Après une année 2020 aux parfums de calamité, quels espoirs peut-on fonder sur les 12 mois à venir? Consultez notre dossier sur les enjeux à surveiller en 2021.

Après une année 2020 aux parfums de calamité, quels espoirs peut-on fonder sur les 12 mois à venir? Consultez notre dossier sur les enjeux à surveiller en 2021.

Après une année 2020 aux parfums de calamité, quels espoirs peut-on fonder sur les 12 mois à venir ? Une chose est claire, les nouvelles réalités pandémiques continueront d’orienter la politique à tous les niveaux, de la gestion des finances publiques aux mesures sanitaires du gouvernement Legault, jusqu’aux ambitions électorales du gouvernement Trudeau.
 


Politique québécoise | Gérer la crise, cultiver l’espoir

COVID-19, 20… 21 : la pandémie causée par le nouveau coronavirus demeurera au cœur de l’actualité l’année prochaine, même si la levée des contraintes qu’elle a imposées commencera (enfin) à poindre à l’horizon. Premier chantier : la vaccination, qui pourrait avoir permis d’immuniser près de 700 000 Québécois — surtout des travailleurs de la santé et des personnes vulnérables en CHSLD ou dans une résidence privée pour aînés (RPA) — d’ici la fin du mois de mars. En cours de route, le gouvernement du Québec devra jauger les effets de la « pause » qu’il a décrétée pendant le temps des Fêtes. Aura-t-elle freiné l’évolution du virus dans la société et permis aux hôpitaux d’éviter les ruptures de services appréhendées ? La vitesse à laquelle les lits destinés aux « patients COVID » se remplissent n’a pas freiné les ardeurs des Québécois, partis écouler leurs journées de vacances de Noël au soleil. Ces voyageurs pousseront-ils les hôpitaux à mettre en œuvre le redouté protocole de priorisation pour l’accès aux soins intensifs ?

Avec le premier ministre François Legault, le ministre de la Santé, Christian Dubé et le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge continueront de former le « premier trio », chargé de mener les Québécois vers le printemps en évitant les catastrophes, dans les classes comme dans les milieux de soins. La décision de fermer les écoles, en mars, a été la « plus difficile » que le premier ministre ait eue à prendre. Depuis leur réouverture, les écueils associés à la reprise des classes demeurent au cœur de l’actualité. Ventilation, sport étudiant, cours à distance, santé mentale des jeunes : les défis, d’ici le mois de juin et au-delà, seront immenses.

Une vision pour les aînés

Le second rapport de la protectrice du citoyen, l’enquête publique de la coroner en chef et la consultation menée par la commissaire à la santé et au bien-être viendront certes jeter de nouveaux éclairages sur la crise sanitaire qu’a connue le Québec. Mais les oppositions n’entendent pas pour autant abandonner leurs demandes de commission d’enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie. À mesure que la crise laissera place à la réflexion, Québec saura-t-il se doter de la « vraie vision » pour les aînés que réclame l’opposition ? La « méthode Legault », qui a fait ses preuves lors de la formation express de milliers de préposés aux bénéficiaires entre la première et la deuxième vague de COVID-19, a généré des attentes. Les fameux salaires de 26 $ l’heure sont composés des primes liées à la COVID-19, et leur maintien est au cœur de négociations qui se continueront vraisemblablement l’an prochain.

Pendant que les CHSLD poursuivront leur virage — de milieux d’hébergement vers des milieux de soins —, le gouvernement n’entend pas ralentir les chantiers de ses maisons des aînés, dont les premières devraient ouvrir en 2022. Ces projets se bousculent, mais répondront-ils aux besoins des aînés les plus durement touchés par la pandémie ?

Dans son sillage, la COVID-19 aura aussi affecté la qualité de vie de nombreux Québécois en attente de chirurgies et retardé les traitements pour les maladies graves, comme le cancer. En cela, 2021 ne donnera pas de répit au personnel soignant, qui aura fort à faire pour rattraper le temps que lui aura volé le virus maudit.

Marie-Michèle Sioui
 


Politique québécoise | Plus d’anges gardiens en 2021?

