Habache, figure de légende du combat national palestinien 2/2

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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La pernicieuse tentative du Qatar pour mettre la main sur le patrimoine intellectuel et moral du chef palestinien.

Max Abrams, Le «terrorisme»: Des acteurs non étatiques qui utilisent la violence contre les civils pour un but politique et qui ne sont pas soutenus par les États-Unis», Max Abrams, universitaire américain, professeur spécialiste du terrorisme. Une telle définition exclut les Talibans et Al Qaida dans leur version afghane anti soviétique, ainsi que les «Vetted Syrian Opposition-VSO», autrement dit l’opposition syrienne agréée par l’OTAN.

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1 – Georges Habache et Wadih Haddad, des jumeaux. Le témoignage de Bassam Abou Charif

La relation entre Georges Habache et Wadih Haddad était fondée sur une très grande convergence intellectuelle au point que les deux dirigeants du FPLP fonctionnaient de manière parfaitement synchrone, dans une parfaite répartition des rôles.

Georges Habache faisait office de «Grand Manitou», fixant les grandes orientations, et Wadih Haddad assumant les fonctions de chef d’état-major opérationnel, chargé de la planification des opérations, du recrutement des commandos, de leur entraînement, de leur encadrement, de leur armement, du choix des objectifs et du convoiement du commando vers sa cible.

Wadih Haddad passe ainsi pour avoir été le maître d’œuvre de l’assaut contre l’aéroport de Lod Tel Aviv, par l’Armée Rouge Japonaise. Les deux hommes étaient convaincus de l’impérieuse nécessité de recourir à la lutte armée pour libérer la Palestine et le Monde arabe de l’emprise coloniale occidentale. Outre le sud Yémen et le Dhofar (Sultanat d’Oman), Bassam Abou Chérif, leur fidèle lieutenant, précise que le Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), de même que son rival idéologique pan arabe, le Parti Baas de Syrie, s’est engagé aux côtés du FLN algérien dans sa guerre d’indépendance contre le colonialisme français et le coup d’état anti monarchique en Irak mené par le Général Abdel Karim Kassem, en 1958.

Après la défaite de 1967 et en concertation avec le président égyptien Gamal Abdel Nasser, la décision a été prise d’engager une lutte armée totale en soutien à la guerre d’usure engagée sur le front de Suez en vue de récupérer le Sinaï et les autres territoires arabes occupés (Jérusalem Est, Cisjordanie, plateau syrien du Golan). Wadih Haddad a consacré de nombreuses semaines à faire la navette entre Le Caire et Damas pour la formation des cadres et le transfert des armes.
La coordination entre le FPLP et l’Égypte était assurée conjointement par le commandement de l’armée et les services de renseignements égyptiens dont certains cadres dirigeants ne nourrissaient pas de grande sympathie à l’égard du FPLP.

Ce qui a donné lieu à des incidents répétitifs qui étaient toujours réglés au plus haut niveau lors d’un tête à tête entre Nasser et Habache, pour lequel le président égyptien éprouvait un grand respect.

Un des gros clashs est intervenu lors de la publication du «rapport d’Août» 1968, préludant à la scission du FDLP sous la conduite de Nayef Hawatmeh. L’auteur du rapport, un futur dissident, avait disqualifié les «régimes nationaux» (Égypte, Syrie, Irak, Libye, Algérie) du caractère révolutionnaire, les plaçant hors du camp révolutionnaire. Ce passage a provoqué la colère de Nasser, l’incitant à rompre toute collaboration de l’Egypte avec le FPLP. Simultanément, les services de renseignements syriens procédaient à l’arrestation de Georges Habache, qu’ils accusaient de fomenter un coup d’état contre la Syrie. L’interrogatoire du dirigeant palestinien avait été confié au chef des services de renseignements syriens, Abdel Karim Al Joundi, qui se suicidera par la suite.

Durant cette séquence, qui déboucha en 1969 sur la dissidence de Nayef Hawatmeh et la formation d’une organisation rivale, le Front Démocratique Pour la Libération de la Palestine (FDLP), Wadih Haddad s’était replié sur Amman vivant dans un modeste logis du camp de Wahadate, dissimulant son visage sous une barbe touffue, travaillant sans relâche à la mise au point d’un plan d’évasion de son alter ego des geôles syriennes. Wahadate, campement palestinien de la banlieue d’Amman, avait été édifié par l’UNRWA, (Office de Secours des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens) en vue de reloger les Palestiniens du camp de Loueibda, situé sur le flanc d’une colline d’Amman où devait s’édifier l’ambassade des États Unis en Jordanie, à proximité des palais royaux. Wahadate tire son nom par référence aux unités d’habitation qui constituaient ce camp. Il sera le quartier du FPLP lors du triple détournement d’avion de 1970 vers «Zarka Airport Revolution».

