Trêve de tergiversations

Trêve de tergiversations

Lundi soir, le Conseil des ministres s’est réuni à Ottawa. On s’attendait à ce que Justin Trudeau annonce mardi une décision visant les voyages à l’étranger. Après tout, c’est au Conseil des ministres que les décisions se prennent. Ou que les décisions de ne pas prendre de décisions se prennent.

En conférence de presse, le premier ministre n’a pas précisé si c’est l’absence de consensus parmi ses ministres qui a fait qu’il est arrivé les mains vides ou si c’est plutôt que de nombreux fils restaient encore à attacher. Or, selon nos informations, la décision sur la voie à emprunter n’est pas encore prise. En clair, on branle dans le manche.

Aussi peut-on comprendre que François Legault ait montré, mardi, des signes d’impatience. Il y a déjà une semaine qu’il a exhorté Justin Trudeau à interdire les voyages à l’étranger non essentiels. Puis, il s’est montré ouvert à ce qu’à la place, on oblige les voyageurs qui rentrent au pays à se mettre en quarantaine dans un hôtel bien surveillé, à leurs frais.

Cette forme de détention hôtelière serait imposée aux voyageurs déclarés positifs à la COVID-19 avant leur vol de retour ou encore à leur arrivée. Les autres seraient soumis à une quarantaine à la maison, ce qui pose toujours un problème de surveillance. À l’approche de la semaine de relâche scolaire, la perspective d’une quarantaine à l’hôtel risque de refroidir considérablement l’ardeur des amateurs de tout-inclus sous les palmiers.

Il est difficile de comprendre pourquoi Justin Trudeau a du mal à se décider quand il est question de voyages en avion. Au printemps dernier, Ottawa avait mis du temps avant d’exercer un contrôle des voyageurs affluant dans les aéroports et de bloquer l’arrivée des touristes, malgré les demandes pressantes des premiers ministres du Québec et de l’Ontario.

Les hésitations du premier ministre canadien sont d’autant plus incompréhensibles qu’une nouvelle souche du coronavirus très contagieuse, transportée par les voyageurs arrivant par avion de l’étranger, a fait son apparition au pays. En Ontario, un variant en provenance du Royaume-Uni s’est répandu comme une traînée de poudre dans un foyer de personnes âgées. Au Québec, six personnes aux dernières nouvelles ont été infectées par cette nouvelle forme de coronavirus.

Dans ce contexte, il semble étonnant qu’en coulisses à Ottawa, on soutienne toujours que les voyages à l’étranger, qu’on s’évertue pourtant à déconseiller, sont une source négligeable de propagation de la COVID. Les nouvelles souches virulentes du coronavirus ne peuvent provenir que de l’étranger, peut-on répliquer.

Les pays qui ont le mieux réussi à contenir les vagues de la pandémie, comme l’Australie, ont interdit tout voyage à l’étranger. Pour sa part, la Nouvelle-Zélande, un autre modèle pour son contrôle de la contagion, a imposé de sévères restrictions aux voyageurs dès le début de la pandémie.

Avec les nouvelles souches, il n’y a pas de risque à prendre et les atermoiements de Justin Trudeau ne riment à rien. Ce n’est pas parce qu’une décision urgente est difficile qu’elle peut être retardée. Parvenir à un consensus n’est pas toujours possible.

En temps de pandémie, le gouvernement fédéral dispose des pouvoirs nécessaires pour imposer les restrictions qu’il juge nécessaires. Les objections légales, qu’Ottawa parfois évoque sans jamais les préciser, ne sont pas insurmontables et s’il lui faut utiliser la Loi sur les mesures d’urgence, bien qu’à première vue, ça ne semble pas indispensable, qu’il le fasse. Il est d’ailleurs étonnant que dix mois après le début de la pandémie, on s’interroge toujours sur les moyens légaux à prendre pour protéger au mieux la population. Ce ne sont pourtant pas les juristes ferrés qui manquent au sein de l’administration fédérale.

Ces tergiversations surviennent au moment où l’approvisionnement en vaccins, dont est responsable le gouvernement fédéral, connaît des ratés. Ainsi, Québec a dû retarder son échéancier de vaccination et n’a plus de doses à administrer. Pfizer/BioNTech, dont l’usine belge fournit Ottawa en vaccins, a suspendu ses livraisons en raison des travaux entrepris pour hausser sa production, une situation qui affecte le Canada mais aussi l’Europe. Mardi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a sommé les fabricants, qui ont reçu des investissements massifs de la part de l’UE, d’honorer leurs obligations, tout en évoquant la possibilité de limiter les livraisons de doses hors de l’Europe.

Dans ce contexte exigeant, il est bon de rappeler à Justin Trudeau que décider fait partie de la définition de tâche d’un premier ministre.

Source : Lire l'article complet par Le Devoir

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À propos de l'auteur Le Devoir

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