Le FMI met en garde contre la «grande fracture vaccinale»

Le FMI met en garde contre la «grande fracture vaccinale»

La « grande fracture vaccinale » entre les pays riches et les pays en développement par rapport à la COVID-19 risque de coûter cher aux uns comme aux autres, prévient le Fonds monétaire international (FMI).

La reprise mondiale se poursuit, mais de plus en plus lentement, et de façon bien inégale, a rapporté mardi le FMI lors de la mise à jour de ses Perspectives économiques mondiales. Le principal facteur à l’origine des problèmes complexes avec lesquels nos économies sont aux prises reste la pandémie de COVID-19. C’est aussi la principale menace qui pèsera sur les prochaines années si l’on ne déploie pas beaucoup plus rapidement les vaccins disponibles dans les pays en voie de développement.

Actuellement, près de 60 % de la population des pays développés est complètement vaccinée, contre environ 36 % dans les économies émergentes et moins de 5 % dans les pays à faible revenu. Cela se traduit pour le moment par une « dangereuse divergence des perspectives économiques » avec, d’un côté, les pays riches qui devraient retrouver l’an prochain leur trajectoire de croissance d’avant la crise et même la surpasser de presque 1 % en 2024 et, de l’autre côté, des pays en voie de développement qui, à l’exception de la Chine, accuseront encore dans trois ans un retard de plus de 5 %.

Mais il y a pire, poursuit le FMI, qui presse les pays riches à honorer sans plus attendre leurs promesses d’aide à la vaccination des pays du sud afin de porter ces proportions à au moins 40 % d’ici la fin 2021 et 70 % à la mi-2022. « La principale source d’inquiétude est que des variants de la COVID-19 plus agressifs encore émergent avant qu’un degré de vaccination étendue soit atteint. » Dans ce cas, c’est toute l’économie mondiale qui pourrait, en l’espace de cinq ans, être plus pauvre de 5300 milliards de dollars qu’on ne le prévoit déjà.
 

Une ombre sur la reprise

En attendant, le FMI n’a presque pas changé ses prévisions de croissance économique du mois de juillet pour cette année (de 6 % à 5,9 %) et l’année prochaine (maintenues à 4,9 %). « Cette modeste révision mondiale masque toutefois de fortes dégradations pour certains pays », a fait remarquer son économiste en chef, Gita Gopinath. Pour cette année, les États-Unis passent par exemple de 7 % à 6 %, l’Allemagne de 3,6 % à 3,1 %, et la cinquantaine de nations du bloc des pays à faible revenu, de 3,9 % à 3 %.

En ce qui concerne le Canada, le FMI a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour cette année, de 6,3 % à 5,7 %, et relevé celle pour l’an prochain, de 4,5 % à 4,9 %. On verra dans une dizaine de jours quelle analyse la Banque du Canada fait elle-même de la situation. Au mois de juillet, elle s’était montrée un peu moins optimiste que le FMI, avec des prévisions de 6 % pour 2021 et de 4,6 % pour 2022.

« Dans l’ensemble, les risques pesant sur les perspectives économiques ont augmenté et les arbitrages des pouvoirs publics sont devenus plus complexes », a expliqué Gita Gopinath. C’est le cas notamment des banques centrales, qui devront « trouver un juste équilibre entre la lutte contre l’inflation et les risques financiers, d’une part, et le soutien à la reprise économique, d’autre part ».

Le FMI a répété mardi qu’il croyait que la forte poussée des prix des aliments, des matières premières et de certains biens de consommation était le résultat de facteurs transitoires, comme des problèmes de chaîne d’approvisionnement et autres « inadéquations entre l’offre et la demande liées à la pandémie », et qui devraient s’être largement atténués au milieu de l’année prochaine. Il a toutefois averti les banques centrales de se tenir prêtes à relever rapidement leurs taux d’intérêt aussitôt que ces hausses de prix sectorielles semblent en voie de prendre racine dans les salaires et le coût du logement, mais surtout affecter la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs dans leur capacité à ramener l’inflation à leur cible de 2 %.

Climat et distractions inutiles

À la veille de la tenue de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, le FMI n’a pas manqué aussi de rappeler l’urgence d’une stratégie plus ambitieuse faite d’un prix plancher international du carbone adapté à la situation des pays, d’investissements publics, de subventions de la recherche ainsi que de transferts compensatoires et ciblés pour les ménages les plus touchés par la transition.

Gita Gopinath en a profité pour lancer un avertissement aux dirigeants des grandes puissances économiques. « La dernière chose dont le monde a besoin lorsqu’il fait face à des circonstances aussi délicates, a-t-elle noté, ce sont des situations inutiles qui perturbent les marchés financiers et freinent la reprise mondiale, qu’il s’agisse de l’incapacité à relever le plafond de la dette des États-Unis en temps voulu, de restructurations désordonnées de la dette dans le secteur immobilier chinois ou de l’escalade des tensions commerciales et technologiques transfrontalières. »

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