Étude comparative entre la Chine impérialiste et les États-Unis impérialiste

Étude comparative entre la Chine impérialiste et les États-Unis impérialiste

Par Vincent Gouysse.  02/05/2020. Sur  http://www.marxisme.fr/download/en_bref/USA_le_chantre_du_libre_echange_brutalement_devenu_le_champion_du_protectionnisme_mais_trop_tard.pdf

Étude comparative entre la Chine impérialiste et les États-Unis impérialisteLe webmagazine Les7duquebec.net présente cette étude comparative des deux puissances impérialistes qui s’affrontent sur la scène mondiale en cette première moitié du XXIe siècle. Étude comparative entre la Chine impérialiste et les États-Unis impérialiste
Non pas que nous soutenions l’une ou l’autre de ces puissances envahissantes, militaristes et totalitaires, mais nous pensons que la classe prolétarienne doit être informée des velléités hégémoniques de ces deux protagonistes et de leurs alliés. Cette étude reflète l’opinion de son auteur. Robert Bibeau. Éditeur  https://www.les7duquebec.net


Titre original de l’article :  USA : Comment le chantre de « l’ultra-libéralisme » est brutalement devenu… le champion du Monde du protectionnisme économique, mais trop tard !

Il nous apparaît essentiel de commencer ici par quelques indices fondamentaux afin de bien dépeindre la situation actuelle. Le PIB chinois s’est élevé de 21 631 à 99 087 milliards de yuans au cours de la période 2006-2019, il a ainsi été multiplié par près de 4,6 fois. Et il faut bien comprendre que la Chine, si elle n’a toujours pas officiellement conquis le 1er rang mondial en terme de PIB nominal à taux de change courant, est en réalité devenue depuis 2014 la première puissance mondiale en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), c’est-à-dire en termes réels, et ce, selon le FMI lui-même. Cela ne s’est pas arrangé depuis : selon l’organisme statistique de l’ONU, le PIB américain mesuré en dollars courants a augmenté de 17,3 % durant la période 2014-2018. Mais en dollars constants de 2015 (c’est-à-dire inflation déduite), la hausse n’est plus que de 10,0 %… En ce qui concerne la Chine, son PIB mesuré en dollars courants a augmenté de 30,4 % durant la période 2014-2018 et de 29,8 % en dollars constants. En ce qui concerne la Chine les proportions sont indéniablement très voisines. En termes de PIB à PPA mesuré en dollars constants, la Chine dépasse donc déjà d’une bonne longueur les USA…

Le montant des ventes au détail de biens de consommation de la Chine est passé de 7 914 à 41 165 milliards de yuans au cours de la période 2006-2019. Leur proportion dans le PIB chinois s’est ainsi élevée de 36,6 à 41,5 %. Dans le même temps, le montant des investissements en Capital fixe s’est élevé de 11 000 à 56 087 milliards de yuans. Sa part dans le PIB chinois s’est ainsi élevée de 50,9 à 56,6 %. Les recettes du budget de l’État chinois sont passées de 8 310 à 19 038 milliards de yuans durant la période 2010-2019, et sa part dans les PIB est restée stable aux alentours de 20 %. Surtout, l’impérialisme chinois a su habilement redistribuer une partie des richesses engrangées grâce à la rapide montée en gamme technologique de son économie. Alors que la Chine comptait encore 55,8 millions de pauvres en 2015 (disposant d’un revenu annuel individuel de moins de 2 300 yuans à prix constants de 2010), ils n’étaient plus que 5,5 millions en 2019. La bourgeoisie chinoise est ainsi parvenue à redistribuer suffisamment de miettes pour éradiquer presque complètement ce qui restait de la grande pauvreté en Chine.