La première occurrence est apparue quelque part au mois de mai, peu de temps après le début de la pandémie. L’appellation « anges gardiens », pour désigner notamment ces demandeurs d’asile qui ont travaillé dans les services essentiels durant la première vague de la COVID-19, a d’abord été mise entre guillemets. Mais elle est maintenant pleinement assumée. Tout comme leurs revendications de statut le sont devenues, annonçant un débat ravivé sur la question en 2021.

Après plusieurs valses-hésitations — en mai, la CAQ était le seul parti à rejeter une motion qui enjoignait à l’Assemblée nationale de reconnaître le travail de ces anges gardiens en leur octroyant la résidence permanente —, le gouvernement du Québec s’est en effet laissé convaincre par Ottawa. Et de cette entente intergouvernementale naquit un programme finalement lancé le 14 décembre dernier pour régulariser le statut de certains demandeurs d’asile en attente d’une décision ou déboutés qui ont travaillé au front le printemps dernier. Mais aux yeux de plusieurs, c’est loin d’être assez.

Le programme, qui ne vise que les personnes ayant donné des « soins directs » aux patients, serait beaucoup trop restrictif. « Pourquoi la préposée aux bénéficiaires mais pas la préposée à l’entretien ménager du même hôpital ? » avait demandé Françoise David, l’ex-députée de Québec solidaire qui milite aux côtés de la Coalition pour la régularisation des statuts. « C’est absurde, elles ont toutes deux pris des risques et on en a terriblement besoin. »

Élargissement du programme

Après avoir remporté une première bataille, la Coalition n’entend pas en rester là. Portée par le vent favorable soufflé par l’opinion publique, elle continuera à faire pression en 2021 pour que le programme soit élargi à tous les demandeurs d’asile ayant contribué largement à la lutte contre la COVID. « Ce n’est pas contre les valeurs fondamentales reconnues par le Québec de justice, de dignité et d’ouverture à l’autre », a soutenu Wilner Cayo, de la Coalition pour la régularisation des statuts. D’autant que, sur le plan économique, le Québec a besoin de ces personnes, croit-il. « Ces gens-là travaillent déjà, paient leurs taxes et contribuent à notre société, dont plusieurs secteurs fonctionneraient bien mal si on ne les avait pas. »

Les anges gardiens avaient fondé beaucoup d’espoir sur la nomination de Nadine Girault à la tête du ministère de l’Immigration, lorsqu’à la suite d’un remaniement ministériel elle avait pris la place de Simon Jolin-Barrette, à qui on avait retiré ce ministère en raison notamment de sa contre-performance dans la réforme du Programme sur l’expérience québécoise (PEQ).

Alors que le premier ministre François Legault avait promis d’étudier la question de l’élargissement du programme en novembre dernier, la ministre Girault a aussitôt refermé la porte, disant vouloir se concentrer sur le programme actuel. Les réticences viendraient de la difficulté à chiffrer le nombre de demandeurs d’asile dont le statut pourrait potentiellement être régularisé. Saura-t-elle se laisser convaincre en 2021 ?

Lisa-Marie Gervais
 


Politique canadienne | L’heure a sonné pour Mike Duffy

Au Sénat, il aura été une véritable boule de démolition, fracassant l’image — déjà amochée — de la Chambre haute, provoquant la démission du chef de cabinet du premier ministre et enclenchant un procès politique pour fraude hautement médiatisé. Mais l’ère Mike Duffy prendra fin le 27 mai 2021, quand l’ancien journaliste politique soufflera ses 75 bougies et devra quitter son siège au Sénat.

Mike Duffy a été nommé sénateur le 22 décembre 2008 par un Stephen Harper minoritaire craignant d’être renversé, à peine quelques semaines après sa réélection, par l’opposition regroupée en coalition. Il avait nommé d’un coup 18 sénateurs afin de ne laisser aucun siège vacant à pourvoir à ses éventuels successeurs. Il piétinait ainsi ses principes, lui qui avait promis de réformer le Sénat pour en faire une chambre élue au mandat limité. M. Duffy et ses « co-nommés » s’étaient engagés à respecter le principe d’un mandat de huit ans. L’eût-il fait qu’il aurait pris sa retraite quatre années et demie plus tôt.

