«Le fun, isolés, tout le monde ensemble»

«Le fun, isolés, tout le monde ensemble»

La présence de Carol Dubé, le mari de Joyce Echaquan, aux côtés d’Elisapie Isaac dans un segment hommage aux victimes d’actes violents, dans En direct du jour de l’An et « Plus de besoin de fourrer le gouvernement, y se fourre tout seul », lancé par les Bougons en Gaspésie au Bye bye ont été respectivement l’image et la phrase d’une soirée du 31 décembre réussie sur Radio-Canada.

« Le fun, isolés, tout le monde ensemble », c’est ce que souhaitait le faux premier ministre Legault dans l’« Arruda Show », pertinent sketch d’ouverture du Bye bye 2020.

Le défi n’était pas mince pour les concepteurs des quatre émissions, En direct du jour de l’An, animé par France Beaudoin, À l’année prochaine de l’équipe de Philippe Laguë, Infoman de Jean-René Dufort et du Bye bye. Outre les contraintes sanitaires lors des tournages, comment laisser la COVID envahir ou non notre soirée d’autant que chaque sujet (PCU, conspirationnisme…) était susceptible de braquer une partie de l’auditoire ?

Rassembler

Le Bye bye 2020, après un premier quart d’heure pour le moins inquiétant (La limonade Kevin Parent, Les dents d’la Morin, sketch du karaoké) aura donc été habilement rassembleur, gagnant en punch en quelques scènes : le test PCR si invasif qu’il fait perdre les souvenirs d’enfance à Claude Legault, Sarah-Jeanne Labrosse parfaite en Marie-Mai mettant en scène son déménagement, puis un sketch impeccable avec Geneviève Schmidt sur les retards de livraison chez « Poche Canada ».

Parmi les figures comiques rassurantes outre les Bougon, on a vu Yves Pelletier ressusciter Monsieur Caron à deux doigts de se faire demander si son nom est sur la liste des « prisonn…, euh pensionnaires » avant de se faire prendre en main par Laurent Duvernay-Tardif en personne.

Il y a toujours à prendre et à laisser : le segment « Souvenirs de confinement » aurait pu être plus loufoque (à voir le réel de « Stars en pandémie » chez Infoman), de même que celui des nouvelles qui unissait Pierre Bruneau (Pierre Brassard) et Céline Galipeau (mimétique Guylaine Tremblay) malgré sa chute implacable : « Gilbert Rozon a été acquitté. C’est tout. C’est ça, la blague. C’est ce qu’on appelle de l’humour absurde ».

Mais des sujets délicats ont été brillamment abordés : l’intégration et le racisme avec l’audition de Simon-Olivier Fecteau pour un rôle de Québécois de souche par deux responsables de casting noirs, avec un formidable numéro d’acteur de Preach ; le profilage policier avec Daniel Savoie, alias Patrice Lemieux, raciste ordinaire (un des nombreux caméos de la soirée) en formation à Repentigny ; le conspirationnisme avec Mehdi Bousaidan tentant de comprendre comment, retournement suprême, Lucie Laurier (Sarah-Jeanne Labrosse, vraiment excellente) peut en fait servir les intérêts de Bill Gates.

Pichenettes politiques bien troussées au provincial sur le Panier bleu, un « bottin », et surtout au fédéral avec Simon-Olivier Fecteau jouant Justin Trudeau découvrant qu’on peut imprimer de l’argent. Les plaques de billets de 100 dollars ? « Donne en une pile à We Charity ; 5 ou 6 pouces ! » La fin du sketch, futuriste désolée et orangée, Canada 2179, parodie Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Dialogue : « C’est comme cela que le Canada est devenu un pays pauvre ».