Le montant des exportations chinoises de biens est passé de 10 702 à 17 234 milliards de yuans durant la période 2010-2019. Sa part dans le PIB chinois a donc diminué de 26,2 à 17,4 %, preuve que la réorientation vers la consommation et les investissements intérieurs est parvenue à réduire la dépendance de l’impérialisme chinois vis-à-vis des exportations de biens, confronté à une décennie de politiques d’austérité qui ont sabré dans la consommation individuelle des peuples des pays impérialistes en déclin. Il nous importe ici de souligner qu’au cours de la période 2008-2014, la Chine a vu son commerce extérieur contribuer négativement à sa croissance (- 0,4 point de croissance par an en moyenne). A l’inverse, les investissements et la consommation intérieure ont apporté respectivement en moyenne 4,8 et 4,4 points de croissance. La consommation intérieure, les infrastructures et les exportations ont contribué pour respectivement 57,8 %, 31,2 % et 11,0 % à la croissance du PIB chinois en 2019. La Chine devrait donc surmonter le typhon  économique mondial à venir sans trop de difficultés… Comme nous l’avions déjà souligné il y a une décennie, l’impérialisme chinois est ainsi parvenu depuis plusieurs années déjà, à rendre sa croissance de moins en moins dépendante de ses exportations, trouvant de plus en plus de relais de croissance dans le développement de son propre marché intérieur. Le solde du commerce bilatéral de biens de la Chine avec ses concurrents en déclin est cependant demeuré très en faveur de l’impérialisme chinois, continuant à augmenter de manière absolue, même s’il diminuait parfois de manière relative.

En 2007, ce solde était de 163,3 milliards de dollars avec les USA (soit 70,2 % du volume des explorations chinoises vers les USA). En 2014, il a été de 237,1 milliards de dollars (soit 59,1 % du volume des explorations chinoises vers les USA) alors même qu’entre temps, la monnaie chinoise s’est appréciée de 19,3 % face au dollar. Le constat est sensiblement le même pour le commerce bilatéral Chine-UE. En 2007, ce solde était de 134,2 milliards de dollars (soit 54,7 % du volume des explorations chinoises vers l’UE). En 2014, il a été de 126,6 milliards de dollars (soit 34,1 % du volume des explorations chinoises vers les USA) alors même qu’entre temps, la monnaie chinoise s’est appréciée de 21,7 % face à l’euro. (Ambassade de France en Chine, Bulletin économique Chine n°72, p. 17) Cela signifie que bien que les esclaves salariés chinois aient vu le niveau de leurs salaires réels s’élever rapidement au cours des deux dernières décennies, le rythme de croissance de la productivité du travail a été plus rapide encore… La montée en gamme technologique de l’impérialisme chinois est évidente si l’on souligne que la productivité du travail nationale moyenne est passée de 48 026 à 115 009 yuans par employé (aux prix constants de 2010) durant la période 2009-2019, soit un rythme d’accroissement annuel moyen de 9,1 % ! Et cela est d’autant plus remarquable que cette croissance rapide s’est accompagnée d’une amélioration des conditions et de la sécurité au travail. Le nombre annuel de décès induits par les accidents de travail est en effet passé de 79 552 à 29 519 durant la période 2010-2019, soit une baisse de 62,9 %.

En ce qui concerne ses réserves de change, l’impérialisme chinois les a fait croître rapidement jusqu’en 2013 : elles sont ainsi passées de 1 066 à 3 821 milliards de dollars durant la période 2006/2013. La période suivante marque un net changement de stratégie, l’impérialisme chinois les réduisant même progressivement : en 2019, elle ne se montent plus qu’à 3 108 milliards de dollars, soit tout de même encore davantage que le PIB de la France…  Craint-il de trop s’exposer au risque grandissant d’un défaut de paiement de ses débiteurs ? En tout cas, cela démontre qu’il n’est plus friand de la dette publique des pays impérialistes en déclin et qu’il préfère investir les surplus du solde positif de sa balance des paiements autrement…

