Le secteur culturel ne prévoit pas de retour à la normale avant 2022. Mais d’ici là, le spectacle doit continuer et des évènements québécois s’organisent malgré l’incertitude.

Le secteur culturel ne prévoit pas de retour à la normale avant 2022. Mais d’ici là, le spectacle doit continuer et des évènements québécois s’organisent malgré l’incertitude.

La pandémie continue de faire des ravages dans le secteur névralgique des festivals. Les grands événements festifs, plusieurs de renommée internationale, subiront une nouvelle annus horribilis en 2021 tout en multipliant les efforts pour maintenir une offre.

« Pour l’instant, ce n’est pas l’hécatombe de 2020, mais nous sommes loin, loin d’avoir traversé le désert », reconnaît en entrevue avec Le Devoir Martin Roy p.-d.g. du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) qui en représente 28 du Québec, de Montréal en Lumière à Montréal Complètement Cirque, des Régates de Valleyfield au Festival de Lanaudière, de Juste pour rire à la Coupe Rogers.

« Nous pensons être quand même capables de présenter beaucoup de choses, poursuit M. Roy. Les membres ont la volonté de faire le plus possible à l’intérieur des règles établies. Évidemment, la Santé publique a d’autres chats à fouetter en ce moment, mais à un moment il faudra qu’on puisse être entendu. Pas au mois de mai ni au mois de juin, mais très prochainement parce que nous avons besoin de temps pour nous préparer. Certains de nos membres ont déjà fait jusqu’à huit scénarios et il faut maintenant se décider. »

Après la chute

Le secteur a eu l’heure juste très rapidement en 2020. Le 10 avril, le gouvernement du Québec demandait l’annulation en bloc des festivals au moins jusqu’au 31 août. Des dizaines d’éditions sont passées à la trappe, la grande majorité connaissant une première annulation de service de leur existence.

Les annulations sapent les revenus de billetterie comptant pour la part du lion. Les subventions (16 % des montages financiers pour les membres du RÉMI) et le maintien généreux de commandites malgré les annulations stabilisent une faible portion des fonds habituels. Les équipes professionnelles réduites fonctionnent souvent grâce aux subventions salariales que le secteur souhaite bonifier et prolonger.

Martin Roy parle de 2021 comme d’une « année transitoire avant le retour à la normale souhaité en 2022 ». Le fédéral annonçait cette semaine un plan pour vacciner tous les Canadiens qui le désireront d’ici la fin de l’été.

« Quel pourcentage de la population devra être vacciné pour permettre les rassemblements ? » demande le p.-d.g. du RÉMI. Les festivals impliquent de grands rassemblements publics, et la promiscuité entre les spectateurs, que ce soit à l’extérieur ou en salle. « On souhaite le plus de présentiel possible mais aussi plus d’hybride, plus de virtuel », dit M. Roy.

Les répercussions de la pandémie sur les évènements culturels et sportifs en 2021 dépendront de plusieurs facteurs — notamment de la formule de l’événement (certains peuvent basculer en ligne, d’autres non), de ses dates (le plus tard le mieux), de sa localisation (en zones rouges ou jaunes par exemple, à Québec ou à Rouyn). Les solutions peuvent aussi s’adapter, par exemple en réduisant le nombre de spectateurs, en les regroupant en bulles distanciées ou en exigeant des preuves de non-infection à la COVID, voire en administrant des tests rapides.

Les évènements québécois s’organisent malgré l’incertitude. En voici un bref florilège.

Le Carrefour de théâtre de Québec, qui a annulé son édition 2020, maintient ses dates du 25 mai au 12 juin tout en jonglant avec la définition précise de la programmation et des modalités de diffusion. Le festival examine par exemple la possibilité de présenter des pièces en jauge réduite, ou de proposer des captations y compris sans public s’il le faut. La réception de grands spectacles étrangers paraît quasi impossible.

