Jean-Marc Beaudoin

Jean-Marc Beaudoin
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CHRONIQUE / Quand le ministre de la Santé se présente à son point de presse en portant deux masques, l’un par-dessus l’autre, il y a beau y en avoir un aux couleurs vives du Carnaval de Québec, le message qu’il veut envoyer est clair. Comprenne qui voudra, mais pour Christian Dubé, même si on voulait trouver dans les récentes embellies statistiques de la COVID-19 une certaine assurance, la situation est plus fragile qu’il n’y paraît. Le numéro 21 du coronavirus, sous son nouvel habit, est devenu plus sournois, plus vicieux, plus agressif que son prédécesseur. C’est pas peu dire.

La Santé publique n’est pas encore rendue à recommander le port des deux masques, mais le ministre, en se donnant en exemple, le suggère, fortement.
Déjà que le premier ministre François Legault avait plus tôt cette semaine multiplié ses appréhensions à propos des «variants», en disant qu’il était «très, très, très», trois fois très inquiet de leur puissance de propagation. Si ce n’est pas conditionné les esprits à une suite des choses au moins aussi contraignante que ce qui est déjà imposé, on ne voit pas ce que ça pourrait être d’autre.
À part posséder de solides convictions complotistes ou un esprit de contradiction hors normes, de tels comportements ou propos venant de nos autorités gouvernementales, on n’a plus le choix de devoir partager au moins quelques craintes.
En fait, l’invasion du sol québécois par les virus mutants dont on sait qu’ils ont déjà fait des ravages dans plusieurs autres pays, que certains ont de quoi inquiéter, comme le britannique, extrêmement contagieux, le brésilien pas mieux qui commence à voyager, le sud-africain qui envoie au tapis certains vaccins.
À propos de ce denier virus, qu’il y ait par exemple une quarantaine de cas suspects à Montréal, on s’étonnera surtout qu’il n’y en ait pas davantage. Mais qu’on l’ait formellement identifié en Abitibi, les deux bras nous en tombent.
Comment un tel virus est-il parvenu en Abitibi? En raquettes à travers la forêt boréale, dissimulé dans le pelage d’un caribou forestier, lors d’une escapade à Val d’Or du bon gars de Richard Desjardins? S’il s’est faufilé jusque-là, dans une zone excentrique et verte, qu’il ait infesté une trentaine de personnes, c’est qu’aucune région du Québec n’est à l’abri de l’offensive de l’un ou l’autre des variants.
On peut bien supputer sur la possibilité qu’un certain nombre de régions du Québec soient reconnues mardi comme zones orange, avec les quelques libertés que cela confère, comme d’aller de clarté au restaurant. On doit plutôt réaliser que la question ne se pose même plus. Tout ce qui était rouge va demeurer rouge, peu importe la situation sanitaire, pour au moins deux autres semaines, mais plus probablement pour un autre mois.
S’il y a des exceptions, elles seront rares et ne pourraient toucher que des sous-régions… éloignées des grands centres urbains.
On peut trouver ça injuste pour la Mauricie-Centre-du-Québec. Non seulement, selon l’ancien critère des cas quotidiens de COVID recensés par 100 000 habitants, la région sanitaire nord-sud devrait-elle être considérée comme au niveau orange, mais elle est même descendue dans la zone jaune.
Mais il y a d’autres critères qui maintenant interviennent. En examinant les données, la région est vraiment en forte baisse partout, que ce soit en éclosions, en hospitalisations, en soins intensifs, en positivité (2,3%). Sauf que sur l’aspect du délestage dans les milieux hospitaliers, on est légèrement au-dessus de la moyenne
Le facteur qui jouera le plus dans le maintien de la Mauricie-Centre-du-Québec en zone rouge, c’est à n’en pas douter sa proximité avec la région de Montréal et, dans une moindre mesure, avec Québec.
D’ailleurs, dans tout le Québec central, la région est celle qui obtient les meilleurs résultats sur le plan de la moyenne hebdomadaire de cas confirmés, talonnée seulement par la Capitale nationale.
Mais pour être officiellement reconnue zone jaune, il faudrait clôturer Montréal. Si les îles de Montréal et de Laval étaient entourées de ponts-levis, ça pourrait donner quelques idées…
Malgré tout, on peut penser qu’une majorité de citoyens de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne soient pas si empressés, compte tenu des circonstances, à un déconfinement trop large.
Ce n’est pas parce qu’on est en zone jaune qu’on serait «yellow», mais la puissance de propagation des nouveaux virus justifie d’entretenir quelques grandes prudences sur un déconfinement trop précoce du territoire. Ce que les gens ne veulent surtout pas, c’est qu’en raison d’un relâchement, on paierait le prix fort par la suite. Dans l’ensemble, les gens préfèrent qu’on poursuive le combat pour en finir avec le virus, ou qu’on ait suffisamment d’armes pour s’en protéger, que de s’accorder une courte récréation qui nous ferait replonger une autre fois dans un genre d’internement forcé, comme au printemps 2020. Plus facile de sacrifier février, peut-être une partie de mars, si cela nous libère collectivement pour le printemps, l’été… et la suite du temps.
De toute façon, quoi qu’il fasse, le gouvernement sera critiqué. S’il prolonge le confinement, il y aura une litanie de complaintes. Mais si en raison d’un relâchement trop hâtif, il n’aurait que fertilisé le terrain pour une troisième vague qui pourrait être plus virulente encore, on ne le lui pardonnerait jamais.
Un peu de patience, les vaccins (même si une partie est détournée vers Montréal) s’en viennent.
Si le gouvernement veut, il peut donner quelques petites récompenses comme de rouvrir les gyms. Les restos, février et mars, c’est pas encore les meilleurs mois pour eux. Quant au couvre-feu, qu’on l’allège ou pas, il ne pourra pas traverser le 14 mars, quand on changera l’heure et qu’il fera clair, peut-être chaud et beau, à 20h. En attendant, faudrait pas oublier la Saint-Valentin… pour les couples qui s’endurent encore. Pour les autres, le présentiel n’est pas encore autorisé. Investissez plutôt dans l’avenir, prospectez avec des envois de fleurs.
Coup de cœur: Si une prolongation du confinement vise à protéger nos aînés, il ne faudra pas oublier que ceux pour qui ce sera le plus difficile, ce sont nos jeunes.
Coup de griffe: Curieux que ceux qui «dénoncent», comme pour les deux RPA fermés en catastrophe, restent anonymes alors que ceux qui ont fait l’éloge des lieux l’ont fait à visage découvert.

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À propos de l'auteur Le Nouvelliste

Le Nouvelliste est un quotidien de langue française fondé le 30 octobre 1920 à Trois-Rivières au Québec. Il est publié en format numérique du lundi au samedi et en format papier le samedi. Le journal couvre le territoire de la région de la Mauricie et de la partie de la région du Centre-du-Québec située au nord de l'autoroute 20. Il est actuellement édité par la Coopérative Le Nouvelliste, membre du groupe de presse Coopérative nationale de l'information indépendante depuis 2020.

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