Malgré l’arrivée des premiers vaccins au Québec, «il ne faut rien lâcher»

Malgré l’arrivée des premiers vaccins au Québec, «il ne faut rien lâcher»

Très attendues, les premières doses du vaccin contre la COVID-19 sont arrivées au Canada dimanche soir et devraient être administrées aux résidents de deux CHSLD du Québec dès lundi. Une nouvelle qui ne doit pas encourager la population à relâcher les mesures sanitaires, préviennent des experts, alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens a encore atteint un record en fin de semaine.

« On est prêts depuis vendredi. On a fait une simulation du processus, et tout s’est bien passé. On attend maintenant avec impatience que les vraies doses arrivent, mais ça a l’air d’être tout un périple », dit Francine Dupuis, présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Deux boîtes, contenant chacune 975 doses du vaccin de Pfizer-BioNTech, devaient initialement arriver vendredi dernier au Centre gériatrique Maimonides à Côte-Saint-Luc. Mais la date de réception n’a cessé d’être reportée de jour en jour. Il faut dire que le processus d’envoi est un secret bien gardé pour des questions de sécurité, note Mme Dupuis.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a finalement confirmé sur Twitter l’arrivée des premières doses du vaccin vers 20 h à l’aéroport de Mirabel, près de Montréal. Elles doivent être acheminées vers les 14 centres de distribution. D’autres devraient arriver par avion et par camion lundi. En tout, le pays doit recevoir 30 000 premières doses au cours de la semaine.

Le vaccin ne sera pas libérateur, ça va prendre beaucoup de temps avant qu’on mesure son efficacité et que la population soit vaccinée

 
Du côté du CHSLD Saint-Antoine à Québec, on attendait aussi avec impatience de pouvoir vacciner les premiers résidents. « Nos équipes, plus de 100 personnes, sont prêtes à faire cette première opération de vaccination tant attendue. Nous procédons d’ailleurs [dimanche] à des exercices de simulation », indique-t-on au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Le CHSLD Saint-Antoine et le Centre gériatrique Maimonides ont été les deux premiers établissements sélectionnés pour lancer la campagne d’immunisation dans la province. La grande majorité des résidents ont accepté de recevoir le vaccin, et les professionnels de la santé des deux établissements seront également vaccinés au cours de la semaine. Les doses restantes seront réservées aux professionnels de la santé d’autres établissements de soins de longue durée, précise Mme Dupuis.

Hausse des cas

L’arrivée du vaccin survient au moment où la pandémie s’intensifie au pays. Le nombre de nouveaux cas quotidiens de COVID-19 a d’ailleurs atteint un sommet dimanche au Québec, avec 1994 nouvelles contaminations, portant à 16 556 le nombre de cas actifs.

Les autorités ont également déploré 33 nouveaux décès, dont 12 survenus dans les dernières 24 heures, soit un total de 7508 morts depuis le début de la pandémie. On compte 20 hospitalisations de plus, pour un total de 880.

Devant ce constat, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a exhorté la population à ne pas baisser la garde. « Le vaccin est la ligne d’arrivée de notre marathon, a-t-il écrit sur Twitter. Il nous reste seulement quelques kilomètres à parcourir, il ne faut pas relâcher les efforts si près du but. »

Et même si la vaccination commence cette semaine, les mesures sanitaires devront être maintenues pendant encore plusieurs mois, notent des experts, appelant aussi la population à redoubler d’efforts pour stopper la propagation du virus.

« Le vaccin ne sera pas libérateur, ça va prendre beaucoup de temps avant qu’on mesure son efficacité et que la population soit vaccinée. Oui, ça va réduire les décès et les hospitalisations, mais ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas confinés et que la société pourra fonctionner normalement. Il ne faut rien lâcher, on n’est pas sortis du bois », soutient Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.
 

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Puisque la contamination communautaire est la principale cause de cette deuxième vague, l’administration des premières doses du vaccin aux résidents des CHSLD n’aura pas de réel impact sur la courbe épidémiologique, selon elle. La vaccination des travailleurs de la santé permettra par contre d’éviter de manquer de personnel dans les hôpitaux déjà sous pression et qui pourraient l’être encore plus dans les prochaines semaines, étant donné la hausse des nouvelles contaminations.

Pour l’heure, le Québec devrait se mettre sur pause, croit Roxane Borgès Da Silva. « On est 80 experts à avoir signé une lettre prônant un confinement de deux semaines pendant les Fêtes. Selon moi, ce serait même mieux quatre semaines, où seuls les services essentiels restent ouverts. Comme au printemps, mais en laissant cette fois les écoles primaires accueillir les élèves. »

Un scénario qui ne semble pas complètement écarté par le gouvernement Legault, qui devrait annoncer en début de semaine un resserrement des mesures sanitaires.

Pour le Dr Alain Vadeboncœur, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, un confinement seraitsurtout l’occasion de profiter d’une « baisse potentielle des cas » pour reprendre le dessus sur notre capacité à faire du dépistage, à trouver et à isoler les contacts. « Une fois qu’on aura le contrôle sur ça, on pourra espérer aplatir la courbe. Mais il faut y mettre des ressources et ne pas se contenter d’un confinement. Sinon la courbe va repartir de plus belle en janvier-février », souligne-t-il.

Avec La Presse canadienne

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