le faire, car les cinq derniers mois ont clairement prouvé que ce n’est pas seulement l’Ukraine qui a besoin d’être démilitarisée et dénazifiée, mais l’ensemble de l’Europe occidentale.

L’histoire devrait enseigner l’effet boomerang : si vous faites quelque chose de sournois, vous le paierez. Par exemple, en 1917, la Grande-Bretagne a manigancé la révolution russe, remettant le pouvoir aux aristocrates et bourgeois anglophiles. Or, les anglophiles se sont révélés totalement incompétents et ont perdu le pouvoir au profit des bolcheviks en huit mois seulement. Cela a eu pour conséquence que la Grande-Bretagne a dû ensuite intervenir militairement en Russie pour tenter, en vain, de vaincre les bolcheviks, des ennemis bien pires pour elle que ne l’avait jamais été la Russie du tsar, que la Grande-Bretagne avait effectivement installée. Un autre exemple de la même période : Tout comme le traité de Versailles, qui était censé mettre fin à la Première Guerre mondiale (= occidentale), a garanti la Deuxième Guerre mondiale (= occidentale), nous ne devons pas oublier qu’il n’y a jamais eu de traité de paix officiel entre l’URSS et l’Allemagne en 1945, mais simplement un cessez-le-feu.

Puisque des armes allemandes tuent aujourd’hui des Russes en Ukraine, on peut considérer que l’Allemagne a rompu ce cessez-le-feu. Il faut donc maintenant mettre fin à la Première Guerre mondiale. D’autant plus que la défaite de l’Allemagne en 1945 a laissé des frontières folles partout en Europe, de la Catalogne à la Hongrie, de l’Estonie à l’Irlande, de l’Ukraine à la Belgique. Par conséquent, il y a beaucoup de grandes minorités dans toute l’Europe qui veulent être libérées des élites oppressives, c’est-à-dire qui veulent être libérées des résultats de la Première Guerre « mondiale ». Cette guerre n’a jamais pris fin, elle a seulement été interrompue deux fois, en 1919 et en 1945, mais elle peut enfin prendre fin. Examinons brièvement certaines minorités opprimées dans les trois pays qui sont considérés comme les principaux pays politiques du monde occidental, deux en Europe occidentale, la France et le Royaume-Uni, l’autre, les États-Unis, trois des cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Il y a la France, avec son oppression de ses colonies lointaines et de ses colonies proches – la Corse, l’Alsace, la Bretagne et le Pays basque français. Il y a trente-cinq ans et plus, le président Mitterrand, « le Pharaon des Pyramides », avait promis de décentraliser la France centrée sur Paris. Où est cette décentralisation ? Autour de Mitterrand, plusieurs personnes sont mortes, notamment son Premier ministre Pierre Bérégovoy, qui s’est « noyé » dans un petit cours d’eau, ou le chef de ses services secrets, François de Grossouvre, qui se serait tiré une balle dans la tête dans la chambre voisine de Mitterrand dans son palais où, comme tout bon roi de France, sa femme vivait dans une aile et sa maîtresse dans l’autre. Est-il utile de parler de ses successeurs comme Chirac, le gaulliste déchu, et Sarkozy, l’américaniste amoureux de l’OTAN, tous deux corrompus jusqu’à la moelle, depuis que la France est tombée encore plus bas, devenant un nain politique ?

Après l’adoratrice de l’argent (« monétariste ») Thatcher, le Royaume-Uni a eu son propre Mitterrand. Il s’agit de Blair, qui a été élu Premier ministre après la « mort » mystérieuse du leader travailliste John Smith, et dont le mandat a été marqué par les « décès » de son ministre des Affaires étrangères opposé à l’invasion de l’Irak, Robin Cook, mort « en faisant de l’escalade », et de l’inspecteur en désarmement David Kelly, mort « en se promenant » (ou peut-être parce qu’il n’a pas trouvé d’« armes de destruction massive »). Car Blair a également promis la décentralisation du Royaume-Uni, centré sur Londres. Ainsi, Blair, avec son ami Bush, a veillé à ce que les seules armes de destruction massive en Irak soient celles qui y ont été prises et utilisées pour massacrer les Irakiens par les États-Unis et le Royaume-Uni. Ainsi, aujourd’hui, le Royaume-Uni est toujours « dirigé » par le bouffon semi-alcoolique Johnson, dont la place est convoitée par ce génie de la géographie qu’est Truss, la pathétique imitation sartoriale de Thatcher, qui obtient les votes de la classe aisée qui fait flotter des drapeaux ukrainiens au-dessus de ses maisons luxueuses. Aujourd’hui encore, les Anglais demandent à être libérés de l’oppression millénaire de l’ensemble de l’Establishment britannique basé à Londres. Tout comme les Écossais, les Gallois et les Irlandais…..

