La France conteste le maintien de la paix russe dans le Caucase

La France conteste le maintien de la paix russe dans le Caucase

par M.K. Bhadrakumar.

L’accord trilatéral du 10 novembre entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Russie sur le Haut-Karabakh conduit à une lutte géopolitique dans le Caucase. Tant que l’Arménie et l’Azerbaïdjan se battaient férocement, le grand jeu se cachait dans l’ombre.

Mais dès que le conflit, qui dure depuis sept semaines, a atteint son paroxysme – la prise de Choucha par les forces azerbaïdjanaises et la déroute de l’Arménie – Moscou est intervenue pour négocier une trêve.

La rapidité avec laquelle le Président russe Vladimir Poutine a agi et son rôle direct dans le rapprochement des dirigeants arméniens et azéris au cours de négociations qui ont duré toute la nuit ont été absolument stupéfiants. Cela a pris la région et la communauté internationale par surprise.

La médiation de Poutine a inévitablement conduit au maintien de la paix par la Russie. Lorsque le monde a appris l’existence de la trêve aux premières heures du 10 novembre, les contingents militaires russes étaient déjà en route pour le Haut-Karabakh.

Le Président français Emmanuel Macron a maintenant l’air ridicule. Il s’était imaginé être le chef de guerre dans le Caucase depuis que le conflit a éclaté fin septembre. Bien sûr, la diaspora arménienne en France constitue une circonscription influente dans la politique française.

Le 7 novembre, Macron avait appelé Poutine et discuté des « hostilités à grande échelle en cours » au Nagorno-Karabakh et avait conclu un « engagement mutuel à poursuivre les efforts de médiation coordonnés de la Russie et de la France, notamment dans le cadre du Groupe de Minsk de l’OSCE ».

Ensuite, il a su, en se réveillant au Palais de l’Elysée trois jours plus tard, que les forces russes de maintien de la paix débarquaient au Nagorno-Karabakh. Et, pour mettre un peu de sel sur l’ego meurtri de Macron, ce n’est que six jours plus tard que Poutine a pensé à appeler Macron (le 16 novembre) – « considérant que la Russie et la France sont co-Présidents du Groupe de Minsk de l’OSCE », comme l’a dit le communiqué du Kremlin.

Poutine a informé Macron du déroulement des événements et lui a fait savoir que « la situation générale dans la région s’est stabilisée ». Voilà Macron, tout habillé et prêt à jouer un rôle diplomatique de haut niveau dans le Caucase lorsque Poutine l’appelle pour lui dire que la guerre est finie depuis une semaine et qu’il est temps maintenant de se tourner vers les questions résiduelles peu appétissantes concernant « les questions humanitaires urgentes, dont le retour des réfugiés dans leurs foyers permanents, la garantie de conditions de vie normales pour la population, la restauration des infrastructures et la préservation des temples et monastères chrétiens ».

Macron n’a pas pu en supporter davantage. Le Ministre des Affaires Étrangères français Jean-Yves Le Drian a reçu l’ordre d’exhorter publiquement Moscou à lever les « ambiguïtés » sur le cessez-le-feu, notamment en ce qui concerne le rôle de la Turquie et des combattants étrangers. Il a déclaré à l’Assemblée Nationale française : « Nous devons lever les ambiguïtés sur les réfugiés, la délimitation du cessez-le-feu, la présence de la Turquie, le retour des combattants et sur le début des négociations sur le statut du Haut-Karabakh ».

La France a bien sûr assuré la coordination avec les États-Unis (tous deux co-président le Groupe de Minsk). Dans les heures qui ont suivi la déclaration de Le Drian, le Département d’État américain s’est penché sur le sujet. Tout en se félicitant de la cessation des hostilités, la déclaration américaine a ignoré le rôle de médiateur de Moscou. Il a déclaré :

« Mettre fin aux récents combats n’est que le premier pas vers un règlement pacifique et négocié du conflit du Haut-Karabakh. Nous exhortons les parties à renouer dès que possible avec les co-Présidents du Groupe de Minsk de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) afin de rechercher une solution politique durable et viable au conflit du Haut-Karabakh, fondée sur les principes de l’Acte Final d’Helsinki de non-recours à la force ou à la menace de la force, d’intégrité territoriale, d’autodétermination et d’égalité des droits des peuples. En tant que co-Président du Groupe de Minsk de l’OSCE, les États-Unis restent pleinement engagés dans cet effort ».

