La Pravda américaine : notre élection contestée

La Pravda américaine : notre élection contestée

Par Ron Unz − Le 14 janvier 2021 − Source unz.com


Quoique nos médias dominants ne l’aient qu’à peine suggéré, les résultats officiels démontrent que notre élection présidentielle de 2020 a été extraordinairement serrée.

Tous les sondages habituels d’avant-élection avait indiqué que le candidat Démocrate jouissait d’une confortable avance, mais à l’image de ce qui s’était produit quatre années plus tôt, le tableau des votes réels a révélé une issue tout à fait contraire. Selon le décompte officiel des voix, la liste Biden/Harris a obtenu des millions de voix d’avance, du fait d’un cumul de voix exprimées dans les États à forte majorité Démocrate, telle la Californie où j’habite, et ont également remporté une marge confortable de 306 à 232 parmi les grands électeurs. Mais le contrôle de la Maison blanche dépend des décomptes réalisés État par État, et ce décompte-là raconte une histoire très différente.

Donald Trump, le président sortant, a perdu l’Arizona, la Géorgie et le Wisconsin sur le fil du rasoir : un revirement de moins de 22,000 voix dans ces États clés l’aurait fait réélire. Avec un nombre record de voix exprimées s’élevant à 158 millions, cela constitue une marge de victoire d’environ 0.01 %. Donc, si seulement un Étasunien sur 7000 avait changé d’avis, Trump aurait pu rempiler pour quatre années au bureau ovale. Un électeur étasunien sur 7000.

Une marge de victoire aussi étroite est extrêmement inhabituelle dans l’histoire étasunienne moderne. Des décennies durant, la course très serrée entre Kennedy et Nixon de 1960 est restée synonyme de scrutin sur le fil, mais la marge de Biden a été bien plus petite que celle-là. Plus récemment, George W. Bush a remporté une élection serrée face au sénateur John F. Kerry en 2004, mais il aurait fallu à Kerry un revirement cinq fois plus important qu’à Trump pour revendiquer la victoire. De fait, à la seule exception de la décision de 2000 de la Floride de procéder à un recomptage des voix, lors de l’élection Bush-Gore, aucun candidat à l’élection présidentielle n’a perdu d’une marge aussi étroite que Donald Trump depuis plus d’un siècle.

Si nos médias incompétents ou malhonnêtes avaient correctement couvert ces simples faits, peut-être les partisans Démocrates auraient-ils été un peu plus compréhensifs quant à l’indignation ressentie par tant de leurs homologues Républicains, qui ont estimé avoir été lésés de leur victoire lors de cette élection. Il est vrai que les soutiens de Trump semblent tout aussi peu au fait de l’étroitesse de la marge qui a amené à la défaite de leur candidat.

Les émotions manifestées par les deux camps de la campagne de réélection de Trump ont été parmi les plus fortes dans l’histoire étasunienne moderne, et le résultat a été déterminé par une fraction vraiment très réduite d’électeurs au sein de quelques États. Donc, au vu de ces circonstances, les événements controversés survenus la semaine dernière à Washington DC n’étaient peut-être pas aussi surprenants que cela. De fait, au cours des semaines précédent l’élection, j’avais à moitié prédit un tel scénario, en émettant l’hypothèse que se fassent entendre des affirmations d’élection volée, et d’un désordre civil. Pour exemple, voici ma réponse à une question posée par un commentateur de longue date :

De nombreux soutiens de Trump prétendent que l’élection de 2020 pourrait faire l’objet de fraudes massives. Certains pensent que si Trump sort premier au cours de la nuit de l’élection, les machines Démocrates fabriqueront des bulletins de vote pour assurer une victoire à Biden. Pensez-vous que cela soit possible, ou est-ce improbable à vos yeux?

Ma foi, je suppose que c’est possible…

Franchement, les deux camps connaissent un niveau d’agitation extrême que les Trumpistes le diraient et le croiraient même si c’était totalement faux et impossible. Il est difficile de comprendre ce qui est en train de se produire lorsque toutes les parties prenantes sont aussi malhonnêtes et corrompues. Trump m’a toujours paru être un bouffon ignorant, mais je pense que les Démocrates et les libéraux ont presque franchi le seuil de la folie dans l’opposition qu’ils lui ont manifestée.

Comme je le dis depuis des semaines à qui veut l’entendre, la situation politique dans son ensemble apparaît certainement comme très bizarre, et j’ai vu des arguments très plausibles qui pourraient terminer par une élection « contestée » si les décomptes sont suffisamment proches dans les États clés. Apparemment, les Républicains vont de manière écrasante se déplacer pour voter, alors que les Démocrates vont voter par correspondance, ce qui implique que leurs bulletins mettront plus de temps à transiter et à être comptés.

Donc, Trump pourrait courir largement en tête lors de la nuit de l’élection, et déclarer sa victoire sous les acclamations de ses partisans. Puis, avec l’afflux des votes par correspondance, les nombres pourraient tourner en sa défaveur, et l’on verrait ses partisans acharnés crier à la fraude et refuser de reconnaître les résultats. Il est difficile de prédire ce qui pourrait se produire, mais je suis heureux de vivre en Californie qui est ces jours-ci un État plutôt calme et pacifique.