Passons maintenant à des choses un peu plus concrètes que des mesures en dollars ou en yuans… En ce qui concerne la production chinoise de ciment, elle a plus que triplé au cours de la période 20012019, passant de 661 millions à 2,35 milliards de tonnes. A titre de comparaison, elle avoisine d’ordinaire 280 millions de tonnes pour l’Inde, 170 millions de tonnes pour l’UE (27) et 90 millions de tonnes pour les USA… En 2017, la Chine représentait 56,5 % de la production mondiale de ciment. Durant la période 1999-2019, la production d’acier chinoise est passé de 124 à 996 millions de tonnes. Sa part de marché mondiale s’est ainsi élevée de 15,7 à 53,3 % durant cette période. Dans le même temps, celle des USA est passée de 97 à 88 millions de tonnes. Sa part de marché mondiale s’est ainsi effondrée de 12,3 à 4,7 %… C’est-à-dire que la production sidérurgique des USA qui représentait 78 % de celle de la Chine en 1999, en représentait moins de 9 % en 2019…

La baisse de la production sidérurgique américaine est cohérente avec la consommation énergétique primaire de l’impérialisme américain qui a littéralement stagné au cours de la décennie 2008-2018 aux alentours de  2 300 millions de Tep (tonnes équivalent pétrole). Dans le même temps, celle de la Chine s’est élevée de 2 230 à 3 273 millions de Tep, soit une hausse de près de 47 %. La consommation d’énergie primaire par habitant des USA restait donc trois fois supérieure à celle de la Chine en 2018. Celle de la France lui est encore 1,5 fois supérieure, alors même que la Chine est « l’usine du Monde » et démontre où se trouve la véritable efficience énergétique ! Le même constat vaut pour la production électrique : celle-ci a stagné autour de 4 400 TWh pour les USA durant la période 2008-2018. Dans le même temps, la Chine a vu croître la sienne de 3 496 à 7 112 TWh. La production électrique chinoise s’est élevée de 1 654 à 7 503 TWh durant la période 2002-2019.

En 2019, les centrales hydro-électriques chinoises ont produit à elles seule 1 304 TWh d’électricité, soit davantage que la production électrique cumulée de la France et de l’Allemagne, ou aux alentours de 30 % de plus que la production électrique de la Russie ou du Japon. En 2010, la production hydroélectrique chinoise se montait à 721 TWh. Le parc éolien et solaire chinois se trouvent également au premier rang mondial avec une production cumulée de 543 TWh en 2018 (soit tout de même l’équivalent de la production électrique française !), contre 375 TWh pour les USA, 158 TWh pour l’Allemagne et 38 TWh pour la France… La stratégie d’intoxication carbo-centriste visant à contenir le développement industriel et économique de l’impérialisme chinois a donc indéniablement lamentablement échoué… Tous ces indices économiques de base donnent une image réaliste de l’ampleur sans précédent des investissements que l’impérialisme chinois réalise dans le domaine de l’industrie, de l’immobilier et des infrastructures.

Nous ne donnerons dans ce dernier domaine qu’un seul exemple concret, mais pas le moindre : le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao. Situé dans l’estuaire de la Rivière des Perles, ce pont est une véritable merveille d’ingénierie, unique au monde de par son ampleur et sa complexité, et démontrant le savoir-faire de classe mondiale acquis par les monopoles chinois. La construction de ce pont routier maritime, le plus long du Monde, a débuté le 15 décembre 2009 et il a été mis en service le 24 octobre 2018. Long de 55 km et d’une largeur de 33 mètres (pour une circulation sur 2 x 3 voies), sa construction a englouti des millions de tonnes de ciment et plus de 0,42 million de tonnes d’acier. Il a coûté 120 milliards de yuans (soit environ 18 milliards de dollars). Il permet de rejoindre Hong Kong depuis Zhuhai et Macao en seulement 45 minutes quand il fallait auparavant 70 minutes en ferry ou jusqu’à quatre heures par voie routière… Il interconnecte ainsi de manière étroite les onze mégapoles du Delta de la Rivière des Perles et leurs 70 millions d’habitants, et permet au passage de renforcer les liens déjà étroits unissant la Chine continentale aux anciennes colonies britannique et portugaise.  Voici une vue géographique de l’ouvrage et de ses principales sections :