Le prolongement de son mandat au Sénat aura cependant été le moindre des péchés de Mike Duffy. La controverse a débuté lorsqu’on a appris en 2012 que, bien qu’habitant à Ottawa depuis des décennies, l’homme avait déclaré que sa résidence principale se trouvait à l’Île-du-Prince-Édouard. Il réclamait donc du Sénat le remboursement de ses frais de subsistance dans la capitale fédérale. L’affaire a pris de l’ampleur et on a découvert que Mike Duffy s’était aussi fait rembourser des déplacements effectués pour des raisons personnelles ou partisanes — selon ses accusateurs — ainsi que des dépenses pour un entraîneur personnel et une maquilleuse.

Mike Duffy a affirmé qu’il n’avait rien fait de mal, mais a néanmoins fini par rembourser au Sénat 90 172 $. Au lieu d’être la fin de l’affaire, ce chèque n’en marquait que le début, car on apprit que l’argent du remboursement lui avait été fourni par Nigel Wright, le riche chef de cabinet de Stephen Harper, prêt à payer cette somme pour mettre un terme au scandale qui entachait la marque de commerce conservatrice. M. Wright démissionna et Mike Duffy fit l’objet de 31 chefs d’accusation pour fraude, abus de confiance et corruption. Il fut acquitté en 2016.

Le Sénat a par la suite récupéré 17 000 $ à même le salaire de M. Duffy pour des dépenses jugées inadmissibles. Mike Duffy tente encore d’obtenir réparation en réclamant 7,8 millions de dollars en dommages-intérêts du Sénat (pour sa suspension sans salaire de deux ans), du gouvernement fédéral et de la GRC (pour son enquête, selon lui, bâclée). Les tribunaux inférieurs ont refusé d’entendre sa cause et la Cour suprême doit se prononcer prochainement.

Hélène Buzzetti
 


Politique canadienne | Une élection fédérale à l’horizon ?

Ira ? Ira pas ? Les électeurs canadiens seront-ils appelés aux urnes en 2021 et, si oui, à l’instigation de qui ? Les gouvernements minoritaires sont souvent renversés par une opposition pressée d’en découdre. Mais ce scénario semble pour l’instant peu probable.

D’abord, le NPD de Jagmeet Singh éprouve des difficultés financières — le parti a envoyé, quelques jours avant Noël, une pléiade de demandes de fonds à ses militants. L’une d’entre elles déplorait qu’au dernier trimestre, les conservateurs avaient recueilli cinq fois plus d’argent que les néodémocrates, et les libéraux, deux fois et demie. « On ne peut pas laisser ce fossé se creuser », disait le message. Le NPD a donc des raisons de vouloir maintenir le gouvernement libéral au pouvoir encore un peu. Il peut, ce faisant, monnayer ses appuis et obtenir de l’influence. C’est par exemple lui qui a assuré le passage du discours du trône cet automne, obtenant en retour une bonification — au coût de 5 milliards de dollars — des prestations d’assurance-emploi devant remplacer la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Le Parti conservateur n’a lui non plus pas très envie d’aller en élection sous peu. « Je ne crois pas que nous devrions avoir une élection avant d’avoir traversé la plus grande crise de nos vies », a déclaré juste avant Noël son nouveau chef, Erin O’Toole. M. O’Toole ne se cache pas qu’il aimerait que les électeurs le connaissent davantage avant de solliciter leur vote.

Cela explique peut-être pourquoi, de tous les leaders fédéraux, c’est probablement M. Trudeau qui a le plus envie de se rendre aux urnes. N’a-t-il pas parlé en entrevue de fin d’année avec CBC de l’« élection l’année prochaine » avant de se reprendre et d’ajouter le mot « potentielle » ? Le lapsus n’a pas échappé au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui y a répondu en écrivant qu’« on peut être tous d’accord pour une élection en 21 ».

Sondage après sondage, les libéraux trônent dans les intentions de vote. Et les deux gouvernements minoritaires provinciaux ayant sollicité un nouveau mandat pendant la pandémie — ceux de John Horgan en Colombie-Britannique et de Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick — ont été récompensés d’une majorité cet automne. De quoi donner des envies à Justin Trudeau de tenter sa chance lui aussi. Contre toute attente, il avait d’ailleurs menacé cet automne de dissoudre le Parlement si l’opposition imposait la création d’un comité anticorruption pour fouiller encore un peu l’affaire UNIS.