De toute évidence, l’élection Bush/Gore avait été « contestée » en 2000, mais à l’époque il n’y avait que les loyalistes aux partis qui s’en préoccupaient fortement, alors qu’aujourd’hui, notre pays est rempli de Trumpistes et d’anti-Trump haineux, chacun des deux camps se montrant très soupçonneux et très en colère.

Je pense que mon scénario imaginaire s’est révélé raisonnablement correct, mais les développements post-électoraux qui se sont produits ont été d’une magnitude bien plus importante que ce que j’avais anticipé, et ils peuvent porter gravement conséquence quant au maintien des libertés civiles aux États-Unis.

Je n’ai pas enquêté sur le sujet, mais il semble exister des preuves circonstancielles considérables quant à des fraudes électorales massives pratiquées par les forces du parti Démocrate, chose qui n’est guère surprenante si l’on considère la présentation apocalyptique qu’ont fait leurs dirigeants en cas d’une réélection de Trump. Après tout, s’ils avaient réellement pensé qu’une victoire de Trump serait catastrophique pour les États-Unis, n’auraient-ils pas fait usage de tous les moyens possibles, licites ou non, pour sauver notre pays de ce destin terrible?

En particulier, plusieurs des États pivots intègrent de grandes villes — Detroit, Milwaukee, Philadelphie, et Atlanta — et celles-ci sont à la fois totalement sous le contrôle du parti Démocrate et notoirement corrompues, et divers témoins oculaires ont indiqué que les colossales marges anti-Trump que ces villes ont produites ont bien pu être fortement « rembourrées » pour assurer la défaite de ce candidat.

Même en écartant certaines de ces revendications plausibles, l’idée que l’élection ait été volée semble presque établie. Je ne sais rien, et je ne m’intéresse pas du tout aux machines à voter Dominion, quant à savoir si elles sont contrôlées par des marxistes vénézuéliens, des communistes chinois, ou des Martiens. Mais le vol d’élection le plus patent a été réalisé au vu et au su de chacun.

Peu de temps avant l’élection, le disque dur d’un ordinateur portable abandonné, propriété de Hunter Biden, le fils du candidat Démocrate, avait révélé un gigantesque schéma de corruption international, impliquant très possiblement son père en personne. Mais les faits de ce scandale politique énorme ont été complètement ignorés et boycottés par pratiquement tous les organes de presse dominants. Et une fois que le récit en fut finalement publié dans le New York Post, le plus ancien des journaux étasuniens, tous les liens pointant vers l’article du Post se sont soudainement retrouvés proscrits par Twitter, Facebook, et les autres médias sociaux, pour s’assurer que les électeurs restent ignorants quant au contenu de cet article jusqu’à ce qu’ils aient exprimé leur vote.

On ne saurait qualifier Glenn Greenwald, le journaliste de renommée internationale, d’être un partisan de Trump, mais il s’est scandalisé du fait que les éditeurs de The Intercept, la publication à 100 millions de dollars qu’il avait contribué à fonder, lui a refusé de couvrir ce scandale médiatique massif, et sa colère l’a amené à démissionner en protestation. Dans les faits, les médias et les géants technologiques étasuniens ont constitué un front uni pour voler l’élection, et amener à leur manière la liste bien mal en point Biden/Harris jusqu’à la ligne d’arrivée.

Le scandale de la corruption de Hunter Biden paraissait aussi grave qu’il pouvait l’être dans un contexte d’élection présidentielle moderne, et la marge de victoire officielle de Trump n’a été que de 0.01%. Donc, si les électeurs étasuniens avaient eu le droit de connaître la vérité, Trump aurait presque certainement remporté l’élection, éventuellement dans le cadre d’une forme de glissement de terrain au sein du collège de grands électeurs. Au vu de ces faits, quiconque continue de réfuter que l’élection a été volée à Trump ne fait que se couvrir de ridicule.

Les campagnes électorales aussi échauffées ne sont pas sans conséquences, et cela est tout particulier vrai lorsque l’ensemble des plus puissantes des corporations et élites dirigeantes étasuniennes s’unissent pour voler une réélection à un populiste sortant, vénéré comme un héros par des dizaines de millions d’Étasuniens. Et lorsque, malgré toute cette injustice et cette escroquerie patentes, la marge finale de défaite s’établit à 1 électeur sur 7000, il ne faut s’attendre à rien d’autre qu’à une explosion d’indignation populaire.

Il ne semble pas exister d’estimation solide, mais il semble que des centaines de milliers de soutiens de Trump « d’en bas » ont fait le déplacement jusque la capitale de notre nation pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une élection volée, puis se sont pacifiquement assemblés pour écouter le discours de leur héro.

Après quoi, une petite fraction de cette vaste multitude d’individus en colère — sans doute moins d’un sur mille — s’est frayée un chemin jusqu’au bâtiment du Capitole, étrangement resté sans défense, pour y prendre des selfies de souvenir, poster une vidéo en temps réel de bouffonnerie, et dans l’ensemble jouer le rôle de manifestant-touriste, tandis que les législateurs que leur mépris considère comme corrompus fuyaient ou se cachaient, pour la plupart d’entre eux. Ces Trumpistes, et certains de leurs costumes colorés, font remonter dans les esprits les Yippies radicaux de la fin des années 60.