Cet ouvrage pharaonique a été conçu pour résister aux typhons les plus puissants, à des séismes de magnitude 8 et… à une collision avec un navire cargo d’un déplacement de 300 000 tpl. Sa durée de vie estimée est d’au moins 120 ans. Ce pont est en fait composé de plusieurs parties distinctes : il débute depuis Zhuhai et Macao par un pont principal long de 22,8 km comportant trois ponts suspendus dont les piliers s’élèvent jusqu’à 460 mètres de hauteur. A proximité de l’île de Lantau, le Pont se transforme en un tunnel sous-marin d’une longueur de 6,7 km, via deux îles artificielles crées ex-nihilo. La structure soutenant ces deux îles est formée de 120 cylindres d’acier. Chacun d’entre eux possède un diamètre de 22,5 mètres pour une hauteur de 55 mètres et un poids de 550 tonnes.

Les tronçons préfabriqués à terre du tunnel sous-marin (enterré) mesurent pour leur part chacun 22,5 mètres de long, 38 mètres de large et 12 mètres de haut. Chacun d’entre eux a nécessité 3 400 m3 de béton… Cette large section libre d’obstacle permet de laisser un couloir maritime aux plus gros navires de commerce (aux alentours de 4 000 navires par jour empruntent cette route maritime) ainsi qu’une approche également libre d’obstacle pour les couloirs aériens de l’aéroport international de Hong Kong. Le pont reprend ensuite sur une longueur de 12 km le long de l’île de Lantau jusqu’à l’aéroport de Hong Kong. Le pont se prolonge enfin à partir de ce dernier au nord par un tunnel sousmarin long de 4,2 km vers Tuen Mun et par un autre pont suspendu en direction de Shenzhen. A la mi-2019, le pont recevait un trafic quotidien moyen de 40 000 personnes.

La section principale du pont, vue depuis les côtes bordant Zhuhai et Macao. Pour voir la vidéo de l’ouvrage fini à la veille de son ouverture, cliquez ici. Que démontre cet ouvrage sinon le fait que le XXIème siècle, ou tout du moins les décennies à venir, sera bel et bien chinois ?!

Selon les derniers chiffres publiés par l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), la Chine a déposé plus de 1,54 million de demandes de brevets en 2018 (+ 11,6 % en glissement annuel) – un chiffre représentant pas moins de 46,4 % du total mondial des demandes ! –, très loin des 0,59 million de demandes des USA, un chiffre en baisse de 1,6 % en glissement annuel. En fait, à elle seule, la Chine a déposé davantage de demandes brevets que les dix plus gros autres pays déposants suivants pris ensemble ! A titre de rappel, la part de marché mondiale de la Chine n’était que de 3,8 % en 2000 pour l’ensemble des dépôts de demandes de brevets…

Exit le « Made in China » et bienvenu au « Enginered in China » ! Cette évolution n’a rien d’étonnant en ce qui concerne l’Occident où, comme le fît récemment très justement remarquer le Professeur Didier Raoult, les « héros » sont les sportifs et autres « vedettes » de la TV et du cinéma, tandis qu’en Chine, les héros sont les scientifiques qui travaillent au redressement de la nation chinoise. Ce dernier idéal collectif constitue à n’en pas douter un inébranlable ciment nationaliste capable d’assurer la cohésion sociale de l’impérialisme chinois…