Quant aux États-Unis, nous nous souvenons de Reagan le banquier, Clinton le lascif, Bush le « génie » (Truss est-elle sa fille illégitime ? Cela expliquerait tout), et Obama le sanguinaire, qui a assassiné par drone, créé le printemps arabe et le bain de sang en Ukraine. Quant à Trump le narcissique, on se souvient de ses slogans, « Make America Great Again » puis, après son échec de son propre aveu à le faire dans le temps imparti, « Make America Great Again Again ». Ces slogans supposent implicitement que la « grandeur » (non définie) est hautement souhaitable et qu’à un moment donné dans le passé, l’Amérique était grande et qu’elle ne l’est plus. Ces deux présomptions semblent très douteuses. Les États-Unis étaient-ils grands lorsqu’ils ont massacré des millions d’Amérindiens et réduit en esclavage des millions d’Africains ? Étaient-ils grands pendant leur guerre de Sécession, où pas moins d’un million d’Américains sont morts de la cupidité de l’élite du Nord-Est ? Était-elle grande lorsque le krach de Wall Street a eu lieu et que les pauvres Américains sont morts de faim ? Était-ce formidable lorsque les États-Unis ont bombardé des civils allemands et largué des bombes atomiques sur des civils japonais ? Était-ce formidable quand, pendant plus de soixante-dix ans, la CIA a déclenché des guerres dans le monde entier, assassiné des dizaines de dirigeants mondiaux et organisé des guerres et des violences politiques dans d’innombrables pays réduits à l’état de républiques bananières ? Le monde entier est devenu la minorité opprimée des États-Unis, sauf que cette minorité est la grande majorité. Faut-il s’étonner que la race la plus dépourvue d’amis et la plus détestée de la planète soit les Américains ?

Mais au cas où nous serions accusés d’être anti-américains, nous pourrions peut-être généraliser l’état de la politique dans le monde occidental. Le fait est que les hommes d’affaires et les industriels honnêtes et prospères ne se lancent que très rarement dans la politique dans le monde occidental, et ce depuis plusieurs décennies, voire plusieurs générations. En général, ce ne sont pas les personnes capables et compétentes, mais les ratés qui font de la politique dans le monde occidental. Soit ces ratés veulent de l’argent (ils sont corrompus), soit ils ont de l’argent et veulent donc du pouvoir (ils veulent en abuser), soit ce sont des pervers sexuels. Ainsi, mille ans d’Europe déviante se terminent dans l’ignominie, l’infamie et la dépravation.

L’Europe a besoin d’être libérée. Ses dirigeants pro-nazis admettent maintenant à contrecœur qu’ils ont perdu la guerre qu’ils ont commencée contre la Russie dans l’Ukraine nazie. Ils savent que Zelensky est fini, bien qu’il soit encore soutenu pour le moment par les partisans néoconservateurs de Biden, et que non seulement la Crimée et le Donbass, mais aussi de nombreuses autres parties de l’Ukraine reviendront à jamais à la Russie, où elles se trouvaient il y a un siècle. Et quant à la majeure partie du reste, si ce n’est la totalité, elle sera également perdue pour l’Occident. Aujourd’hui, le meilleur mensonge que les bellicistes occidentaux puissent inventer est que la guerre en Ukraine se termine « dans une impasse », sans aucun vainqueur, et dans une impasse le long de la frontière polono-ukrainienne. Cependant, la vérité est bien pire pour eux que ce mensonge.

Il y a un peu plus de trois ans, je me suis entretenu avec l’ambassadeur retraité d’un certain pays d’Europe occidentale en Suisse. Avant cela, il avait passé de nombreuses années à l’ambassade de son pays à Moscou (il parle couramment le russe). Il m’a demandé pourquoi les excellentes relations de l’Occident avec la Russie dans les années 1990 avaient dégénéré et avaient été détruites. Je lui ai répondu que c’était parce que l’Occident avait traité la Russie comme une colonie du tiers monde, qu’il voulait exploiter et démembrer. C’est l’Occident qui avait allié la Russie à la Chine et créé non seulement un ennemi, mais un ennemi qui allait détruire l’Occident. Il m’a regardé avec incrédulité. Le 14 juillet, jour de la fête nationale française de cette année, le président Macron a déclaré qu’il était prêt à déclarer la guerre à la Russie et à la Chine – avec son armée française pathétiquement minuscule et risiblement sous-équipée et sous-financée. Si c’est le cas, alors attendez-vous à ce qu’il n’y ait plus de carburant, plus de nourriture et plus de produits manufacturés en France. Il en va de même pour les bellicistes du reste du monde occidental.

Batiushka

Recteur orthodoxe russe d’une très grande paroisse en Europe, il a servi dans de nombreux pays d’Europe occidentale et j’ai vécu en Russie et en Ukraine. Il a également travaillé comme conférencier en histoire et en politique russes et européennes.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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