Vaccins et élections

Vaccins et élections
Le déroulement de la campagne de vaccination contre la COVID-19 aura sans aucun doute une influence sur les chances du gouvernement Trudeau d’obtenir la majorité qu’il convoite lors du prochain scrutin fédéral. Si ce sont les provinces qui sont les maîtres d’œuvre de l’administration du vaccin à la population, c’est Ottawa qui est le responsable de son approvisionnement. C’est à cette aune qu’il sera jugé.

En novembre dernier, Justin Trudeau avait dû essuyer les critiques des partis d’opposition qui déploraient que le Royaume-Uni et les États-Unis puissent amorcer leur campagne de vaccination bien avant le Canada. On accusait le premier ministre d’avoir signé trop tardivement des ententes avec les fabricants des vaccins les plus prometteurs.

Dans les jours qui ont suivi, le premier ministre a pu donner l’assurance que le Canada recevrait six millions de doses dans les trois premiers mois de 2021. Puis les autorités fédérales ont devancé l’échéancier en livrant les premières doses du vaccin Pfizer-BioNTech dès la mi-décembre. Les Canadiens ont obtenu leurs premières doses en même temps que les États-Unis, et une semaine après le Royaume-Uni.

Mais six millions de doses, c’est bien peu. Dans la mesure où il faut administrer deux doses, cela correspond à l’immunisation de trois millions de personnes seulement, ou moins de 10 % de la population canadienne de 18 ans et plus.

Mardi, Justin Trudeau a promis qu’entre les mois d’avril et juin, ce sont quelque 20 millions de Canadiens qui auront été vaccinés. Jeudi toutefois, Ottawa apprenait que Pfizer réduirait de 20 millions de doses son approvisionnement d’ici la fin mars. Mais Justin Trudeau a affirmé que ce contretemps ne met pas en péril son échéancier du printemps, soulignant qu’en sus de Pfizer et Moderna, des ententes avaient été signées avec cinq pharmaceutiques. Le Canada bénéficierait d’un approvisionnement des plus diversifiés.

Il est clair que si le gouvernement Trudeau parvient à fournir suffisamment de vaccins aux provinces pour qu’elles immunisent les deux tiers de la population de 18 ans et plus, ce qui comprend évidemment toutes les personnes dont l’âge ou l’état de santé les exposent à des risques si elles contractent la COVID-19, c’est la virulence de la pandémie qui disparaît. À temps pour des élections au printemps.

À Ottawa, tous les partis se préparent à ce scénario d’élections plus tôt que tard. Mardi, Justin Trudeau annonçait un mini-remaniement qui a pris une couleur électorale. Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains, n’est pas candidat au prochain scrutin et c’est François-Philippe Champagne qui quitte les Affaires étrangères pour prendre sa relève. L’effacé Marc Garneau laisse les Transports pour les Affaires étrangères, un portefeuille dont on ne parlera guère dans les chaumières lors de la prochaine campagne électorale. C’est un ami du premier ministre, Omar Alghabra, qui obtient la responsabilité des Transports.

Navdeep Bains ne se représente pas, mais on s’attend à ce qu’il déploie ses talents d’organisateur électoral dans la grande région de Toronto.Et la région ne perd pas de ministre puisque le ministre nouvellement désigné Omar Aghabra est député de la circonscription de Mississauga-Centre, voisine de celle de Navdeep Bains.

Deux Québécois, François-Philippe Champagne, un excellent communicateur, et la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, seront à même de propager les bonnes nouvelles économiques émanant d’un plan de relance de 100 milliards concocté aux Finances. Au Québec, les libéraux pourront donc amplement parler d’économie.

Lors du dépôt du prochain budget, le gouvernement Trudeau n’a besoin de l’appui que d’un seul parti pour éviter le déclenchement d’élections. Or, le Nouveau Parti démocratique, dont les finances ne sont pas des plus reluisantes, n’a pas l’air pressé d’en découdre.

Il se peut bien que Justin Trudeau prenne l’initiative de déclencher des élections printanières. Comme Pauline Marois l’avait fait au printemps de 2014 — bien que cela ne l’ait pas servie —, Justin Trudeau pourrait se lancer en campagne après le dépôt du budget sans qu’il y ait vote à la Chambre des communes, le budget lui servant de plateforme électorale. Après l’urgence sanitaire, l’urgence de la relance économique et 100 milliards à la clé.

Alors que la majorité des électeurs seront vaccinés et derrière eux les pires menaces de la pandémie, l’occasion sera belle pour les libéraux si les sondages leur sont un tant soit peu favorables. Chose certaine, jamais des vaccins n’auront été aussi déterminants dans une élection.

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À propos de l'auteur Le Devoir

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