Traitant brièvement Trump comme un individu ne voulant pas que l’on passe à 2021, le Bye bye en est resté à une vision locale des choses ce quoi nous sommes désormais habitués (excellente parodie d’Occupation Double, cependant, avec Stéphane Rousseau en Jay Du Temple), mais n’a pas esquivé les débats. Un merci au mot d’encouragement, par la voix de Guylaine Tremblay, aux restaurateurs, artistes et autres professions malmenées et au clin d’œil au faux pas de 2019, le comédien Michel Olivier Girard, écorché gratuitement l’an passé, venant parodier (bien trop gentiment) Claude Legault dans ses pubs pour les produits d’érable : manquerait plus qu’on écorche l’érable lors d’une soirée la plus consensuelle possible.

La catapulte

France Beaudouin avait pour mission de « lancer la soirée ». Elle a fait bien plus que cela : elle l’a catapulté, réservant en un feu roulant de moments d’émotion, dans une émission subtilement inclusive tout en balayant d’entrée actualité internationale de l’année (à l’exception de l’explosion de Beyrouth, oubliée de la soirée) et phénomènes de société, les soulignant adéquatement en chansons (Je vole pour Meghan et Harry, Kiss Him Goodbye pour Trump). Le « Band Aid » formé de professionnels de la santé se voyait salué par la chanson Stand by me. Ces 90 minutes sans failles illuminées par le sourire de Louise Latraverse, animées avec maestria avaient été entamées par le vol du « I » de la célèbre enseigne Farine Five Roses par Ron Fournier en hélicoptère pour en faire le « 1 » de 2021 !

Jean-René Dufort a abordé dès le générique confié à Sarahmée les questions de discrimination. Ce grand cru d’Infoman n’hésitait pas à adopter une ligne éditoriale tranchée, notamment à l’égard des conspirationnistes, avec une seconde édition, implacable, du  Lip Sync Battle , séquence dans laquelle de grands acteurs doublent avec beaucoup de sérieux des vidéos de personnes dont Régis Labeaume n’hésitait pas à dire dans la même émission « Je ne pensais pas que le quotient intellectuel collectif était aussi bas ».

Dufort qui a oublié le mois de janvier dans son montage et s’est entretenu avec nombre de personnages de faits divers de l’année (le chauffeur le Zamboni qui a gardé les buts des Hurricanes, le couple Mc Closkey, le skateboarder phénomène TikTok Nathan Apodaca) a fait rire avec son « Dans le cerveau du Dr Arruda et de Justin Trudeau » et réfléchir avec « Insulthor », segment en bande dessinée dans lequel il taclait sévèrement l’emballement du phénomène des micro-agressions : « Il a prononcé le mot en Ä. En Ä ? Il n’y en a pas encore, mais un groupe de militants n’a pas pris de chances et a déposé une plainte ! »

Dans cette émission, où la statue de McDonald s’animait et remontait sur son socle, où Alexis Lafrenière nous propulsait dans l’espoir de 2021 et où Huguette, de C’est comme ça que je t’aime, pulvérisait « l’année de marde » que Patrice Roy avait chantée chez France Beaudouin, on entendait au « Palmarès des chansons » une très cinglante juxtaposition du « Je pense que ce serait une belle expérience » de François Legault à la parodie « J’aurais voulu être un artiste, pour aller ramasser des fraises »…

Face à tout cela, À l’année prochaine reste une singulière bibitte, excellente émission de radio qui fait un divertissement télévisuel étrange, très incongru après l’exceptionnel début de soirée concocté par France Beaudouin. Les imitations de Véronique Claveau de Lara Fabian, Céline Dion et, surtout, Pénélope McQuade emportent le morceau. Pierre Brassard est impeccable en Charles Tisseyre, Pierre Verville en Richard Latendresse, Dominic Paquet en Steeve, clamant sa « Libââârter » et Philippe Laguë en Ron Fournier, invité commun aux trois premières émissions de la soirée et oublié du Bye bye. Mais le regard sans cesse fuyant de l’animateur Philippe Laguë lisant ses textes quelque part en bas à sa gauche et une réalisation avec une découpe façon ping-pong ne cadrent pas avec le niveau de finition du reste de la soirée.

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À propos de l'auteur Le Devoir

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