En 1999, la Chine les établissements d’enseignement supérieur chinois n’avaient délivré annuellement que 55 000 diplômes de niveau Master et Doctorat. En 2019, ce chiffre avait été porté à 640 000. En ce qui concerne les dépenses de la R&D chinoise, elles sont passées de 104 à près de 2 174 milliards de yuans durant la période 2001-2019. Sa part dans le PIB s’est élevée de 1,1 à 2,2 % au cours de cette période. Il y a déjà une décennie, nous avions souligné les investissements colossaux réalisés par l’impérialisme chinois pour se doter d’un système d’enseignement de classe mondiale. Ils ont indéniablement porté leurs fruits alors que le dernier test mondial sur l’éducation organisé par l’OCDE et portant sur 600 000 étudiants de 15 ans dans 79 pays a placé les étudiants de la Chine Continentale au premier rang mondial en lecture, sciences et mathématiques, loin devant ceux de nombreux pays de l’OCDE…

En 2019, la Chine a également dépassé les USA, pour le nombre de demandes de brevets PCT. Ils constituent la fraction la plus lucrative et la plus prestigieuse des brevets. La part de marché mondiale de la Chine dans ce secteur des brevets, jusqu’alors toujours dominé par les USA, est ainsi passée de 0,8 à 22,2 % durant la période 2000-2019. Dans le même temps, celle des USA s’est effondrée de 40,8 à 21,8 %. Celle de nombreuses autres puissances impérialistes de second rang a suivi la même tendance à l’exception notable du Japon et de la Corée du Sud qui ont accru leurs parts de marché. La France a ainsi vu sa part de marché reculer de 4,4 à 3,0 %.

Il faut dire que la Chine a su très intelligemment inverser la fuite des cerveaux et même attirer à elle de nombreux talents étrangers. En 2013, c’était déjà une proportion de 85,4 % des étudiants chinois partis faire leurs études à l’étranger qui étaient rentrés au pays. Comme le souligne l’OMPI, les résultats des dépenses de recherche et développement des plus gros monopoles et des meilleures universités de l’impérialisme chinois n’a plus rien a envier à ceux de ses principaux concurrents :

« Pour la troisième année consécutive, le géant chinois des télécommunications, Huawei Technologies, avec 4 411 demandes selon le PCT publiées, a été le principal déposant en 2019. Viennent ensuite Mitsubishi Electric Corp. du Japon (2 661), Samsung Electronics de la République de Corée (2 334), Qualcomm Inc. des États-Unis d’Amérique (2 127) et Guang Dong Oppo Mobile Telecommunications de la Chine (1 927). Parmi les 10 principaux déposants, on compte quatre entreprises de la Chine, deux de la République de Corée et une pour l’Allemagne, le Japon, la Suède et les États-Unis d’Amérique, respectivement. (…) Parmi les établissements d’enseignement, l’Université de Californie est restée en tête du classement avec 470 demandes publiées en 2019. L’Université de Tsinghua (265) est arrivée en deuxième position, suivie de l’Université de Shenzhen (247), du Massachusetts Institute of Technology (230) et de l’Université de technologie de Chine méridionale (164). La liste des 10 principaux établissements universitaires comprend cinq universités des États-Unis d’Amérique, quatre de la Chine et une de la République de Corée ».

Ci-dessus, l’ordinateur portable HUAWEI MateBook D 15 (2020), doté d’un châssis en aluminium et animé d’un processeur « US » AMD Ryzen 5 3500U fabriqué dans une usine chinoise du fondeur taïwanais TSMC. Commentant la qualité et l’efficacité du système de refroidissement de ce portable, la presse informatique spécialisée occidentale est forcée de reconnaître que « les autres fabricants ont quelque-chose à apprendre de Huawei ». Vendu aux alentours de 600 euros, il offre un excellent rapport qualité-prix par rapport aux bien plus chères productions de monopoles concurrents, notamment américains… Pour ne rien arranger, les monopoles chinois visent désormais les dernières niches technologiques de l’industrie électronique US, à l’instar des processeurs (Zhaoxin achèvera l’essentiel de son rattrapage technologique d’ici 2021) et des cartes graphiques (Huawei, qui dispose depuis 2019 de la puce IA Ascend 910, la plus puissante au monde, et fera bientôt son entrée sur le marché des cartes graphiques pour serveur). Le constat est le même dans le domaine de la téléphonie mobile où Huawei et Xiaomi donnent des sueurs froides à l’iPhone d’Apple, déjà durement concurrencé par les produits sud-coréens… Et c’est évidemment dans ces considérations bassement matérielles qu’il faut chercher la source du brutal tournant « protectionniste » de Washington, si longtemps chantre de « l’ultra-libéralisme » et pourfendeur par excellence du protectionnisme économique…, du moins aussi longtemps que ces « règles du jeu » lui avaient été favorables ! Et si vous n’êtes pas trop High Tech, mais plutôt côté jardin, le constat est similaire :