En clair, la France et les États-Unis insistent sur le fait que la Russie ne peut pas agir unilatéralement mais seulement par le biais du Groupe de Minsk. Hier, la présidence française a appelé à une supervision internationale pour mettre en œuvre le cessez-le-feu. « Nous voulons que le Groupe de Minsk joue son rôle dans la définition de la surveillance (du cessez-le-feu) », a déclaré un fonctionnaire du bureau de Macron.

Le fonctionnaire français a réprimandé le Kremlin : « Nous comprenons que les Russes discutent avec les Turcs d’une formule possible, que nous ne voulons pas, qui reproduirait le Processus d’Astana (sur la Syrie) pour diviser leurs rôles dans cette région sensible. Nous ne pouvons pas avoir d’un côté Minsk (Groupe) et de l’autre Astana (processus sur la Syrie). À un moment donné, les Russes doivent faire un choix ».

De toute évidence, la France (et les États-Unis) craignent que la Russie et la Turquie aient conclu un accord pour écarter les puissances occidentales de futurs pourparlers de paix. En effet, le forum d’Astana a permis à la Russie et à la Turquie de discuter entre elles de la manière de gérer le conflit syrien et a marginalisé les puissances occidentales. Pour ajouter l’insulte à l’injure, comme en Syrie, la Russie a également un accord avec la Turquie sur le déploiement du personnel militaire de cette dernière en Azerbaïdjan.

L’Occident s’attendait à ce que la Russie et la Turquie se brouillent au sujet du Haut-Karabakh, mais c’est le contraire qui s’est produit. Ils ont empêché les puissances occidentales de s’impliquer. La Turquie et la Russie ont toutes deux des relations tendues avec les États-Unis ; Macron et le Président turc Recep Erdogan s’affrontent sur de multiples fronts, de la Libye à la Syrie en passant par la situation difficile de la France face au « terrorisme islamiste ». Récemment, Erdogan a proposé à Macron de bénéficier d’une assistance psychiatrique.

Poutine et Erdogan auraient un intérêt commun à cimenter l’accord de paix du 10 novembre avant que la présidence américaine ne s’en mêle. Mais en fin de compte, le Haut-Karabakh met en évidence une grave fracture dans le système de l’alliance occidentale : une puissance de l’OTAN (la Turquie) s’est alignée sur l’ennemi existentiel de l’alliance (la Russie) pour humilier et marginaliser deux alliés majeurs (les États-Unis et la France). Le Groupe de Minsk comprend également deux autres membres de l’OTAN, l’Allemagne et l’Italie.

Il est peu probable que la Russie et la Turquie réintègrent le Groupe de Minsk. Aucun des deux pays ne veut que les puissances occidentales s’installent dans le Caucase. La Russie a peut-être plus à perdre que la Turquie, puisque l’Azerbaïdjan et la Géorgie sont également limitrophes du Caucase du Nord, une région instable avec une population majoritairement musulmane, et que l’Azerbaïdjan est également un État riverain de la Mer Caspienne, où Moscou est déterminé à préserver la primauté de la sécurité et à limiter les autres puissances extérieures qui peuvent entraver son influence, en particulier les États-Unis et l’OTAN.

En Géorgie, les États-Unis ont consolidé une présence stratégique. Les États-Unis s’engagent à aider la Géorgie à approfondir ses liens euro-atlantiques et soutiennent les aspirations de la Géorgie à l’OTAN. Curieusement, dans un signal adressé à Moscou, le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, s’est rendu en Géorgie le 18 novembre.

En fin de compte, la coordination entre la Russie et la Turquie dans le Haut-Karabakh reste tactique. Mais c’est avec l’Iran que la Russie a un solide accord sur le Haut-Karabakh. L’accord de paix du 10 novembre est basé sur le plan de paix de l’Iran et Téhéran se réjouit que Moscou ait opté pour le « format Astana ».

Le Ministre des Affaires Étrangères iranien, Javad Zarif, se rendra à Moscou et à Bakou les 23 et 24 novembre. L’Iran est bien placé pour compléter la diplomatie russe afin de donner une impulsion à l’accord de paix, puisqu’il a des liens d’amitié avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan (et la Géorgie). Des rapports suggèrent que les puissances occidentales ont été hyperactives à Bakou et à Erevan pour renverser le plan de paix.

M.K. Bhadrakumar

source : https://indianpunchline.com

traduit par Réseau International

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À propos de l'auteur Réseau International

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