L’année précédente avait vu une vague sans précédent d’émeutes violentes, d’incendies criminels, et de pillages, balayant quelque 200 villes étasuniennes, que nos médias totalement corrompus et malhonnêtes avaient dans l’ensemble d’écrits comme « des manifestations principalement pacifiques ». Au cours des années précédentes, des foules en colère d’activistes Démocrates organisés avaient de manière répétée envahi et occupé l’organe législatif du Wisconsin, s’attirant parfois les louanges des médias. Mais lorsque des soutiens de Trump désarmés ont décidé d’en faire autant, quelques heures durant, à Washington, on leur a rapidement affublé l’étiquette « terroristes intérieurs » s’employant à renverser notre démocratie.

Une vidéo montre Ashli Babbitt, une manifestante sans arme, tuée par arme à feu par un gardien de la paix alors qu’elle essayait d’entrer par une fenêtre, un incident guère différent des célèbres fusillades des manifestations de campus des années 60 dans l’État du Kent ; pourtant, les médias ne l’ont pas du tout traité de la même manière.

ENREGISTREMENT VIDÉO : la police tue un soutien de Trump à l’intérieur du bâtiment du Capitole. Il s’agit d’un crime révoltant qui devrait faire l’objet de poursuites. pic.twitter.com/X8JK7HplJ7
— Dan Cohen (@dancohen3000) 7 janvier 2021

Une paire de soutiens de Trump, sans doute des personnes âgées, en surpoids, ou en mauvaise condition physique, sont morts d’AVC ou de crise cardiaques au cours de tous ces échauffements, et un agent de police du Capitole est également décédé par la suite, supposément frappé à la tête avec un extincteur, bien que l’on ne dispose pas de récit solide des circonstances de cet incident. Pourtant, ce tableau confus de chaos et de colère populaire, qui évoque des scènes des manifestations de la convention démocrate de Chicago de 1968, ont été dépeints comme une « tentative de coup d’État » fomenté par Trump, et a servi à étayer la seconde procédure de destitution le visant.

Chose encore plus importante, l’administration entrante Biden/Harris est peut-être en train d’étudier les mesures de répression les plus drastiques contre les libertés civiles étasuniennes traditionnelles depuis que le Patriot Act avait été adopté, rapidement dans le sillage des attaques terroristes du 11 septembre, il y a vingt ans. Ces mesures ont été justifiées par la nécessité de supprimer « l’extrémisme intérieur ».

Même en l’absence de nouvelle législation gouvernementale, une répression spectaculaire a d’ores et déjà commencé sur Internet. Dans le cadre d’un développement absolument sans précédent, le président en poste des États-Unis — qui vient d’échouer à se faire réélire à 0,01% des voix près — s’est fait bannir sommairement de Twitter, Facebook, et tous les autres médias sociaux d’importance, ce qui l’empêche de communiquer avec ses soutiens ; et nombre de ses soutiens de premier plan subissent également le même sort. Le célèbre libertarien Ron Paul a critiqué Twitter pour avoir banni Trump, et s’est vu immédiatement expulsé de sa propre page Facebook. Parler, un concurrent jeune mais en croissance rapide de Twitter, a refusé de bannir Trump, et s’est immédiatement vu déconnecté de l’Internet par une attaque combinée menée par Apple, Google et Amazon, et peut-être qu’il ne se reconnectera jamais. Notre âge de l’information vient d’entrer dans une nouvelle période orwellienne.

Ces géants technologiques ont souvent justifié leur censure extrême en exprimant la nécessité de combattre la propagation de dangereuses « théories du complot » si répandues parmi les partisans de Trump. En particulier, la très populaire théorie « QAnon » s’est fortement fait diaboliser, qui comptait parmi ses adeptes engagés la malheureuse madame Babbitt. Bien que je ne connaisse que fort peu QAnon, cette théorie ressemble à un étrange méli-mélo d’idées bizarres, dont l’idée que nos élites dirigeantes sont largement constituées d’individus exceptionnellement corrompus et criminels, parfois même satanistes et pédophiles.

Bien qu’une grande partie de cette doctrine me semble relever du pur fantasme, nous devrions prendre note de la suppression massive que ce mouvement a subi, et conserver à l’esprit que « le méchant s’enfuit sans qu’on le poursuive ». Et, de fait, mes propres articles, accumulés au cours des années passées, ont solidement établi que nombre des éléments apparemment ridicules compilés dans la théorie QAnon contiennent sans doute une grosse part de vérité :

La Pravda américaine. John McCain, Jeffrey Epstein et le Pizzagate
John McCain: When “Tokyo Rose” Ran for President
La Pravda américaine
La Pravda américaine. Comment la CIA a créé le concept de théorie du complot

Ron Unz

Traduit par José Martí pour le Saker Francophone

Source : Lire l'article complet par Le Saker Francophone

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