Jean-François Cliche

Jean-François Cliche

Quand on écarte cette période et que l’on tient compte uniquement des infections entre le jour 14 et le jour 21, on obtient un taux d’efficacité de 92 % pour la première dose — d’où, sans doute, le chiffre de 90 % auquel M. Châteauvert fait référence.

Ce serait, disons-le (crions-le !), une excellente nouvelle si l’on atteignait une aussi grande efficacité avec une seule dose et, à la lumière de ces chiffres, on peut comprendre pourquoi certains gouvernements comme celui du Québec ont décidé de reporter la deuxième dose (au risque de même l’annuler dans une partie des cas). Il y a une certaine logique derrière cette décision : si le vaccin est presque aussi efficace après une seule dose, alors il vaut mieux vacciner deux fois plus de monde aussi vite que possible.

Cependant, c’est aussi un pari, qui vient avec un risque : «cette étude n’a pas été conçue pour évaluer l’efficacité d’une seule dose», avertissent les auteurs de l’article du NEJM. L’essai clinique a vraiment été fait pour tester un régime à deux doses, et ce n’est qu’une petite tranche des données (entre les jours 14 et 21, sur un total de plus de 100 jours) qui permet d’entrevoir l’effet d’une dose unique.

Jouer avec le feu

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un certain nombre d’experts, comme le chercheur en immunologie de l’Université de Montréal Réjean Lapointe, ne voit pas cette stratégie d’un bon œil. «Dans l’ensemble, j’ai un gros malaise avec l’idée de diverger de ce qui a été testé pendant la phase 3, dit-il. (…) Il n’est pas déraisonnable de présumer qu’une seule dose va suffire, comme immunologiste, je dirais que ça a du sens. Mais on ne le sait pas.»

Les vaccins ont beau être une technologie éprouvée, et on a beau connaître pas mal de choses sur les coronavirus en général, il reste que «la réponse immunitaire peut varier d’un virus à l’autre, pour un paquet de raisons. Alors je trouve qu’on joue un peu avec le feu», ajoute M. Lapointe, qui estime plus prudent de s’en tenir à la voie qui a déjà été éclairée par la science : le régime à deux doses.

En outre, ce n’est pas simplement pour vendre plus de vaccins que Pfizer a opté pour les deux doses. Lors de la phase 2, qui a testé différentes posologies sur un peu moins de 200 volontaires, il est apparu évident que la seconde dose augmentait beaucoup la réponse immunitaire. Par exemple, 21 jours après avoir reçu la première dose, la concentration d’anticorps contre la COVID-19 était d’un peu moins de 1300 «unités par millilitre» (U/ml) chez les sujets adultes (18-55 ans), alors que la seconde dose faisait passer cette concentration à autour de 8000-9000 U/ml. Chez les personnes âgées (65-85 ans), la différence était encore plus marquée : 329 U/ml au jour 21 après la première dose, alors que la seconde amenait la concentration à 6000-8000 U/ml au bout de une à deux semaines.

Cela ne veut pas forcément dire qu’une dose unique ne peut pas avoir d’effet protecteur. Il est possible que les concentrations mesurées par Pfizer après la première dose soient suffisantes pour cela — ce qui expliquerait les résultats de la phase 3 entre 14 et 21 jours. Or voilà, souligne M. Lapointe, on ne sait justement pas à partir de quel seuil d’anticorps le vaccin protège.

Alors peut-être que le Québec et les autres gouvernements du monde qui ont décidé de reporter la seconde dose vont gagner leur pari. C’est même vraisemblable. Mais on ne peut que l’espérer pour l’instant, alors qu’on n’aurait pas eu besoin d’«espérer» si on s’en était tenu à la posologie qui était dûment testée.

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À propos de l'auteur Le Nouvelliste

Le Nouvelliste est un quotidien de langue française fondé le 30 octobre 1920 à Trois-Rivières au Québec. Il est publié en format numérique du lundi au samedi et en format papier le samedi. Le journal couvre le territoire de la région de la Mauricie et de la partie de la région du Centre-du-Québec située au nord de l'autoroute 20. Il est actuellement édité par la Coopérative Le Nouvelliste, membre du groupe de presse Coopérative nationale de l'information indépendante depuis 2020.

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