Dans son modeste logis, sommairement meublé, –un lit de camp, une couverture, une petite table de travail en bois, une chaise– Wadih Haddad convoquait individuellement les membres du commando qu’il avait sélectionné, leur assignant à chacun une mission précise, pour la libération de son alter ego, dont il vivait la captivité en Syrie comme une amputation de lui soi. Pour messager auprès de Georges Habache, il avait choisi deux dames de l’entourage familial du chef palestinien, les chargeant d’un message sibyllin au prisonnier dont elles ignoraient la signification, mais dont le sens n’échappait pas au prisonnier. Pour ne pas éveiller les soupçons, le jour choisi pour cette mission était celui fixé pour les visites familiales, de sorte que l’entretien s’est déroulé sous la surveillance des services syriens.

Pour son interrogatoire, Georges Habache se déplaçait en convoi militaire composé de trois véhicules, le sien propre et deux voitures d’accompagnement qui le conduisait de la prison Cheikh Hussein au quartier général des services syriens. Alors qu’il retournait vers la prison, son convoi a été intercepté par un véhicule de la Police Militaire syrienne. Terrorisé, le chauffeur leva les bras et annonça haut et fort sa mission «transport d’un prisonnier politique sur le chemin du retour vers la prison». Le chef du commando, Abou Tala’at, membre du FPLP, déguisé en militaire syrien, lui ordonna de se taire, dégageant de son fourgon Georges Habache, alors que les autres membres de son commando dirigeaient leurs armes contre le reste du convoi syrien.

Le chauffeur Abou Daoud Ali Talha, démarra alors en toute vitesse en direction de la frontière libanaise. Arrivé à proximité du poste-frontière libanais, il bifurqua vers une route secondaire par où transitaient Fédayine et armes vers le sud Liban avant de prendre la direction de Beyrouth.

Dans la capitale libanaise, Georges Habache sera l’hôte de son ancien camarade de l’Université Américaine, Najib Abou Haidar, futur ministre de l’éducation sous le mandat du président Soleimane Frangieh.
Nasser, informé de tous les détails de l’évasion, donna instruction à l’ambassadeur d’Égypte au Liban d’assurer la venue au Caire du dirigeant Palestinien dans les meilleurs délais.

Le chef des services de renseignements syriens, Abdel Karim Al Joundi, a lancé plusieurs patrouilles vers la Bekaa, plaine centrale du Liban, à la chasse du fugitif. Une des patrouilles syriennes a été interceptée par le FPLP qui remit au chauffeur un message de Wadih Haddad à son supérieur, portant menaces de mort à son endroit, s’il ne cessait ses poursuites. Sanction de son échec, Abdel Karim Al Joundi se suicidera à la suite de la fuite de Georges Habache.
Stratège hors pair, Wadih Haddad passera la majeure partie de sa vie militante dans la clandestinité la plus totale, se déplaçant entre Beyrouth le Caire, puis après le décès de Nasser, à Bagdad, les capitales des pays de l’ancien pacte de Varsovie, s’abstenant de la moindre déclaration et de la moindre apparition publique. L’homme qui aura tenu en haleine le monde occidental et bon nombre de pays arabes pendant deux décennies est décédé à Berlin Est le 28 mars 1978, des suites d’une leucémie.

Le placement sous tutelle israélienne de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, la transformation de la Cisjordanie en un vaste camp de concentration à ciel ouvert justifient a posteriori la position intransigeante du tandem Georges Habache-Wadih Haddad sur l’ardente obligation pour une guérilla de mener son combat armé jusqu’à la réalisation de ses objectifs stratégiques.

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2 – Azmi Bishara, le transfuge communiste palestinien, l’homme des hautes et des basses œuvres du Qatar et sa tentative de hold up sur le patrimoine intellectuel de Georges Habache.

