Y a-t-il une bonne démocratie ?

Y a-t-il une bonne démocratie ?

« La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres », aurait dit Winston Churchill. Traduction : tout en étant mauvais, ce régime serait finalement le moins mauvais de tous. Le pouvoir de l’humour est grand, sa capacité d’égarement ne l’est pas moins si l’on n’examine pas de près les mots d’esprit. Que répondre à la boutade de Churchill, aristocrate par ses goûts et ses origines, ardent conservateur et fervent défenseur de la monarchie anglaise ?

Peut-être ce mot de Jean-Jacques Rousseau référence des révolutionnaires et des purs démocrates :

« A prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritables démocraties et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. » (Phrase stupéfiante sous la plume du thuriféraire de la démocratie absolue – au nom de l’ordre naturel également – et inventeur de la « volonté générale » laquelle, selon Rousseau, ne pourrait jamais se tromper).

Ainsi, la « démocratie », littéralement : le gouvernement par le peuple, régime connu au moins depuis l’Antiquité Grecque, existe pour les uns et n’a jamais exister pour les autres (qu’ils y soient ou non favorables) ?

Il y a là un premier problème que l’on n’a peut-être pas toujours bien nettement exposé : la démocratie existe-t-elle, a-t-elle existé, (employer le mot « exister » signifie que l’on parle d’idée réalisée et non d’une idée possible) ?

A supposer maintenant qu’elle ait existé, ou qu’elle le puisse concrètement, sous une forme ou sous une autre, est-ce « une bonne chose » ?

Ce régime est-il un mode de gouvernement légitime au point de vue chrétien qui nous intéresse, compte tenu qu’il semble conférer la souveraineté au peuple et s’en remettre à lui, ou à ses représentants, pour faire la loi, expression, qu’on le veuille ou non, d’une « vérité » ? Le nombre pourrait-il décider de la vérité ?Rappelons quelques notions à propos de ces deux interrogations et la réponse du magistère catholique traditionnel au sujet de la démocratie légitime.

La démocratie existe-t-elle, a-t-elle existé ?

Que la démocratie ait été mise en doute quant à son existence réelle, c’est le fait d’auteurs de milieux politiques les plus divers, y compris par ses promoteurs, tel J-J. Rousseau ou encore un Jacques Maritain, inspirateur du Concile Vatican II et de la démocratie chrétienne repensée, lequel faisait le constat en pleine seconde guerre mondiale que « la tragédie des démocraties modernes est qu’elles n’ont pas réussi à réaliser la démocratie »

En réalité, n’ayant pas d’existence conforme à son concept, la plupart de ces auteurs admettent que la démocratie a existé sous des formes imparfaites, dont ils rejettent certaines comme scandaleuses. A cet égard, on cite souvent, pour l’écarter, la démocratie athénienne du temps de Périclès qui n’était réservée qu’à un petit nombre de citoyens au milieu d’une masse d’esclaves. Belle démocratie que la grecque, excellente, à condition de faire partie de l’élite, c’est-à-dire d’être du petit nombre de citoyens ou « hommes libres » à qui elle était réservée.

Il y a peu encore on considérait que ces formes démocratiques étaient du passé, qu’elles n’incarnaient pas réellement la démocratie, ou de manière lointaine, en comparaison des formes modernes depuis l’avènement des républiques, en particulier depuis l’instauration du parlementarisme anglais et bien sûr de la Révolution de 1789.

Les plus républicains de ce temps n’en sont plus sûr du tout. Des analystes de sciences politiques parlent de Music-hall électoral et invoquent la loi de Michels :

« Aujourd’hui on peut dire que le système électoral repose fondamentalement sur un principe mystificateur qui dissimule un subterfuge : le principe représentatif, qui prétend que l’élu représente l’électeur. (…).

En fait, il n’en est rien : l’élu est le commis d’une entreprise qui le charge d’assumer les différentes fonctions qu’elle exerce dans un marché politique plus ou moins ouvert (…). Dans les systèmes polyarchiques les plus élaborés du monde contemporain, ces entreprises ont un nom : les partis politiques. » Les militants de gauche dénoncent, au nom de la vraie démocratie (?), « l’imposture démocratique » :

« En vérité, il est impropre de baptiser « démocratie » un système politique dans lequel le vote se négocie sur le marché politique et l’entrée au Parlement oblige le candidat à engager des « dépenses électorales considérables. »

« Les banquiers-philosophes qui déterminent les choix cruciaux pour la planète n’accepteraient jamais non plus de soumettre ces choix à des majorités parlementaires aléatoires, voire à des plébiscites imprévisibles. »

Et en effet, M. Tietmayer, ex-président de la Bundesbank , avait déclaré, au moment de la création de la banque centrale européenne, que les gouvernements ont choisi d’abdiquer leur pouvoir de décision en faveur des experts monétaires privilégiant le plébiscite des marchés sur celui des urnes.

Sommes-nous plus avancés que les Grecs ? La démocratie serait-elle donc éternellement le lot de quelques-uns ? N’a-t-elle pas tout de même des formes plus authentiques ?

Naguère, V. Volkoff disait que si on ne lui imposait pas la démocratie comme la panacée universelle et à la manière des fondamentalistes du régime qui en font un système transcendant indiscutable, il serait disposé à voir les qualités de ce mode de gouvernement. Aussi, voulait-il bien être démocrate en Suisse, un peu aux Etats-Unis, pas du tout en France.

« La démocratie est bonne parce que le bien c’est la démocratie ; la démocratie est juste parce que le droit c’est la démocratie ; la démocratie est dans le sens du progrès parce que le progrès consiste dans le développement de la démocratie. » (J. Madiran, Les deux démocraties). Lumineux, imparable. » écrit V. Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate, éd. Du Rocher, 2002.

