« Bis repetita non placent »

« Bis repetita non placent »

La politique étrangère US de Biden sera la même en pire


Par Moon of Alabama − Le 20 janvier 2021

Aujourd’hui, une nouvelle administration américaine entrera en scène. Sur les questions de politique étrangère, elle sera tout aussi décevante que la précédente. La politique étrangère américaine est dictée par des intérêts enracinés. Les mécanismes d’élaboration des politiques à Washington DC s’assurent qu’il s’agira toujours d’une continuité et que tout changement sera lent et seulement mineur.

Donald Trump et son administration étaient détestés par les « libéraux Éveillés » et leurs médias pour une affaire de style, pas pour ce qu’ils faisaient ou ne faisaient pas. Alors que Joe Biden, qui pratique le bellicisme au Sénat depuis des décennies, est maintenant vendu sous forme de pain frais mais n’apporte aucun changement au menu. Son équipe de marketing de politique étrangère ne changera que la couleur de l’emballage du même ancien produit que vendait l’équipe Trump.

L’audience de confirmation du nouveau secrétaire d’État de Biden, Anthony Blinken, et de la nouvelle directrice du renseignement national, Avril Haines, donnent quelques indices sur ces « nouvelles » politiques.

Le parlement iranien a ordonné au gouvernement de mettre fin à certaines inspections de l’AIEA et d’augmenter le niveau d’enrichissement de l’uranium à partir de la mi-février, à moins que l’administration Biden ne lève immédiatement les sanctions contre l’Iran et ne revienne à l’accord nucléaire.

L’administration Biden ne saisira probablement pas cette opportunité :

Le candidat du président élu Joe Biden au poste de secrétaire d’État, Antony Blinken, s’est engagé à consulter Israël, les alliés du Golfe et le Congrès dans la recherche d’un accord «à plus long terme et plus fort» pour freiner les ambitions nucléaires de l’Iran. Lors de son audition de confirmation au Sénat mardi, Blinken a déclaré que la nouvelle administration «s'engagerait dans le décollage, pas seulement l'atterrissage» avec ses alliés et partenaires avant de prendre des mesures pour rejoindre l'accord nucléaire historique.

"Le président élu Biden est attaché à la proposition selon laquelle l'Iran n’aura pas d'arme nucléaire", a déclaré Blinken à la commission des relations étrangères du Sénat. "L'Iran avec une arme nucléaire ou la capacité de seuil pour en construire une est un Iran qui agirait avec potentiellement plus d'impunité qu'il ne le fait déjà."

Si l’Iran revient au strict respect du pacte nucléaire, Biden a déclaré qu’il réintégrerait le pacte multilatéral comme point de départ de négociations suivies pour «resserrer et allonger la durée des contraintes nucléaires de l’Iran» et aborder son programme de missiles. Blinken a déclaré mardi que "nous sommes loin de là", ajoutant que l'administration devrait d'abord s'assurer que l'Iran respecte ses obligations.

L’Iran ne veut pas d’armes nucléaires. Il veut ses droits et être respecté. Ce sont les États-Unis qui ont rompu l’accord. L’Iran a répondu à cela en étendant ses capacités au-delà de certaines des limites de l’accord. Cela est réversible, mais seulement si les États-Unis agissent en premier, et avec une rapidité raisonnable. De longues discussions avec les alliés et le Congrès empêcheront que cela se produise.

La nouvelle Directrice nationale du renseignement, Avril Haines,  semble partager cette analyse :

Les Républicains ont interrogé Haines sur son point de vue sur la Chine et l'Iran, y compris l'accord sur le nucléaire iranien de l'administration Obama dont Trump s'est retiré. Haines a déclaré que si la nouvelle administration Biden a indiqué qu'elle reviendrait à la table des négociations avec l'Iran, au cas où Téhéran reviendrait en conformité, elle a noté que "franchement, nous en sommes loin".

Cet été, le peuple iranien élira un nouveau gouvernement, probablement conservateur. Il sera encore moins disposé à faire des concessions supplémentaires aux États-Unis que l’actuel gouvernement Rohani. Le conflit va donc s’aggraver.

Il n’y aura pas non plus de changement de politique envers les alliés de Téhéran. L’administration Biden n’annulera pas mais « réexaminera » seulement la qualification d’organisation terroriste pour les Houthis du Yémen , alors même que cela provoque une famine :

Le témoignage de Blinken est venu le jour même où la désignation  controversées d'organisation terroriste du mouvement Houthi au Yémen a pris effet. Les Nations Unies et les organisations humanitaires ont averti que la mise en liste noire des rebelles, annoncée pour la première fois par le secrétaire d’État sortant Mike Pompeo la semaine dernière, pourrait entraver les opérations d’aide indispensables dans ce pays ravagé par la guerre.

Blinken a déclaré qu'il craignait que cette étiquette ne pousse pas les Houthis à la table des négociations comme prévu, ajoutant que l'administration Biden réexaminera la qualification de terroriste «immédiatement» après son entrée en fonction.

Alors que Trump a essayé, mais n’a pas réussi à retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan, l’administration Biden est susceptible de mettre fin à son accord de paix avec les talibans et de se réengager dans la tentative futile de maintenir, à Kaboul, le gouvernement par procuration « pro-occidental » aligné. Cela nécessitera davantage de troupes américaines et une nouvelle extension de cette guerre.