Le gouvernement a promis dans sa dernière mise à jour économique d’enclencher un vaste programme de relance économique postpandémie de 70 à 100 milliards de dollars, dont les détails devraient être dévoilés dans le prochain budget. Les libéraux voudront peut-être présenter celui-ci tardivement, vers la fin avril, si la vaccination va bon train, et s’en servir comme d’un tremplin électoral.

Hélène Buzzetti
 


Politique canadienne | L’aide à mourir déchirera encore le pays

Le torturant débat sur l’aide médicale à mourir n’aura pas de répit en 2021, car la loi fédérale autorisant cette pratique devra à la fois être modifiée et révisée au terme de deux processus distincts. Les législateurs n’ont donc pas fini d’entendre de poignants témoignages et de s’écorcher le cœur sur cette épineuse question morale et éthique.

L’aide médicale à mourir a été légalisée au Canada en juin 2016 en réponse au jugement Carter de la Cour suprême, rendu l’année précédente, disant que le « droit à la vie » protégé par la Constitution ne devait pas devenir une « obligation de vivre ». Les législateurs n’ont toutefois pas entièrement écouté les juges : ils ont réservé l’aide à mourir aux seules personnes dont la mort est « raisonnablement prévisible ». Ce critère trop restrictif a été invalidé par la Cour supérieure du Québec en 2019, forçant Ottawa à réviser sa loi en vitesse.

La Chambre des communes a adopté un projet de loi qui ferait en sorte que même les personnes n’étant pas en fin de vie pourraient obtenir de l’aide médicale à mourir, mais le Sénat doit lui aussi l’adopter et ce processus se poursuivra en février. Certains sénateurs s’opposent à tout élargissement de la loi tandis que d’autres pensent que celui proposé n’est toujours pas assez permissif. Ceux-ci pensent qu’il est discriminatoire de faire une distinction entre les personnes en fin de vie et celles ne l’étant pas, ces dernières devant notamment attendre 90 jours entre l’acceptation de leur demande de recevoir une aide médicale à mourir et l’exécution de celle-ci. Ces sénateurs pensent aussi qu’il est discriminatoire de rendre inadmissibles les personnes dont la maladie est uniquement d’ordre mental. Si le Sénat amende le projet de loi, celui-ci sera renvoyé aux élus pour qu’ils avalisent le changement. Un ping-pong entre les deux Chambres pourrait alors s’entamer et durer jusqu’à ce qu’un groupe de parlementaires s’incline devant l’autre.

Le régime d’aide médicale à mourir devra toutefois aussi faire l’objet d’une révision plus générale. La loi de 2016 stipule en effet qu’au « début de la cinquième année suivant » son adoption, un comité parlementaire doit la réévaluer. Cela aurait dû survenir dès l’été 2020 mais, pandémie oblige, la réévaluation a été reportée en 2021. Le gouvernement voudrait que cette révision porte sur l’admissibilité des mineurs jugés matures et des personnes atteintes d’une maladie mentale ainsi que sur les directives anticipées. Devrait-on par exemple permettre à une personne se sachant atteinte d’alzheimer de dicter qu’on lui administre la mort lorsqu’elle ne sera plus capable de faire tel geste ou de reconnaître telle personne, sachant qu’elle ne sera plus en mesure à ce moment de consentir à sa mort ? Le débat s’annonce déchirant.

Hélène Buzzetti

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À propos de l'auteur Le Devoir

Le Devoir a été fondé le 10 janvier 1910 par le journaliste et homme politique Henri Bourassa. Le fondateur avait souhaité que son journal demeure totalement indépendant et qu’il ne puisse être vendu à aucun groupe, ce qui est toujours le cas cent ans plus tard. De journal de combat à sa création, Le Devoir a évolué vers la formule du journal d’information dans la tradition nord-américaine. Il s’engage à défendre les idées et les causes qui assureront l’avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise. www.ledevoir.com

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