Serge Denis

Serge Denis

Q     Comment expliquez-vous la popularité du premier ministre François Legault alors que la lune de miel d’un nouveau gouvernement dure généralement moins d’un an?

R La politique se résume généralement à une chose : la confiance. Et M. Legault inspire cette confiance, peut-être même en partie en raison de son charisme limité. Il a la sincérité d’admettre ses torts. Il est très ouvert dans son jeu et ça suscite davantage de confiance. Il se présente devant la population en reconnaissant qu’il peut se tromper et qu’il est disposé à corriger le tir si c’est le cas. 

Ce genre d’aveu rassure énormément. Ça démontre qu’il est humain et les gens retrouvent l’attitude du bon père de famille qui fait toujours son gros possible pour prendre les meilleures décisions avec les informations dont il dispose. Pour certains, il a un certain charisme, pour d’autres, moins, ça dépend des perceptions. Mais c’est moins important que la confiance qu’il inspire. Même ses maladresses peuvent contribuer à son charme, surtout quand il les assume. 

S’il se braquait et refusait d’admettre ses erreurs, les gens pourraient se dire qu’il n’écoute pas la population, qu’il n’en fait qu’à sa tête. Peu de chefs d’État ont cette attitude-là en admettant leurs torts. Les Québécois savent apprécier quelqu’un qui se place au même niveau qu’eux, qui ne leur parle pas de haut. Ça connecte bien avec les Québécois quand on se présente à eux comme un chef d’État humain qui fait de son mieux, tout simplement. 

Q     Lui qui était perçu comme un souverainiste pressé au sein du Parti québécois, ne paraît-il pas opportuniste aujourd’hui en jouant la carte du nationaliste modéré?

R Il semble avoir trouvé le point de rencontre avec les Québécois, qui sont généralement favorables à un certain nationalisme sans être massivement souverainistes ou fédéralistes. Ça a profité au Parti libéral dans le passé. Maintenant, c’est M. Legault qui représente le mieux cette ambivalence. 

La clé du pouvoir, c’est de bien incarner ce nationalisme. Est-ce qu’il fera l’indépendance? Ça ne semble pas être à l’ordre du jour. On l’a vu aux dernières élections à quel point cette absence de nationalisme fait mal au Parti libéral. M. Legault a réussi à rallier ces nationalistes qu’on retrouve autant parmi les fédéralistes que les souverainistes québécois. 

Q     La crise sanitaire n’a-t-elle pas favorisé M. Legault en l’exposant quotidiennement pendant que l’opposition se trouvait complètement éclipsée?

R L’opposition est condamnée à faire de la critique constructive en apportant des solutions, le plus possible. Si elle critique trop fort, ça pourrait être très mal perçu par les gens qui lui reprocheraient son manque de solidarité. À moins de décisions vraiment douteuses du gouvernement, l’opposition peut difficilement le condamner et doit garder le profil bas.  

En temps normal, les oppositions prennent leur mal en patience, parce que les situations de crise sont généralement de courte durée. Mais là, c’est très différent, puisque la pandémie dure depuis plus d’un an. C’est le genre de situation qu’on retrouve en temps de guerre. L’opposition est piégée en quelque sorte parce qu’on s’attend généralement à ce que cette popularité décline après la crise. Mais la crise ne s’essouffle pas. 

Q     Pourtant, la gestion de crise n’a pas été exemplaire au Québec. Le bilan des mortalités est loin d’être reluisant. Il y a eu des messages contradictoires à propos du port du masque, notamment, des décisions controversées à propos des CHSLD. Mais rien ne semble affecter sa popularité. Comment expliquez-vous cela?

R Avez-vous remarqué qu’on semble pardonner beaucoup de choses à François Legault et beaucoup moins à Justin Trudeau? On a même entendu M. Legault interpeller M. Trudeau à quelques reprises pour réclamer des vaccins ou pour fermer les aéroports. Même au tout début de la pandémie, on suppliait le premier ministre du Canada d’interrompre le trafic aérien. Ça permettait à M. Legault d’envoyer ce double message à la population à l’effet qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour freiner la pandémie mais qu’il ne pouvait pas tout faire. 

Ça a fait porter une bonne partie de la responsabilité, et du blâme qui vient avec, sur les épaules de M. Trudeau. Mais il n’est pas le seul. Le premier ministre ontarien Doug Ford a fait la même chose. Et cette attitude l’a très bien servi puisque sa popularité a aussi augmenté considérablement depuis le début de la crise. Il a surpris beaucoup de monde avec son attitude humaine face à la crise. 

En Ontario comme au Québec, on a rejeté une bonne partie du blâme sur le gouvernement fédéral, qui promettait continuellement d’agir, mais ne bougeait pas très vite. Ça, ce n’est jamais bon pour la confiance des gens. Et c’est pour cette raison que M. Trudeau inspire moins confiance même si on peut le considérer comme étant plus charismatique et qu’il a tout pour lui.

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Le Quotidien est un journal publié au Saguenay Lac Saint-Jean, une région du Québec du lundi au samedi. Il est actuellement édité par la Coopérative Le Quotidien, membre du groupe de presse Coopérative nationale de l'information indépendante depuis 2020.

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