Cardinal Lacroix: «Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables.»

Cardinal Lacroix: «Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables.»

Alors que le pape François s’apprête à venir au Canada pour rencontrer les peuples autochtones, le cardinal Lacroix — archevêque de Québec et primat du Canada — répond à plusieurs questions difficiles sur les abus dans l’Église et le long chemin de réconciliation que cette dernière doit emprunter.

Le Verbe: L’Église catholique est pointée du doigt pour de nombreux abus ces dernières années, au Québec et partout dans le monde. Comment accueillez-vos ces dénonciations et accusations?

Cardinal Lacroix: Les dernières décennies nous ont permis de mettre à la lumière du jour des situations de notre passé qui sont très douloureuses.

C’est triste à dire (mais nous devons le dire!) nous n’avons pas réagi comme nous aurions dû le faire. Nous n’avons pas été assez vigilants pour entendre le cri de nos frères et sœurs qui vivaient des abus de toutes sortes: spirituels, physiques et sexuels. Nous n’avons pas écouté et cru suffisamment les gens qui nous racontaient leurs souffrances.

Je pense qu’il faut aussi avoir l’honnêteté de reconnaitre que même si l’Église est beaucoup dans la mire des médias, le problème des abus sexuels est beaucoup plus large et se retrouve aussi dans d’autres secteurs de notre société: dans les familles, dans les milieux sportifs ou culturels, par exemple.

Évidemment, ça choque encore plus quand c’est dans l’Église parce qu’on ne devrait jamais s’attendre à voir cela parmi nous. Les gens ont raison d’être très déçus et blessés quand des hommes et des femmes d’Église, des croyants et croyantes, qu’ils soient des ministres ordonnés ou des laïcs, ne respectent pas l’Évangile, ne respectent pas l’être humain. C’est très regrettable et ça fait beaucoup de tort à l’annonce de l’Évangile. C’est un contretémoignage. Alors, on a un long chemin, mais on est en route.

C’est vrai pour les situations d’abus sexuels, mais c’est vrai aussi dans toute la question de nos frères et sœurs autochtones, inuits et métis. Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables. Car même si ce n’est pas nous qui avons été à l’origine de ce système des pensionnats autochtones, nous y avons participé. Même si c’est toujours difficile de juger le passé avec le regard et la sensibilité du présent, on ne peut nier qu’il y a eu des choses qui n’étaient pas dignes de l’Évangile et de l’Église.

Aujourd’hui cependant, et depuis une trentaine d’années déjà, on est en train de remédier à cela par un meilleur accueil des personnes qui viennent nous partager leurs souffrances passées ou présentes. Nous travaillons aussi beaucoup à la prévention et à la formation. Nous tentons de mieux former nos bénévoles, notre personnel, les ministres ordonnés, pour être capables de mieux réagir.

Le prochain synode de l’Église catholique pourrait-il aussi contribuer à changer nos manières de faire?

Oui, le synode va, entre autres, nous apprendre à plus et à mieux écouter. Ces dernières années, on a fait de nombreuses sessions d’écoute avec les peuples autochtones. J’ai participé à quelques-unes de ces sessions où l’on écoute et où l’on comprend davantage la souffrance. On le fait aussi avec des personnes qui ont vécu des abus sexuels, psychologiques ou spirituels dans le passé. C’est si important d’écouter!

Photo: Judith Renauld / Le Verbe

Pensez-vous que la visite prochaine du pape François au Canada pourra marquer un tournant dans la réconciliation entre l’Église et les peuples autochtones?

Vous savez, quand la confiance est brisée, ça prend du temps à la rebâtir. C’est vrai avec des amis, c’est vrai dans un couple, dans une famille et dans un milieu de travail. C’est vrai aussi dans l’Église. Et ce qui aide à retrouver la confiance, c’est la façon dont nous vivons aujourd’hui: ce sont nos choix, nos attitudes, notre façon d’être dans la transparence et la vérité.

Un chemin de réconciliation — je dis bien un chemin parce que ce n’est pas automatique, ce n’est pas un papier qu’on va signer —, ce n’est pas un décret qui va venir de l’un ou de l’autre. C’est un désir de faire la paix, de retrouver la paix à l’intérieur de soi et de continuer d’avancer ensemble.

On est sur un long chemin de vérité et de réconciliation et je me réjouis de cela. Le Saint-Père a accueilli des délégations à Rome, il les a écoutées longuement et a présenté ses excuses. Il s’en vient maintenant chez nous au Canada, et il y aura des paroles et des gestes appropriés pour la réconciliation. J’ai beaucoup confiance en ce qu’il peut faire.