Le Festival de jazz et les Francos de Montréal devraient avoir lieu, mais leurs déclinaisons demeurent encore incertaines. Une chose est sûre, « ce ne sera pas des Francos comme on les connaissait en 2019 », souligne Laurent Saulnier, v.p. programmation chez Spectra, précisant se préparer « à toute éventualité ». Alors que les dates des Francos ne sont pas encore dévoilées, celles du Festival international de Jazz le sont déjà (25 juin au 3 juillet). Sera-t-il en ligne comme en 2020 ? « On ne le sait pas encore », concède M. Saulnier, ajoutant toutefois avoir été « ravi » face à l’engouement des spectateurs pour les concerts sur le Web. « On a eu des participants de partout dans le monde ! Sur le chat, des gens nous écrivaient du Maroc, des États-Unis ou du Brésil. Ça a permis de garder le caractère international de notre festival. »

Le Festival d’été de Québec (8 au 18 juillet) étudie également plusieurs possibilités pour la tenue de l’événement. « Comme l’été demeure relativement loin, on a encore — entre guillemets — le luxe d’étudier plusieurs scénarios. Par contre, même si la situation s’améliore cet été, si on n’a pas l’assurance suffisamment tôt de la permission de tenir des festivals, on va manquer de temps pour organiser, booker, recruter », explique Anne Hudon, directrice générale du festival. La programmation n’a pas encore été dévoilée, mais Mme Hudon maintient « être sûre qu’il y aura quelque chose », ajoutant que le FEQ cherchera à être « le plus présent possible », dans le respect des directives de la santé publique.

Osheaga, le célèbre festival du parc Jean-Drapeau, fondé par Nick Farkas, a déjà annoncé ses têtes d’affiche pour cet été (30 juillet au 1er août) — qui ne sont nuls autres que les Américains Foo Fighters, Cardi B et Post Malone — et les billets sont déjà disponibles en ligne. « La préparation d’Oshega, ça prend un an », souligne M. Farkas, expliquant que le festival n’a pas d’autre choix que de commencer à se préparer même s’ils n’ont pas encore les directives de Québec. La situation aux frontières aura également une incidence importante pour Osheaga, qui compte habituellement plus de 65 % de festivaliers de l’extérieur du Québec et dont la programmation dépend fortement d’artistes étrangers.

La Coupe Rogers (7 au 15 août) va préciser ses intentions jeudi matin en conférence de presse. « Nous prévoyons toujours la tenue de notre tournoi en 2021 », résume au Devoir Victoria Jaklin, conseillère en communications de Tennis Canada. Alors que le tournoi de tennis a été annulé l’an dernier, Mme Jaklin expose les scénarios envisagés pour 2021 : « Un tournoi uniquement télédiffusé, un tournoi à capacité réduite et un tournoi au maximum de sa capacité, écrit-elle. Et bien que nous planifiions tous ces scénarios, une décision ne sera prise qu’à l’approche des tournois [de Montréal et de Toronto]. »

Le Festival Juste pour rire, le plus grand du monde dans son créneau, maintient le cap. « Il y aura un festival. On n’annule pas. On se transforme », résume le p.-d.g., Charles Décarie. Ses équipes planchent sur quelques scénarios, comme des spectacles de rue, ou des représentations en salles à capacité réduite ou pleines. Le bon modèle sera choisi en fonction des exigences sanitaires. Si le choc de l’an dernier a fait « très mal », il a au moins eu le mérite de forcer son entreprise à se transformer rapidement pour devenir un curateur de contenus humoristiques mondial pour la télé ou les nouvelles plateformes, souligne M. Décarie. Depuis un an, la compagnie a réussi à créer, à capter et à diffuser 20 galas sans publics, des émissions de télé, des podcasts visionnés plus de 35 millions de fois sur Facebook et YouTube.

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À propos de l'auteur Le Devoir

Le Devoir a été fondé le 10 janvier 1910 par le journaliste et homme politique Henri Bourassa. Le fondateur avait souhaité que son journal demeure totalement indépendant et qu’il ne puisse être vendu à aucun groupe, ce qui est toujours le cas cent ans plus tard. De journal de combat à sa création, Le Devoir a évolué vers la formule du journal d’information dans la tradition nord-américaine. Il s’engage à défendre les idées et les causes qui assureront l’avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise. www.ledevoir.com

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