Moins de nouveaux médecins que prévu à Montréal en 2023

Moins de nouveaux médecins que prévu à Montréal en 2023

Montréal accueillera moins de nouveaux médecins de famille que prévu en 2023. Le Devoir a appris que le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a demandé que des « ajustements » soient apportés dans la répartition des postes entre les régions. Résultat : Montréal, la Côte-Nord et l’Abitibi-Témiscamingue perdent des médecins, au profit de Laval et de Lanaudière.

L’Association des médecins omnipraticiens de Montréal (AMOM) s’indigne de cette décision et la dénonce vertement. « Sur le terrain, ça passe pas pantoute ! dit son président, le Dr Michel Vachon. On ne comprend pas pourquoi les patients montréalais voient leur accessibilité aux soins de santé diminuer de plus en plus, d’année en année. On pense que le ministre ne comprend absolument pas ce qui se passe à Montréal. »

La région montréalaise aura droit l’an prochain à 85 nouveaux médecins de famille plutôt que 89, selon un document du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) obtenu par Le Devoir et qui détaille les plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM) de 2023.

La Côte-Nord récoltera 14 postes plutôt que 16 et l’Abitibi-Témiscamingue, 9 au lieu de 11. Deux régions gagnent au change : Laval (21 au lieu de 15) et Lanaudière (18 plutôt que 16).

La cheffe du Département régional de médecine générale de Montréal, la Dre Ariane Murray, déplore ces modifications « unilatérales ». « C’est sûr que la coupure de 4 postes cette année fait moins mal que celle de 30 l’an passé, reconnaît-elle. Mais ça fait qu’en trois ans, on est au total à moins 44 postes. Compte tenu de nos effectifs en décroissance relative, ça fait mal. »

L’été dernier, le ministre Christian Dubé a transféré vers le 450 une trentaine de postes destinés à Montréal. L’opération a été décriée, notamment par la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Son président, le Dr Marc-André Amyot, a qualifié de « tout à fait arbitraire » cette décision basée « sur la couleur de la carte électorale ». Christian Dubé s’est défendu, arguant que cette intervention avait été « difficile » mais nécessaire.

Interpellé au sujet des « ajustements » effectués pour 2023, le cabinet du ministre de la Santé indique qu’il fallait « ajuster les PREM en fonction des besoins de la population » et de la croissance démographique « dans les années à venir » afin de mettre en oeuvre le plan santé de Christian Dubé. Son attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau, a profité de l’occasion pour décocher une flèche à l’endroit du Parti libéral du Québec.

« Malheureusement, le ministre s’est rendu compte, à son arrivée à la Santé, que le gouvernement libéral octroyait les PREM de manière aléatoire, a-t-elle affirmé dans une déclaration écrite. De notre côté, nous n’hésitons pas à corriger le tir et à gérer selon les besoins des Québécois, dans toutes les régions. »

Le MSSS précise avoir procédé à des « changements mineurs » pour « accélérer la correction des écarts entre les régions comparables » en ce qui a trait au nombre de médecins par 100 000 habitants. Ce ratio s’élève respectivement à 94 et à 98 dans Lanaudière et Laval, contre 114 à Montréal, 153 en Abitibi-Témiscamingue et 173 sur la Côte-Nord (voir encadré).

L’AMOM s’explique mal, dans le contexte, pourquoi la Capitale-Nationale ne subit aucune coupe de postes en 2023. La région de Québec compte actuellement 126 médecins par 100 000 habitants. Et selon les prévisions du ministère, ce ratio grimpera à 139 en 2026. Montréal passera, elle, de 114 à 117 en tenant compte des ajustements effectués en 2023.

Pour le Dr Vachon, l’indicateur du ratio de médecins par 100 000 habitants ne tient pas la route. « Si on voulait comparer des oranges avec des oranges, il faudrait que tous les médecins de famille fassent la même job dans toutes les régions du Québec, dit-il. Donc, avoir des pratiques égales. »

Le chef du Département régional de médecine générale de l’Abitibi-Témiscamingue, le Dr Jean-Yves Boutet, souligne que sa région « ne compte même pas 150 000 habitants » et que le territoire est vaste. De petites équipes portent à bout de bras des services dans les hôpitaux et doivent faire appel à des médecins dépanneurs.

Il estime que le gouvernement n’envoie pas le bon message aux médecins en place. « Un moment donné, on ne pourra pas continuer à demander un 110 % à ces médecins-là tout le temps, tout le temps, tout le temps, pense-t-il. Ils veulent avoir de la relève et du renfort. »

Selon le MSSS, le retrait de postes à la Côte-Nord et à l’Abitibi-Témiscamingue aura « peu d’impact » puisque les deux régions ont encore des postes à combler des PREM 2022. Ils pourront les pourvoir d’ici le 15 janvier, indique-t-on. Quant à Montréal, l’effet sera « négligeable », estime-t-on, compte tenu du fait que la région « se voit attribuer le plus de postes ».

Un poste coupé est un de trop, selon la Dre Murray. « Un patient de Montréal qui va sur RVSQ [Rendez-vous santé Québec] aujourd’hui avec son code postal et qui essaie de trouver une plage de sans rendez-vous, il n’en trouve pas », se désole-t-elle.

Le système des PREM, qui vise à répartir équitablement les ressources médicales sur le territoire québécois, ne fait pas l’unanimité. Un médecin montréalais, le Dr Mark Roper, conteste d’ailleurs en cour le plan de répartition des effectifs qui, selon lui, maintient des inégalités entre régions en matière d’accès aux médecins de famille.

Le Dr Amyot croit que le problème n’est pas tant la méthode de calcul des PREM, mais le manque d’effectifs médicaux. En 2023, 412 postes de nouveaux médecins seront octroyés, soit une trentaine de moins que l’an dernier, d’après le MSSS. « Montréal et toutes les régions disent “je n’en ai pas assez” et c’est vrai, dit le Dr Amyot. On se partage la pénurie. »

Selon lui, Montréal est toutefois dans une « situation particulière », notamment en raison du nombre de patients sans médecin de famille et des déserts médicaux qui s’y trouvent. Beaucoup de médecins montréalais prendront aussi leur retraite dans les années à venir. Le tiers a plus de 60 ans, rappelle-t-il. Or, dans la répartition de ses effectifs, le MSSS ne vise qu’à remplacer 75 % des médecins prenant leur retraite.

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