Voyez-vous des signes que ce chemin de réconciliation est déjà amorcé?

L’été dernier, j’étais à Sainte-Anne-de-Beaupré pour la fête de la bonne sainte Anne, le 26 juillet. Comme chaque année, il y avait beaucoup d’Autochtones de plusieurs régions du Québec qui sont venus. Après la grande messe solennelle que j’ai présidée, je suis descendu comme d’habitude sur le terrain de la basilique pour saluer les gens. Beaucoup d’Autochtones se sont approchés de moi et quelques-uns ont dit ceci qui m’a beaucoup touché et qui me touche encore:

«Monseigneur, vous savez, ce n’est pas l’Église qui nous a abusés, ce sont des hommes et des femmes d’Église qui n’étaient peut-être pas à leur place ou qui étaient souffrants. Ce n’est pas toute l’Église qui a voulu ça et nous, nous faisons la part des choses, parce que nous croyons et que nous avons besoin de la foi. Nous avons la foi depuis longtemps et nous avons besoin de nourrir notre foi.»

Ce n’est certes pas tout le monde qui partage cette réflexion-là, c’est vrai, mais plus d’une personne me l’a dite.

Comment pouvons-nous annoncer respectueusement l’Évangile à un peuple d’une culture différente?

Si le gouvernement du Canada, jadis, a voulu éliminer la culture autochtone et assimiler tous les peuples autochtones, métis et inuits, ce n’est assurément pas ce que l’Église est appelée à faire. D’ailleurs, nous avons dans notre histoire tellement de belles pages d’évangélisation.

Chez nous, par exemple, les missionnaires jésuites sont allés vivre avec les peuples autochtones, apprendre leurs langues, apprendre leurs coutumes, composer des chants, même un très beau chant de Noël a été composé par un des martyrs canadiens en langue huronne. C’est très important ça.

On a découvert dans la spiritualité et la façon de vivre des Autochtones tellement de belles choses: leur respect pour la création et leur lien intime avec Dieu entre autres. Ils ne connaissaient peut-être pas Jésus-Christ, mais il y a tout de même des semences du Verbe dans leur culture, si je peux dire. Car tout être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Lorsque l’Évangile est proposé dans une nouvelle culture, cela devrait toujours être dans le respect de son peuple. L’Évangile peut l’amener à un autre niveau, à découvrir des éléments, peut-être, qu’il n’avait pas encore découverts. Mais l’Évangile ne doit jamais, ne peut jamais être imposé. Il doit être proposé, et c’est au peuple auquel il est annoncé de voir s’il pense que c’est bon pour lui.

C’est comme ça que l’Évangile s’est répandu dans les cultures grecques et romaines, et dans bien d’autres pays. On proposait l’Évangile et des gens y adhéraient. Pourquoi? Parce qu’ils y voyaient un avantage, ils y voyaient quelque chose qui les libérait, qui les aidait à vivre encore mieux.

C’est encore ce qu’on a à faire aujourd’hui. Ne jamais piétiner la culture des gens. Elle a parfois besoin d’être purifiée ; c’était le cas au temps de Jésus, chez les Romains, par exemple, où il y avait des pratiques d’esclavage, de non-respect de la femme et des enfants. L’Évangile a aidé à corriger ces pratiques contraires à la dignité humaine.

Si l’Évangile a contribué à purifier des cultures antiques, peut-elle encore aider notre culture actuelle?

Bien sûr, car même dans nos cultures modernes, il y a encore des choses qui ont besoin d’être purifiées et corrigées.

Quand on regarde actuellement notre Québec, on a une culture qui parfois ressemble à une culture de mort à certains points de vue. Je pense entre autres à l’introduction de croyances ou de façons de faire qui ne respectent pas la vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle. Or, l’Évangile va toujours nous rappeler que chaque être humain est digne de vivre, de sa conception à sa mort naturelle, n’en déplaise aux courants idéologiques qui circulent et même aux lois qui sont adoptées.

L’Évangile sera toujours là pour nous inviter à regarder plus haut, à voir plus loin et à respecter l’être humain d’abord et avant tout, mais aussi la création, cette maison commune dans laquelle on vit.

Cardinal Lacroix: «Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables.»
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Cardinal Lacroix: «Nous n’avons pas honte de dire que nous avons été complices et coupables.»

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