Un poste de police attaqué au mortier d'artifice en France

L’attaque d’un commissariat en banlieue parisienne samedi soir par une quarantaine de personnes qui ont tiré des mortiers d’artifice, sans faire de blessés, a déclenché un vif émoi chez les policiers français et les foudres de l’opposition de droite qui appelle à la fermeté.

Deux agents étaient devant le commissariat de Champigny-sur-Marne en train de fumer lorsqu’une quarantaine de personnes, visages dissimulés et armées de barres de fer, sont arrivées, cassant notamment des vitres de véhicules de police et la porte vitrée de l’entrée, selon une source policière. 

Les deux fonctionnaires ont tout juste eu le temps de se mettre à l’abri dans le sas de sécurité de l’entrée du commissariat. Les incidents ont débuté peu avant minuit et se sont achevés une heure plus tard.

Huit mortiers ont été retrouvés non loin, a indiqué la préfecture de police de Paris.

Le commissariat a été «attaqué parce qu’il y a une guerre de territoire sur le sol de la République et parce que nous sommes en reconquête: nous imposons la présence de la police partout (…), qui doit notamment lutter contre les trafics de stupéfiants», a déclaré le ministre de l’Intérieur, Gerald Darmanin. 

Il a dénoncé «des actes d’une grande sauvagerie», de la part de «caïds», de «voyous», venus pour «casser les symboles de la République» et «casser du flic».  

Un syndicat de police, Alliance, a aussitôt dénoncé cette attaque. «Il est grand temps que le gouvernement se saisisse des violences commises contre les forces de l’ordre (…) Plus personne ne respecte les forces de l’ordre et le gouvernement n’a pas réussi malheureusement à inverser cette tendance», a réagi son délégué général, Frédéric Lagache.

Cette attaque survient alors que le pays est sous le choc de l’attaque très violente, mercredi soir, dont ont été victimes deux policiers passés à tabac et blessés par balle en région parisienne alors qu’ils étaient en mission. D’après une source proche de l’enquête, le policier le plus gravement blessé est dans un état stable, mais toujours en coma artificiel.

Le président Emmanuel Macron recevra jeudi les syndicats de policiers.

En avril, ce commissariat, le seul de cette commune de plus de 77 000 habitants, avait déjà été la cible, à une moindre échelle, de tirs de mortiers d’artifice, mais «c’était juste des jeunes qui avaient du mal à vivre le confinement», selon le maire de la ville Laurent Jeanne (droite).

«Là, on est sur quelque chose de complètement différent: on a voulu attenter à l’intégrité physique de deux policiers», a estimé l’édile, disant sa «sidération» face à ses actes.

Les mortiers d’artifice, des engins pyrotechniques utilisés par les professionnels des feux d’artifice, sont de plus en plus souvent détournés par des délinquants pour s’en prendre aux forces de l’ordre.

AFP

Ils sont composés d’un cylindre en carton et d’une charge explosive. «En utilisation normale, il est planté au sol et tiré en l’air. Mais les voyous s’en sont emparés pour faire une arme par destination. À tir tendu, il peut blesser quelqu’un et en pleine figure», explique à l’AFP Rocco Contento, porte-parole du syndicat Unité SGP. 

Le ministre de l’Intérieur a affirmé dimanche sa volonté d’interdire par la loi leur vente au public.

L’opposition de droite a demandé une réaction forte du gouvernement. 

«Ces scènes de guerre sont intolérables», pour Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France. La présidente du Rassemblement national (extrême droite) Marine Le Pen a, elle, appelé à «un tour de vis absolument considérable sur la criminalité» et à «réarmer moralement» les policiers.

Une série de faits divers violents visant des policiers a réancré depuis cet été la question de l’insécurité dans le débat politique français, à environ 18 mois de l’élection présidentielle.

Selon une étude publiée en novembre 2019 par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), la police nationale française a recensé 12.853 agents blessés en 2018, en hausse de près de 16% par rapport à 2017.

Dans 11% des cas (contre 8% en 2017), les blessures ont été faites à l’aide d’une arme (à feu, blanche ou par destination).

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