Le remède Soljenitsyne

Le remède Soljenitsyne

Quatre ans après avoir été expulsé de l’Union soviétique pour avoir publié L’archipel du Goulag, l’écrivain Alexandre Soljenitsyne prononçait à l’Université Harvard un discours intitulé Le déclin du courage. Les élites intellectuelles d’alors ont été choquées par cette prise de parole dans laquelle il se posait en dissident, aussi bien des idéologies de « la foire du Parti » à l’Est que de « la foire du Commerce » à l’Ouest.

Déjà en 1978, ce 70e lauréat du prix Nobel de littérature observait que le confort de la société occidentale commençait à « ôter son masque pernicieux ». Il discernait les symptômes d’une culture en décrépitude dans l’abrutissement télévisuel, l’absence de grands hommes d’État, l’esprit grégaire des universitaires et l’uniformité complaisante des médias.

Tragiquement, notre monde serait tombé malade en accomplissant son projet de bienêtre. Impuissant à se sacrifier à plus grand que soi, il est devenu apathique et dépressif.

La racine de ce déclin des empires américain et européen réside, selon lui, dans la fondation même de la pensée moderne : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’humanité à l’encontre de toute force supérieure à elle-même. Et une fois que l’homme s’est placé lui-même au centre et sommet de tout, il n’a plus d’autre but que le bonheur sur Terre.

Une bien petite félicité réduite à deux mots : sécurité et confort. Tragiquement, notre monde serait tombé malade en accomplissant son projet de bienêtre. Impuissant à se sacrifier à plus grand que soi, il est devenu apathique et dépressif.

Cet article est d’abord paru dans notre magazine de septembre/octobre 2021. Cliquez sur cette bannière pour y accéder en format Web.

Pour celui qui a bien connu les deux côtés du rideau de fer, capitalisme et communisme ne sont que deux variants d’un même virus : le matérialisme. L’État et ses réformes sociales n’ont d’intérêt que pour les besoins physiques, de santé et de consommation, négligeant toutes les autres aspirations proprement humaines, « comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé ». Un diagnostic qui fait écho au fameux constat de Bernanos : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Or, comme Saint-Exupéry l’avait lui aussi pressenti : « L’humanisme matérialiste ne peut qu’échouer. » C’est pourquoi, au culte de la matière, le survivant des Goulags oppose une culture de l’esprit :

« Si l’homme n’était né que pour le bonheur terrestre, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés. »

Écoutez cette chronique en version radiophonique à On n’est pas du monde.

Toujours plus haut

S’élever.

Voilà l’unique remède que Soljenitsyne prescrivait pour guérir l’Occident de sa maladie dégénérative : « Nous n’avons pas d’autre choix que de monter : toujours plus haut. » Un embrasement spirituel qui décentre l’homme de lui-même. Car, contrairement au mythique baron de Münchhausen, notre civilisation ne pourra se sortir des sables mouvants de l’anthropocentrisme en s’appuyant sur elle-même. 

Elle aura besoin d’une force supérieure à elle.


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Le remède Soljenitsyne

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