François Marchand presse Labeaume d’agir pour la maison Pollack

François Marchand presse Labeaume d’agir pour la maison Pollack

Me François Marchand demande à la Commission municipale d’enquêter sur le maire Régis Labeaume en lien avec la maison Pollack, située sur Grande-Allée Est. En décembre 2019, la Ville avait adopté une résolution pour acquérir le bâtiment laissé à l’abandon. Près d’un an plus tard, rien n’a encore été fait, ce que dénonce l’avocat et ex-conseiller municipal.

« L’immeuble est à l’abandon depuis au moins 10 ans avec les échafaudages et j’ai toujours pensé que la Ville avait négligé de faire respecter sa règlementation », raconte Me Marchand, en entrevue téléphonique le 9 novembre, au sujet de sa démarche.

« Le 2 décembre 2019, le conseil municipal de la Ville de Québec adoptait à l’unanimité́ une résolution dans le but d’attribuer une somme de 603 000 $ afin de permettre la publication de l’avis de transfert de propriété́ de la Maison Pollack à la Ville de Québec suite aux démarches d’expropriation entreprises. Près d’un an plus tard, le montant voté par le conseil n’a toujours pas été versé et la Ville n’est toujours pas propriétaire de la maison Pollack qui continue de se détériorer», a-t-il expliqué dans un communiqué transmis aux médias le 8 novembre.

En vertu de l’article 52 de la Loi sur les cités et villes, le maire doit voir à ce que les règlements et les ordonnances du conseil soient « fidèlement et impartialement mis à exécution », explique l’avocat spécialisé en droit municipal. Malgré cette obligation, Régis Labeaume contrevient à la loi et refuse ou néglige d’exécuter la volonté́ du conseil, affirme Me Marchand.

« Un an plus tard, la maison Pollack est toujours aux mains de son propriétaire, un investisseur de Montréal. Le maire a manqué à son devoir de faire respecter la résolution adoptée par le conseil. De là ma demande d’enquête de la Commission municipale. À mon avis, le maire a contrevenu aux dispositions de la loi (Loi sur les cités et villes et de la Loi sur l’éthique et la déontologie en matière municipale). Il a contrevenu aussi à son code d’éthique », soutient l’homme de loi en entrevue à Monmontcalm.

Non-respect de la loi

Me François Marchand demande donc à la Commission municipale d’enquêter sur le non-respect des dispositions de la loi et de la volonté́ du conseil par le maire Labeaume. « Le maire doit respecter les membres du conseil et la volonté du conseil, sinon, il est en infraction, martèle l’avocat. Le maire n’est pas au-dessus des lois. »

Me Marchand demande qu’une sanction soit appliquée à l’égard du maire Labeaume, à savoir un blâme ou une suspension ne pouvant excéder 90 jours. « Il y a aura enquête. On verra le résultat à la fin de l’enquête », dit-il.

Grande valeur

Dans sa requête, l’avocat vante notamment les caractères architectural et patrimonial uniques de la maison sise au 1, Grande-Allée Est.

La Maison Pollack « a été habitée par des personnalités d’affaires importantes de Québec dont James McCarthy industriel prospère, et Maurice Pollack, homme d’affaires et philanthrope qui a laissé sa marque à Québec. Cette maison constitue un des rares exemples de l’influence de l’architecture néo-baroque dans l’architecture domestique à Québec et au Québec. Sa colonnade monumentale, unique à Québec, ainsi que certains détails en brique participent au plus au point à la valeur architecturale de cette maison d’exception. Sa construction est l’œuvre d’un architecte renommé qui a laissé sa trace dans le paysage architectural de la capitale, soit René́ Pamphile-Lemay », écrit-il.

La maison Pollack a été construite en 1909-1910, indique le site internet de la Ville de Québec. Aux yeux de la municipalité, elle possède une valeur patrimoniale « supérieure » même si le bâtiment a subi d’importantes modifications au fil des ans et manque d’entretien.

D’après le rôle d’évaluation municipal, une compagnie à numéro montréalaise est propriétaire du bâtiment. La valeur totale de l’immeuble a été fixée à 1 280 000 $. Stevens Coulombe est nommé à titre de président et secrétaire de cette société d’investissement spécialisée dans l’immobilier, selon les informations qui figurent au Registre québécois des entreprises.

Labeaume et le patrimoine bâti

Depuis l’élection de Régis Labeaume en décembre 2007, on a notamment vu la façade du Patro Saint-Vincent-de-Paul, au sommet de la côte d’Abraham, être démolie en 2010. L’église Saint-Cœur-de-Marie, sur Grand-Allée Est, est quant à elle tombée sous le pics des démolisseurs en 2019.

Que pense François Marchand des actions (ou de l’inaction) du maire Labeaume en matière de préservation du patrimoine bâti?

« Il y a même des maisons qui dataient du régime français dont la Ville a autorisé la démolition. La Grande Allée est sous spéculation actuellement. Les propriétaires laissent se détériorer les immeubles dans l’espoir de construire des immeubles à condos. C’est un petit peu l’histoire de l’église Saint-Cœur-de-Marie… En fait, la seule chose que la Ville a fait pour la Grande-Allée, c’est d’autoriser un Tim Horton’s devant le Bois-de-Coulonge. Si c’est le genre de ville qu’on veut… Ce n’est pas ça! La Grande-Allée, c’est l’entrée de la ville de Québec (avec) de magnifiques édifices. C’est l’une des plus belles avenues en Amérique du Nord et là, on la laisse se détériorera au profit des promoteurs (…).  On perd du patrimoine. C’est notre image, le patrimoine. C’est notre culture. C’est notre produit touristique. Le maire Labeaume fait preuve d’une insensibilité totale et d’une certaine complaisance vis-à-vis des promoteurs. C’est un peu ça que je dénonce », répond François Marchand.

Retour en politique?

Me Marchand a notamment déjà siégé comme conseiller municipal dans la deuxième moitié des années 80. En 1993, il s’était présenté à la mairie contre Jean-Paul L’Allier. Il a aussi déjà brigué la chefferie de Démocratie Québec.

L’avocat François Marchand.

Les prochaines élections municipales sont prévues en 2021. Compte-t-il tenter de se faire élire à nouveau au conseil municipal ou encore viser la mairie?

« Ce qui m’intéresse pour l’instant, c’est de défendre certaines idées qui ne sont pas celles de M. Labeaume. Pour la suite, on verra en temps et lieu», répond-il à Monmontcalm.

Donc, on peut déduire que l’avocat ne dirait pas non à un éventuel retour en politique? « Il ne faut jamais dire jamais », conclut-il.

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