Crésus des temps modernes, le Qatar ne dispose pas d’un glorieux passé historique. A l’abri de deux bases étrangères, l’une américaine pour le protéger contre l’Iran, l’autre turque pour le protéger contre l’Arabie saoudite, ce minuscule état pétrolier est passé du protectorat britannique à la tutelle américaine, sans le moindre espace de liberté. Il se distinguera lors de la séquence dite «du printemps arabe» (2011-2020) en lançant ses hordes mercenaires terroristes islamistes, sous encadrement de la confrérie des Frères Musulmans, à l’assaut des régimes arabes de type républicain, la Libye et la Syrie, déstabilisant via Ansar Eddine, le Mali, l’un des plus anciens alliés de la France, partenaire du Qatar dans cette folle équipée destructrice.

Pour faire bonne contenance, se targuant de belles lettres, le Qatar a caressé le projet de s’emparer, à la manière des flibustiers de la Côte des Pirates dont il fut longtemps membre, du patrimoine intellectuel du plus prestigieux dirigeant palestinien. Il confia cette besogne à Azmi Bishara, l’homme des hautes et des basses œuvres de cette principauté.

Membre du parti communiste arabo israélien, cet ancien membre de la Knesset, le parlement israélien, passera dans les annales politiques arabes comme l’un des plus célèbres transfuges politiques du cénacle progressiste arabe, au même titre que le vice-président syrien, le baasiste Abdel Halim Khaddam, le chef féodal druze du parti socialiste libanais, Walid Joumblatt, et le chef de file de l’opposition démocratique tunisienne Mouncef Marzouki.
A la manière d’une rapine, l’opération se fera en deux temps: Le Qatar, via son homme de main, mettra la main sur le prestigieux journal «Al Qods Al Arabi», propriété alors de l’influent journaliste arabe, Abdel Bari Atwane, un palestinien compatriote d’Azmi Bishara.
Puis, dans une opération oblique de déstabilisation ce journal dirigé désormais par San’a Alloul, l’ancienne plus proche collaboratrice d’Abdel Bari Atwane, palestinienne comme les deux autres protagonistes de cette déplorable affaire, fait fuiter une information attribuée à Mme Hilda Habache selon laquelle la veuve de Georges Habache serait mécontente de la gestion du «Centre des Etudes Arabes», accusant cette institution et son directeur Saïf Dah’ia de pirater les mémoires du chef du FPLP. Une tentative évidente de porter atteinte à la réputation tant du centre que de son directeur.

Azmi Bishara avait tenté auparavant de trouver un arrangement avec Mme Habache en lui promettant une subvention financière subordonnant son aide à une modification de l’organigramme de la direction de l‘établissement et au positionnement du centre en faveur du Qatar dans son conflit avec l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.

L’homme du Qatar se proposait de rétablir dans ses fonctions l’ancien directeur du centre, Kheireddine Hassib, un ancien dirigeant baasiste irakien, ancien gouverneur de la Banque Centrale d’Irak. L’opération fit long feu.

Dépité Azmi Bishara se résolut à édifier au Qatar un «Centre de Doha pour la définition des politiques» dont l’objectif était d’attirer les intellectuels et
chercheurs du monde arabe à des prix attractifs en vue d’assécher la concurrence.

Nullement découragé par ses échecs répétitifs, Azmi Bishara a fondé à Paris, en 2019, le CAREP, Centre Arabe d’Études et de Recherches Politiques de Paris, dont l’un des plus récents colloques, le 28 novembre 2019, a porté sur la thématique suivante: «Des démocraties en devenir? Les pays arabes comme laboratoires de nouvelles transformations».

Avec au titre du comité scientifique les personnalités suivantes: Azmi Bishara, Henry Laurens, l’inévitable François Burgat, patron de la thèse doctorale du qatarologue Nabil Ennasri, réputé pour sa thèse sur le Mufti de l’Otan, le milliardaire égypto-qatari Youssef Qaradawi, qui passera à la postérité pour avoir imploré l’Otan de bombarder la Syrie, dans une tragique illustration de son extrême servilité à l’égard de ses anciens colonisateurs. «Des démocraties en devenir»? Pas évident tant qu’existeront pareils cabotins du calibre d’Azmi Bishara et de son alter ego à l’égo si altéré François Burgat, l’arme de destruction massive de la crédibilité de l’islamologie française.

Une question fondamentale demeure. Comment expliquer qu’un communiste palestinien accepte de servir de conseiller au prince d’un pays, le Qatar, parrain des Frères Musulmans, les fossoyeurs de la cause palestinienne. Ah les effets corrosifs du dollar. Et dans le cas d’espèce des pétro dollars.

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