Concernant la Syrie, la Turquie et l’Irak, la politique de Joe Biden continuera de chercher le changement de régime et va probablement intensifier la pression. Biden a embauché Brett McGurk qui avait quitté l’administration Trump en signe de protestation lorsque Trump a ordonné le retrait des troupes de Syrie :

Le président américain élu Joe Biden a nommé Brett McGurk, un fervent défenseur de la présence militaire américaine en Syrie et fervent détracteur du gouvernement turc, en tant que coordinateur du Moyen-Orient au Conseil national de sécurité.

McGurk, un vétéran de l'establishment de la sécurité nationale qui a servi à divers titres sous les administrations démocrates et républicaines successives, a fréquemment critiqué le gouvernement turc pour son rôle en Syrie et ses politiques régionales en général.

McGurk avait quitté son rôle d'envoyé américain auprès de la coalition internationale pour combattre le groupe État Islamique (EI) fin 2018 à la suite de la décision du président Donald Trump de retirer les troupes américaines du nord de la Syrie.

Il n’y aura absolument aucun changement de politique envers Israël :

L'administration entrante du président élu Joe Biden maintiendra l'ambassade américaine en Israël à Jérusalem, a affirmé son candidat au poste de secrétaire d'État lors de son audition de confirmation au Sénat.

"Êtes-vous d'accord pour dire que Jérusalem est la capitale d'Israël et vous engagez-vous à ce que les États-Unis maintiennent notre ambassade à Jérusalem ?" a demandé le sénateur Républicain Ted Cruz du Texas.

«Oui et oui», a déclaré mardi Antony Blinken lors de son témoignage. ...
«La seule façon d’assurer l’avenir d’Israël en tant qu’État juif démocratique et de donner aux Palestiniens un État auquel ils ont droit est de recourir à la soi-disant solution à deux États», a déclaré Blinken.

«Je pense que de manière réaliste, il est difficile de voir des perspectives à court terme pour aller de l'avant dans ce domaine. Ce qui serait important, c'est de s'assurer qu'aucune des parties ne prend des mesures qui rendent le processus, déjà difficile, encore plus difficile», a-t-il ajouté.

La politique américaine envers l’Europe ne changera pas non plus. L’administration Biden fera pression pour davantage de ventes d’armes aux membres de l’OTAN. Bien qu’il puisse revenir au nouveau traité START avec la Russie, il maintiendra autrement l’hostilité contre ce pays. Elle poursuivra également la pression contre les politiques énergétiques allemandes :

L'administration du président élu américain Joe Biden utilisera tous les outils persuasifs pour arrêter la construction du gazoduc Nord Stream 2 et s'emploiera à convaincre les partenaires européens de ne pas aller de l'avant, a déclaré le candidat secrétaire d'État Antony Blinken au Sénat devant le comité chargé des relations extérieures, comité qui a tenu une audience de confirmation mardi.

Il a déclaré que la forte conviction de Joe Biden était que le pipeline Nord Stream 2 était une "mauvaise idée" et que l’administration utiliserait "tous les outils de persuasion" pour convaincre les partenaires, y compris l’Allemagne, de rejeter le projet.

L’hostilité contre la Chine persistera également :

M. Blinken a attribué à l'administration Trump le mérite de plusieurs piliers de sa politique étrangère, notamment l'adoption d'une approche plus agressive de la Chine, qui, selon lui, avait induit le monde en erreur sur la propagation du coronavirus et commis un génocide contre les musulmans ouïghours et d'autres minorités ethniques. ...
«La Chine est un défi à notre sécurité, à notre prospérité, à nos valeurs à travers une gamme de questions et je soutiens une position agressive», a déclaré Mme Haines. «C'est la situation où nous nous trouvons maintenant et qui est plus affirmée que celle où nous étions dans l'administration Obama-Biden.»

Biden doublera la mise sur la politique ratée de Trump au Venezuela :

"L’administration du président élu Joe Biden continuera de reconnaître le chef de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido en tant que président du pays sud-américain", a déclaré mardi Anthony Blinken, candidat de Biden au poste de secrétaire d’État.

Blinken a déclaré aux membres du Sénat américain que Biden chercherait à «cibler plus efficacement» les sanctions contre le pays, qui visent à évincer le président Nicolas Maduro - qui conserve le contrôle du pays. Blinken a déclaré que la nouvelle administration envisagerait une assistance humanitaire supplémentaire au pays.

Les politiques à l’égard d’autres «mauvais» États, Cuba, la Bolivie et la Corée du Nord, continueront également d’être hostiles.

Les médias anti-Trump vendront les politiques étrangères de l’administration Biden telles que décrites ci-dessus en tant qu’approches nouvelles et rationnelles, même si elles ne diffèrent pas du tout de la politique étrangère poursuivie par l’administration Trump.

Alors que Trump avait poursuivi les guerres menées par les États-Unis lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il n’en a pas commencé de nouvelles. Depuis que Joe Biden est entré pour la première fois au Sénat il y a 47 ans, il a applaudi toutes les guerres que les États-Unis ont menées depuis. Il serait étonnant de constater dans quatre ans qu’il n’en a pas commencé de nouvelles.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

Source: Lire l'article complet de Le Saker Francophone

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