Couvre-feu: une personne «à un doigt de la rue» reçoit une amende salée

Couvre-feu: une personne «à un doigt de la rue» reçoit une amende salée

Une personne «à un doigt de la rue» a reçu une amende salée la nuit dernière à Montréal pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. Une situation que dénoncent des organismes qui interviennent auprès des personnes en situation d’itinérance.

Un homme qui bénéficierait d’une ressource en santé mentale a reçu un constat d’infraction de 1550$ de la part d’agents de la paix, dans la nuit de mardi à mercredi, à l’intersection de la rue Notre-Dame et de l’avenue Atwater, près du marché Atwater. Selon nos informations, l’individu se dirigeait alors vers la halte-chaleur de La Maison Benoît Labre, un organisme du quartier Saint-Henri qui offre notamment de l’aide alimentaire aux sans-abri. Il était près d’une heure du matin au moment de la remise de l’amende.

Le constat d’infraction, que Métro a pu consulter, précise que l’individu en question a reçu celui-ci pour avoir enfreint le couvre-feu. Cette mesure sanitaire interdit de circuler à l’extérieur de sa résidence ou de son terrain privé entre 20h et 5h, sauf exception.

«À un doigt de la rue»

L’homme en question est d’ailleurs connu de l’organisme, alors qu’il se rend régulièrement à sa halte-chaleur pour se reposer et manger un morceau. Lorsqu’interpellé par les policiers, il a donné comme adresse de résidence la ressource en santé mentale où il demeure de façon temporaire, selon nos informations.

«C’est une personne dans une situation de grande vulnérabilité. Et qu’elle soit dans un hébergement temporaire pour un suivi psychosocial ou pas, ça reste une personne qui est dans une situation très précaire. C’est une personne à un doigt de la rue», explique à Métro la directrice générale de la Maison Benoît Labre, Andréane Desilets. Elle déplore donc la remise d’un constat d’infraction à cette personne.

«Ce qui m’inquiète, c’est que les balises ne sont pas claires. On se base sur le bon jugement du policier et généralement, ça se passe bien. Mais là, visiblement, il y a eu un accroc», ajoute Mme Desilets, qui déplore «un manque de jugement flagrant de la part des policiers».

«On ne devrait pas donner un ticket à une personne qui se dirige vers une halte-chaleur et qui fréquente une ressource en santé mentale», tranche également l’organisatrice communautaire au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Laury Bacro.

Un individu «proche de l’itinérance»

Au Service de police de la Ville de Montréal, on indique à Métro qu’on ne commente pas «les cas particuliers ayant mené à l’émission d’un constat». Toutefois, «on réitère que chaque situation est évaluée au cas par cas et qu’avant d’imposer une sanction à un contrevenant, les policiers font les recherches nécessaires et évaluent chaque situation en raison de son contexte», indique à Métro un porte-parole du corps de police, Manuel Couture.

«Les personnes ne fréquentent pas les haltes-chaleur par le plaisir. On peut donc penser que [l’individu qui a reçu une amende] est proche de l’itinérance.» -Laury Bacro, organisatrice communautaire au RAPSIM

Faire respecter la loi pendant le couvre-feu

Dans la nuit de dimanche à lundi, des agents du SPVM ont remis une amende 1550$ à un itinérant qui circulait au centre-ville après 20h, défiant ainsi le couvre-feu en vigueur. Le corps de police a toutefois remis cette amende dans le cadre d’une intervention criminelle en matière de stupéfiants, ont précisé la Ville et le SPVM, lundi.

«Bien qu’on veuille protéger [les sans-abri] et faire preuve de beaucoup d’empathie, on s’attend aussi à ce que la lutte contre la vente de drogues continue», a laissé tomber mercredi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, en séance du comité exécutif.

Le SPVM a d’ailleurs réalisé 122 interventions le weekend dernier auprès de personnes en situation d’itinérance et a dirigé 59 personnes vers des refuges. Une seule amende a été émise à un sans-abri pendant cette période.

«Le SPVM fait preuve d’une grande tolérance. Mais il arrivera toujours des situations où des personnes en situation d’itinérance ou marginales recevront des contraventions si elles vont à l’encontre de la loi, et je ne parle pas ici du couvre-feu», a ajouté Mme Plante.

«Il ne faudrait pas que l’administration ou le SPVM utilisent le couvre-feu comme prétexte pour donner des contraventions pour d’autres motifs qui n’ont rien à voir avec le couvre-feu. Je pense que le SPVM devrait faire preuve d’encore plus de compréhension», réplique toutefois le chef intérimaire d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, en entrevue à Métro.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault refuse d’inscrire les itinérants sur la liste des exemptions à l’application du couvre-feu, comme l’ont réclamé dans les derniers jours plusieurs avocats, juristes et groupes communautaires.

Les refuges atteignent le point de saturation

Valérie Plante a par ailleurs confirmé mercredi matin que les refuges, les haltes-chaleur et les hôtels réquisitionnés pour desservir les itinérants de la métropole ont atteint «100%» de leur capacité. Pour faire face à cette situation, 150 lits s’ajouteront prochainement aux 1366 places d’hébergement d’urgence actuellement en place, a-t-elle dit.

Alors que le nombre de cas positifs à la COVID-19 est en forte hausse depuis le début du moins de décembre parmi les itinérants, la Santé publique de Montréal a annoncé mercredi qu’elle entamera progressivement la vaccination des sans-abri, et ce, dès cette semaine.

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À propos de l'auteur Journal Métro

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