Délestage massif dans les hôpitaux

Délestage massif dans les hôpitaux

Québec se prépare au pire et enclenche le report de 50 % des chirurgies et des rendez-vous non urgents, compte tenu de la hausse constante des cas d’infections. Et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, n’écarte pas que ce délestage puisse atteindre 70 % si la situation ne s’améliore pas à court terme.

« Ça fait très longtemps qu’on dit que ça va finir par avoir un impact sur le système hospitalier, et malheureusement on en a la preuve », a déploré lundi le ministre Dubé, lors d’un point de presse à Montréal.

Devant la montée constante des cas d’hospitalisations dues à la COVID-19, le ministre a ordonné lundi matin aux hôpitaux de déposer dans les 24 heures un plan pour libérer plus de lits destinés aux patients atteints par la COVID-19.

« Jusqu’à maintenant, on était capables dans nos hôpitaux […] de fonctionner à 80 % de notre capacité. […] On abaisse ça à 50 % et on va peut-être être obligés d’aller à 30 %. C’est des chirurgies et des rendez-vous qu’on est obligés de reporter », a souligné le ministre. Et cela, alors que le nombre des malades admis dans les hôpitaux continue sa progression, avec 40 hospitalisations de plus pour un total de 818 au Québec, dont 105 aux soins intensifs.

La directive, envoyée lundi matin aux p.-d.g. d’établissements du réseau de la santé signale que la situation actuelle « est très préoccupante », et enjoint aux hôpitaux d’être prêts à déployer dès vendredi le personnel pour ouvrir 75 % des lits destinés à la COVID-19, et 100 % de leur cible dès le 17 décembre. « Nous devons prendre des mesures pour éviter que les capacités hospitalières soient atteintes [et] nous préparer à ce que la situation épidémiologique nous montre », indique la missive, rappelant que 6654 travailleurs de la santé manquent au travail.

« C’est un peu la panique au ministère », a indiqué une source ayant reçu lundi la fameuse directive.

Ça fait très longtemps qu’on dit que ça va finir par avoir un impact sur le système hospitalier, et malheureusement on en a la preuve.

Dans plusieurs régions, la capacité d’accueil des urgences était dépassée lundi, atteignant plus de 150 % dans Lanaudière, 140 % en Montérégie, plus de 110 % à Laval et plus de 100 % à Montréal, en Chaudière-Appalaches et sur la Côte-Nord.

« Le week-end a été un désastre pour les cas de COVID-19, il n’y avait plus de lits COVID à Montréal dimanche soir », a confié au Devoir un médecin urgentologue de la région de Montréal.

« Ça commence à ressembler à la première vague. Mais en avril, on pouvait monter les patients aux étages, les lits étaient vides. Mais là, les cas de COVID-19 ont doublé à l’urgence, et c’est difficile de leur trouver des lits », a indiqué hier le Dr Bernard Mathieu, médecin spécialiste en urgence à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Coup de barre à Québec

Dans la région de la Capitale-Nationale, le CHU du Québec-Université Laval a annoncé dès lundi l’annulation immédiate de 3000 rendez-vous ambulatoires et le report de quelque 300 chirurgies. Les blocs opératoires rouleront à 70 % de leur capacité normale pour dégager le personnel nécessaire pour ouvrir de nouveaux lits destinés aux malades de la COVID-19. La région a cumulé 304 nouveaux cas vendredi, 143 samedi, et 160 dimanche.

Ça commence à ressembler à la première vague.

« Aujourd’hui [4 décembre], il y a 64 patients hospitalisés COVID-19 dans le CHU de Québec », a annoncé vendredi dernier au personnel médical et professionnel le Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels (DSP) du CHU de Québec, dans une vidéo que Le Devoir a pu regarder. « C’est le plus gros nombre jamais atteint. Nous avons en plus 6 patients COVID positifs à l’intérieur de nos urgences. Il nous faut donc faire face à la musique. »

L’hôpital prévoit d’abord libérer 76 lits à l’Enfant-Jésus et 18 lits en soins intensifs, pour affecter 174 employés de plus au chevet des patients COVID-19. Si nécessaire, jusqu’à 24 lits de plus, 6 lits de soins intensifs et 68 employés supplémentaires viendront s’y ajouter.

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a aussi fait savoir que des salles d’opération seraient fermées à l’Hôpital général juif et que les visites en personnes à l’hôpital sont supprimées à compter de demain et jusqu’au 31 janvier, sauf pour un seul proche aidant par patient. En plus d’autres mesures restrictives, les exigences de dépistage du personnel et des proches aidants viennent aussi d’être renforcées, « pour garder le contrôle de la situation », a indiqué ce CIUSSS en soirée.

Cri du cœur du ministre

« Rendu à 800 [hospitalisations], on n’en a plus, de marge de manœuvre », a dit le ministre Dubé en après-midi, pressant les Québécois de faire un dernier effort pour que le réseau de la santé puisse résister jusqu’à l’arrivée des premiers vaccins. « Les gens peuvent faire une différence », a-t-il dit, inquiet du relâchement observé dans la population.

Il a invité la population à ne pas tarder à se faire dépister et, surtout, « à ne pas perdre le focus », malgré l’arrivée prochaine du vaccin. Pour Christian Dubé, il serait intolérable que des gens succombent de la COVID-19 maintenant en raison de l’insouciance de proches ou de la population, alors qu’une solution est à portée de main.

Malgré la situation difficile, le ministre Dubé écarte pour l’instant l’idée d’un reconfinement suggéré par certains économistes et prévoit plutôt accroître les sanctions prévues pour ceux qui lésinent sur les règles sanitaires. « Il y a déjà pas mal de mesures, il faut s’assurer de les suivre », a-t-il dit.

Combien de temps devra durer ce délestage massif, appelé à influer sur la santé de milliers de patients ? « Ça va dépendre des Québécois », a tranché le ministre.

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Source : Lire l'article complet par Le Devoir

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