Démocrate en Suisse, parce que la participation à la vie du Canton, ou de sa ville, donne quelques voix au chapitre sur des affaires qui nous concernent directement et pour lesquelles il arrive qu’on ait un jugement utile ou compétent (ouverture d’une route, construction qui abîmera la beauté des lieux, écoles etc.).

Un peu en Amérique du nord, car avant qu’elle ne fût le règne des lobbies et de l’argent, la discipline et le sens du bien commun chrétien des premiers pionniers pouvait faire espérer que des citoyens honnêtes participent à la bonne gestion de leur Etat.

Pas du tout en France – et je pense que Volkoff y inclurait la démocratie étasunienne actuelle – où la loi d’airain de l’oligarchie de Michels décide des ” bons chevaux ” de la course électorale et où la ploutocratie prédétermine qui sera à la tête de l’Etat suivant les besoins des « banquiers-philosophes ».

Si la démocratie ne réussit que dans les monastères, comme on s’accorde souvent à le dire, les républiques italiennes de la Renaissance (Venise, Gènes) ou les Cantons suisses géographiquement et démographiquement réduits, et si la masse finit par servir des partis politiques professionnels marchepied de l’oligarchie qui préempte le pouvoir de leurs mandants, reste-t-il un espoir de bonne démocratie dans les grands États ?

Y a-t-il une bonne démocratie ?

« Ce que la monarchie française n’avait pas réussi à faire, écrivait Mgr Lefebvre, la démocratie l’a réalisé : cinq révolutions sanglantes (1789, 1830, 1848, 1870, 1945), quatre invasions étrangères (1815, 1870, 1914, 1940), deux spoliations de l’Église, bannissements des ordres religieux, suppressions des écoles catholiques, et laïcisations des institutions (1789 et 1901), etc… » ? Et pourtant, Mgr. Lefebvre n’excluait pas la forme démocratique, tout comme les papes et les grands auteurs catholiques qu’il cite en ce sens.

Non, certes le nombre ne fera jamais à lui seul une vérité, cependant la démocratie n’est pas en soi illégitime :

« J’avoue qu’une démocratie non libérale est une espèce rare, aujourd’hui disparue, écrit Mgr Lefebvre, mais elle n’est quand même pas tout à fait une chimère : comme le prouve la république du Christ-roi, celle de l’Equateur de Garcia-Moreno au siècle dernier ».

A condition de n’être pas libérale – i-e considérer que l’opinion, la libre conscience et le nombre ont le dernier mot – la démocratie peut être légitime.

Pour cela il faudrait qu’elle adopte les deux principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Eglise que Mg Lefebvre présente comme suit :

Premier principe : c’est en Dieu qu’est la souveraineté et le pouvoir, non dans les individus-rois ; ceux-ci n’ont que le pouvoir de transmettre l’autorité (la voie électorale en démocratie). Cela a deux conséquences :

  1. a) « Ce n’est pas une multitude amorphe d’individus qui gouverne, mais le peuple en corps constitués : ses chefs de famille (qui pourront légiférer dans de très petits Etats, comme celui d’Appenzell en Suisse), ses paysans et commerçants, industriels et ouvriers, grands et petits propriétaires, militaires et magistrats, religieux, prêtres et évêques ».

Cela fait comprendre la différence entre « « masse » et « peuple », distinction due à Pie XII : la première est amorphe et inerte ; le peuple au meilleur sens est un ensemble de personnes conscientes et responsables ou qui doivent le devenir par l’éducation.

  1. b) Les élus sont d’abord responsables devant Dieu « dont ils sont les ministres, et ensuite seulement devant le peuple, pour le bien commun duquel ils gouvernent. »

Deuxième principe : les droits de Dieu, et par suite de son Eglise dans une nation catholique, sont le fondement de la Constitution, ce qui veut dire que « le Décalogue est l’inspirateur de toute la législation ». Là aussi deux conséquences :

  1. a) « La volonté générale » est nulle si elle va contre les droits de Dieu, car dans ce cas elle pervertit la démocratie, ce qui arrive en particulier du fait de la manipulation de la masse par des élus liés aux sociétés secrètes.
  1. b) La démocratie ne saurait être laïque, mais elle doit s’affirmer chrétienne et catholique, ouvertement, et se vouloir en accord avec la doctrine sociale de l’Eglise laquelle affirme en particulier le droit de propriété privée, la subsidiarité, le droit des parents et de l’Eglise d’éduquer.

Et Mgr Lefebvre de conclure : « Je me résume : la démocratie, non moins que tout autre régime, doit réaliser le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ. La démocratie doit quand même avoir un Roi : Jésus-Christ. ».

A l’heure où la « démocratie » est de plus en plus contestée, tout au moins quant à la manière dont elle s’exerce, démocratie tout à la fois égotique (de l’égo-roi) et mondialiste (la poignée qui décide pour les égos-rois, dupes ou jouisseurs) (cela rappelle le mot de Pascal : « son  centre est partout et sa circonférence nulle part »), démocratie moribonde ou fausse démocratie (lobby-cratie) par le fait même, il n’est pas mauvais de rappeler les vues d’un grand évêque : il n’y a pas de bonne démocratie libérale, la démocratie n’a des chances d’exister, et d’être bonne, que si elle est une monarchie chrétienne en corps, bien constituée.

Saint HIERON

Source : Volontaires Pour la France

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À propos de l'auteur Profession Gendarme

L'Association Professionnelle Gendarmerie (APG) a pour objet l’expression, l’information et la défense des droits et intérêts matériels et moraux des personnels militaires de la gendarmerie et de toutes les Forces de l'ordre. Éditeur : Ronald Guillaumont

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