Contre le racisme, Legault veut de l’action, pas des mots

Contre le racisme, Legault veut de l’action, pas des mots

L’obsession des quotas ethniques dans la fonction publique prend des proportions délirantes

Le premier ministre François Legault a qualifié mardi de « problème » la « sous-représentation » des minorités, notamment visibles et ethniques, au sein de l’État québécois. Il promet d’« agir ».

Les organismes publics avaient à leur emploi 6,3 % de personnes issues des minorités visibles en 2019, comparativement à 2,7 % en 2009, a constaté la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

Ils ont raté la « cible » d’embaucher au moins 10,3 % d’individus faisant partie du groupe « minorités visibles » en raison de leur « race » ou de la couleur de leur peau, déplore-t-elle dans un rapport dévoilé mardi.

Je suis en train de consulter quelques personnes. Je devrais être capable, au cours des prochains jours, d’annoncer exactement le mandat, puis les balises qu’on va se donner pour agir. Moi, je veux qu’on agisse.

 

Par exemple, la Société des alcools du Québec (SAQ) compte parmi ses effectifs seulement 1,6 % de personnes issues des minorités visibles, soit 122 employés sur 7502. En revanche, la Société des loteries du Québec a à son emploi 566 individus qui font partie du groupe « minorités visibles », sur 6576 (8,6 %).

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M. Legault a demandé à la population « quelques jours » de « patience » pour lui permettre d’élaborer son plan de lutte contre le racisme au Québec. « Je suis en train de consulter quelques personnes. Je devrais être capable, au cours des prochains jours, d’annoncer exactement le mandat, puis les balises qu’on va se donner pour agir. Moi, je veux qu’on agisse », a-t-il déclaré en point de presse.

Le chef du gouvernement a répété être une personne « pragmatique » à la recherche de « résultats ». « Je ne veux pas seulement des discours. Je veux qu’on trouve un moyen de réduire, idéalement de faire disparaître complètement le racisme au Québec dans tous les domaines, y compris le domaine policier », a-t-il poursuivi.

« Trop peu de progrès »

Selon la CDPDJ, les 330 organismes publics assujettis à la Loi sur l’accès à l’égalité ont « enregistré trop peu de progrès » dans l’embauche de membres de groupes historiquement victimes de discrimination — soit des minorités visibles, des femmes, des Autochtones, des minorités ethniques et des personnes handicapées — depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi, il y a 20 ans.

« On doit se donner des objectifs concrets dans les futures embauches. C’est un vrai problème. C’est un problème qui date d’il y a longtemps, puis il faut agir », a convenu M. Legault, mardi.

Minorités ethniques

La proportion de personnes faisant partie du groupe « minorités ethniques » — dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français — est pour sa part passée de 3,1 % en 2009 à 3,4 % en 2019. La cible fixée par la Commission est de 6,6 %.

La présence autochtone dans les organismes publics est restée stable au fil de la dernière décennie, à 0,3 %. La cible fixée par la Commission est de 0,9 %.

Les personnes handicapées occupent à peine 1 % des emplois offerts dans l’administration publique et parapublique. La cible fixée par la Commission est de 4,6 %.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse note toutefois une hausse significative des femmes à l’emploi de l’État québécois — de 53,9 % en 2009 à 65,3 % en 2019. La cible fixée par la Commission et de 68 %.

Les membres des groupes historiquement victimes de discrimination en emploi « peuvent être confinés aux postes inférieurs, à cause de barrières et préjugés qui peuvent les empêcher de s’épanouir et d’occuper des postes de plus grande responsabilité » au sein de ces organismes publics, fait remarquer la CDPDJ.

Perspectives sur le racisme

Discrimination systémique

L’échec des gouvernements à diversifier la fonction publique s’explique en partie par la géographie québécoise, selon M. Legault. « C’est qu’il y a une bonne partie de la fonction publique qui est à Québec. […] Alors, quand on regarde les minorités visibles, toutes proportions gardées, il y en a moins à Québec qu’à Montréal. Donc, il y a un défi supplémentaire, un défi que tous les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas vraiment réussi à relever », avait-il déclaré la semaine dernière avant d’ajouter qu’« il n’y a pas un système en place qui fait qu’on s’organise pour discriminer ».

Or, selon la CDPDJ, la discrimination en emploi constitue un « phénomène systémique ». Elle définit la discrimination systémique comme « la somme d’effets d’exclusion disproportionnés qui résultent de l’effet conjugué d’attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l’interdiction de la discrimination ».

La Commission invite les lecteurs de son rapport à se demander quels sont les facteurs qui, d’une part, accélèrent et, d’autre part, freinent la mobilité ascendante des femmes, des Autochtones, des minorités visibles, des minorités ethniques et des personnes handicapées au sein de l’État québécois. « Subséquemment, comment s’articulent la production du pouvoir et la reproduction des dominations, des exclusions, des inégalités et des résistances ? » demande-t-elle.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a dit mardi « souhaite[r] profondément » que le plan de lutte contre le racisme de M. Legault soit élaboré de concert « avec les gens qui vivent la situation ». « Eux autres, ils savent c’est quoi, le racisme systémique », a-t-elle lancé mardi.

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