Le candidat de la gauche Pedro Castillo proclamé président du Pérou

Le candidat de la gauche Pedro Castillo proclamé président du Pérou

Le candidat de la gauche et novice en politique Pedro Castillo a été proclamé le 19 juillet vainqueur de l’élection présidentielle au Pérou, un mois et demi après le scrutin du deuxième tour du 6 juin où il affrontait la candidate de la droite populiste, Keiko Fujimori. «Je proclame président de la République José Pedro Castillo Terrones», a déclaré le président du Jury national électoral (JNE), Jorge Luis Salas, lors d’une brève cérémonie virtuelle qui clôt des semaines de suspense après un scrutin particulièrement serré.

«Je voudrais saluer les autorités électorales […] saluer également les partis politiques qui ont participé à cette fête démocratique», a lancé Pedro Castillo, peu après la proclamation, devant des centaines de partisans réunis au siège de son parti Peru Libre à Lima. «J’ai le cœur ouvert pour chacun d’entre vous, il n’y a pas de rancœur dans cette poitrine», a déclaré l’ex-instituteur depuis le balcon du siège du parti, arborant son traditionnel chapeau blanc, typique de sa province natale de Cajamarca (Nord).

«Je demande à madame Keiko Fujimori […] de faire en sorte que le pays avance», a-t-il ajouté.

L’autorité électorale chargée d’examiner les recours a confirmé le 19 juillet les résultats délivrés il y a plusieurs semaines par l’Organe national du processus électoral (ONPE) qui organisait le scrutin. A l’issue du dépouillement de 100% des bulletins de vote, l’ONPE avait donné Pedro Castillo, 51 ans, vainqueur avec 50,12% des voix, contre 49,87% à sa rivale, Keiko Fujimori, 46 ans.

Selon les résultats actualisés par le JNE, Pedro Castillo l’emporte avec 44 263 voix d’avance sur la fille de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000). Les centaines de partisans du président élu, qui campaient depuis des semaines devant le siège du JNE dans le centre de Lima, ont laissé éclater leur joie en chantant et dansant sur des rythmes traditionnels péruviens. «Nous avons enfin un président !», s’est réjouie auprès de l’AFP Rosa Huaman, 27 ans, alors que la foule scandait «On l’a fait !». «Cela faisait 200 ans que nous attendions qu’un instituteur, un Andin, un « cholo » (métis) arrive au pouvoir et gouverne pour tout le monde», a déclaré Caledonio Ayala, 38 ans, venue de la région de Huanuco (centre).

Keiko Fujimori reconnaît la validité des résultats

Peu avant l’annonce du résultat définitif, Keiko Fujimori, qui avait insinué début juillet qu’elle ne reconnaîtrait pas la victoire de son concurrent, a fait volte-face. «J’annonce qu’en remplissant mes engagements, mon engagement envers tous les Péruviens […] envers la communauté internationale, je vais reconnaître les résultats car c’est ce qu’exigent la loi et la Constitution que j’ai juré de défendre», a-t-elle déclaré en conférence de presse. «J’appelle les Péruviens à ne pas baisser les bras et à mettre en oeuvre une défense démocratique», a-t-elle ajouté.

La fille d’Alberto Fujimori (qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l’humanité) avait jusque-là multiplié les accusations de «fraudes» contre son adversaire et demandé l’invalidation de plusieurs dizaines de milliers de suffrages.

Visée par une enquête pour des pots-de-vin présumés lors de ses campagnes présidentielles de 2011 et 2016, où elle avait déjà échoué au second tour, elle a effectué 16 mois de détention préventive et, faute d’immunité présidentielle, risque désormais 30 ans de prison. A rebours de ses accusations, la mission d’observation de l’Organisation des Etats d’Amérique (OEA), les Etats-Unis et l’Union européenne avaient jugé le scrutin libre et transparent.

Début mars, trente années de réclusion ont été requises contre la dirigeante de Fuerza popular, le parti crée par son père.

«Elle va devoir évaluer si elle se retire» de la politique, a déclaré à l’AFP l’analyste politique Augusto Alvarez, chroniqueur au quotidien La República. La date du procès de l’ancienne candidate, qui a déjà passé 16 mois en détention provisoire, devrait être connu dans les semaines qui viennent, ont fait savoir des sources judiciaires. Outre Keiko Fujimori, son mari, de nationalité américaine, Mark Vito Villanella, est également soupçonné dans cette affaire où le géant brésilien du BTP a reconnu avoir versé des pots-de-vin à des dizaines de dirigeants latino-américains. Vingt-deux ans de prison ont été requis contre lui.

L’élection de Pedro Castillo reconnue par les Etats-Unis et le Venezuela

Le bureau du procureur a notamment obtenu fin 2019 l’aveu d’un ancien cadre d’Odebrecht, Luiz Eduardo da Rocha Soares, portant sur un dessous-de-table d’un million de dollars pour payer la campagne de Fuerza popular en 2011. Au terme de 28 mois d’enquête, 41 autres personnes ont été inculpées pour des délits présumés de «crime organisé, blanchiment d’argent, entrave à la justice, fausse déclaration».

Le bureau du procureur a également demandé la dissolution de Fuerza popular qui a remporté début avril 24 sièges sur 130 au Parlement qui entrera en fonction le 28 juillet. Si Keiko Fujimori est condamnée, le fujimorisme, ce mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique, risque gros alors que l’extrême droite a fait son entrée au Parlement comme troisième force politique du pays. Avec la défaite à la présidentielle, «je crains que le fujimorisme ne se délite», souligne Augusto Alvarez.

«Nous estimons nos liens profonds (avec le Pérou) et sommes impatients de les renforcer avec le président élu Pedro Castillo», a réagi le 19 juillet au soir l’ambassade des Etats-Unis à Lima. De son côté, le gouvernement vénézuélien a célébré l’élection «indiscutable» de Pedro Castillo et a exprimé son souhait de «développer une relation bilatérale de coopération», selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Pedro Castillo et Keiko Fujimori ont été les vainqueurs surprise le 11 avril d’un premier tour indécis avec 18 candidats en lice. Sorti de l’anonymat en 2017 à la faveur d’un mouvement de grève des enseignants dont il avait pris la tête, le chef du parti minoritaire de gauche Peru Libre a proposé pendant la campagne une série de nationalisations et l’arrêt de certaines importations pour renforcer l’industrie locale. Keiko Fujimori et ses partisans avaient agité le chiffon rouge, l’accusant de mener le pays à la ruine et à la dictature. Pedro Castillo prendra ses fonctions le 28 juillet, jour de l’expiration du mandat du président intérimaire Francisco Sagasti.

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