Université Laurentienne : besoin de plus que de la solidarité

Université Laurentienne : besoin de plus que de la solidarité

D’où viendront les sommes d’argents qui vont permettre de sauver les enseignements en français à l’université Laurentienne? Cette université bilingue ontarienne est secouée par d’importantes difficultés financières. Bien que difficile à chiffrer, son déficit serait très important, ce qui a incité à la fermeture d’une soixantaine de programmes, dont 28 en français.

Le premier ministre Justin Trudeau tient une conférence de presse à Ottawa, mardi 13 avril 2021. LA PRESSE CANADIENNE / Sean Kilpatrick

Le fédéral et l’Ontario appelés à travailler en collaboration

C’est un préjudice important pour les francophones qui paient ainsi le lourd prix de la restructuration. Celle-ci est mise en place par cette institution pour tenter de mettre de l’ordre dans ses finances.

Les 28 programmes visés intègrent des disciplines multiples et variées comme le génie minier, la langue française, l’histoire, la géographie, les sciences.

Au-delà du rôle de premier plan de cette université dans la formation des francophones du nord-est de l’Ontario, elle revêt une signification particulière pour les francophones de l’Ontario et de partout ailleurs au Canada.

C’est un objet d’identification sociologique et culturel qui permet de cultiver et d’entretenir l’appartenance à une communauté linguistique minoritaire en Amérique du Nord.

Dans le but de maintenir la vitalité de la langue française dans cette province à majorité anglophone et de permettre aux étudiants francophones de poursuivre leurs études postsecondaires dans leur langue, plusieurs élus ont donné de la voix à Ottawa pour affirmer leur solidarité vis-à-vis des francophones de l’Ontario.

Inquiets que 28 programmes francophones disparaissent ainsi des enseignements, ceux-ci ont invité la ministre responsable des Langues officielles, Mélanie Joly, à travailler de concert avec la ministre ontarienne des Affaires francophones et des Transports, Caroline Mulroney, pour trouver des façons de mettre un terme à cette crise.

Le premier ministre du Canada a affirmé, en point de presse mardi, que la ministre Joly était déjà en contact avec son homologue du gouvernement ontarien pour tenter d’en savoir davantage sur le « plan de protection de cette importante institution ».

« Et oui, le gouvernement fédéral sera là pour aider, mais c’est au provincial d’établir la marche à suivre », a déclaré M. Trudeau.

Les élus ont également manifesté leur déception en face de la décision de la Laurentienne de procéder à des licenciements dans les rangs des enseignants.

Ce sont une dizaine de postes de professeurs qui sont concernés sur la centaine à supprimer. On sait que cette université emploie plus de 1000 personnes, dont 361 professeurs à temps plein, et 250 chargés de cours. 5879 étudiants sont à temps plein en anglais, et 1345 sont dans des programmes en français.

De façon plus générale, plus de 30 000 étudiants sont inscrits dans des programmes en langue française en Ontario, dont une bonne partie à l’Université Laurentienne.

Celle-ci se positionne ainsi comme le creuset de l’enseignement en français en Ontario. Au nord-est de cette province où est son siège, les francophones représentent plus du 1/4 de la population.

L’Université Laurentienne et son drapeau vert et blanc de la communauté francophone représentent aussi un motif de fierté pour cette communauté qui se voit ainsi représentée.

La décision de mettre un terme à une trentaine de programmes en français amoindrira à coup sûr la vitalité tant culturelle qu’économique de cette localité.

Certes l’élan de solidarité manifesté par les élus à Ottawa apporte un certain renfort aux efforts en place pour tenter d’inverser la donne, mais l’université a besoin plus que jamais de fonds pour se relancer.

Des programmes sacrifiés au profit des infrastructures d’hébergement ?

De plain-pied dans la crise financière en février, l’université s’est déclarée insolvable et a décidé de solliciter une protection judiciaire en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Elle a émis le souhait de se voir accorder, dans un premier temps, une subvention de 100 millions de dollars. Cette somme servira principalement à payer des indemnités à tous ceux des travailleurs qui ont été licenciés, et à gérer les cessations d’emploi.

Cette université se retrouve clouée au pilori. Selon plusieurs explications, le fait que le gouvernement de l’Ontario ait décidé de réduire le financement des universités de 360 millions de dollars représente une source d’écueils supplémentaire pour cette institution.

Mais, d’autres avis contradictoires laissent percevoir qu’il y a eu des fautes et erreurs de gestion de la part de la Laurentienne. C’est du moins ce qui ressort de la position de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université.

Des porte-paroles de cette association ont confié à Radio-Canada que l’université Laurentienne est ainsi plombée par son manque de transparence et une absence de choix stratégique dans la gestion de ses finances.

Elle aurait privilégié la construction et la modernisation de logements étudiants qui demeurent inoccupés jusqu’à ce jour, au détriment du financement des programmes d’enseignement.

Les programmes en français, qui ont moins d’étudiants, se trouvent ainsi sacrifiés.

En face de l’incertitude qui plane sur l’avenir, des étudiants francophones de cette université, le président de l’association qui les représente, Simon Paquette, a dit sa frustration et sa tristesse par rapport à l’ensemble du processus.

Il a appelé ses camarades à veiller avant tout sur leur santé mentale, en raison de l’incidence que la situation pourrait avoir.

« L’instabilité et l’incertitude à laquelle nous sommes actuellement confrontés en ce qui concerne le processus de la LACC laissent la plupart d’entre nous anxieux », a-t-il observé.

« Bien que l’Association des étudiantes et étudiants (AEF) et de nombreux autres partenaires fassent de leur mieux pour préserver autant de programmes francophones que possible, le processus juridique laisse plusieurs aspects hors de notre contrôle », a-t-il ajouté.

Selon une porte-parole de la ministre des Affaires francophones et des Transports de l’Ontario, l’Université Laurentienne, qui connait des problèmes financiers, recevrait plus de subventions que tous les autres établissements, avec plus de 80 milliards de dollars de subvention par an. Crédit : Istock

Une université plus subventionnée que les autres ?

Une attachée de presse de la ministre provinciale des Affaires francophones a affirmé, il y a quelques jours, que la Laurentienne avait près de 80 milliards de subventions chaque année depuis cinq ans, ce qui en fait l’une des plus soutenues dans cette province.

Par ailleurs, elle a mentionné qu’il existe une entente bilatérale entre les gouvernements du Canada et de l’Ontario pour répondre aux besoins de plus de 6 22 000 Franco-ontariens en matière d’éducation postsecondaire.

Il s’agit d’une entente pluriannuelle 50 /50 qui prévoit un investissement fédéral de 63 millions de dollars de 2019-2020 à 2023-2024, et une part égale de l’Ontario de 2023/2024 à 2026/2027.

Selon les propos de l’attachée, en 2019-2020, la Laurentienne aurait reçu plus de 104 millions de dollars du ministère des Affaires francophones, en plus de la somme de 1,1 million de dollars du gouvernement du Canada. Ces montants conjoints étaient destinés en priorité au développement et à l’offre des services et programmes postsecondaires en français, en plus de soutenir l’université de Sudbury.

« Il est très préoccupant et regrettable que l’université Laurentienne ait dû prendre des mesures aussi radicales pour mettre ses finances en ordre. Nous suivons la situation de près. Notre priorité est la continuité de l’apprentissage pour les étudiants de la Laurentienne », a affirmé l’attachée, Natasha Tremblay, au nom de la ministre Mulroney.

Selon des informations fournies par l’attachée de presse de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Radio-Canada, l'AEF et des informations issues du Parlement à Ottawa.

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