Une bêche de la marque « française » Leborgne, fondée en 1829 et réputée pour la qualité de ses produits. L’outil est en acier inoxydable forgé et trempé massif, tandis que le manche est en fibres de verre et en polypropylène, le tout pour un rapport qualité-prix imbattable d’environ 50 euros TTC. Sur l’étiquette figure un logo « Assemblé en France » bien visible, et au dos, en tout petit, on peut lire « Made in China »…  Ainsi, « l’usine » française est parvenue à assembler les deux éléments au moyen d’une vis !  Espérons que cette dernière tiendra dans le temps… Comme on le voit, le savoirfaire réel et la production de plus-value sont en Chine, tandis que la plupart des lambeaux de ce qui reste de notre « industrie de bazar » ne fait plus guère que dans la finition ou l’assemblage de biens intermédiaires importés… La difficulté pour de nombreux pays impérialistes d’Occident à produire de simples masques montre l’ampleur de leur déclassement économique réel…

La Chine d’aujourd’hui ne ressemble plus à celle d’il y a deux décennies : sur le plan du développement économique ou de sa maîtrise des sciences et techniques, elle n’a plus grand chose à envier et à apprendre d’un Occident d’ailleurs aujourd’hui en bien mauvaise posture…

Le cœur des métropoles chinoises ressemble aujourd’hui de plus en plus à la perspective que nous avions esquissée il y a une décennie, à savoir une vaste zone de mégalopoles ultra-modernes étroitement interconnectées entre elles, comme on peut le voir au Japon, mais à une échelle plus grande encore. En bref, une concentration de Capital d’une ampleur jamais vue…

En 2018, 32 métropoles chinoises comptaient 131 lignes de métro en activité pour un total de plus de 4 354 km et 16,68 milliards de passagers transportés. Le trafic annuel du métro de Pékin s’est monté à 3,85 milliards de passagers, suivi de Shanghai (3,71 milliards), Canton (3,03 milliards), Hong Kong (1,77 milliard), Shenzen (1,65 milliard), Chengdu (1,16 milliard), Nanjing (1,12 milliard) et Wuhan (1,05 milliard). Le trafic des trois premiers réseaux chinois de métro avoisine ou dépasse donc celui de Tokyo qui était le premier mondial il y a encore une décennie (3,17 milliards). Celui du métro de Paris était pour sa part de 1,39 milliard. Au début du mois de juin 2019, la Chine comptait 4 600 km de lignes de métro en service dans 33 métropoles.  A la veille des célébrations du 70ème anniversaire de son indépendance, la Chine avait encore ajouté plus de 110 km de nouvelles lignes de métro. On apprend aujourd’hui que ce sont désormais 40 métropoles de Chine continentale qui exploitaient 6 730 km de lignes de transport ferroviaire urbain. La seule année 2019 a vu 969 km de nouvelles lignes de métro entrer en service. Ce réseau représente le quintuple de celui dont la Chine disposait il y a une décennie, quand elle talonnait celui des USA, l’ex-leader mondial dans ce domaine jusqu’en 2010… Rappelons qu’il y a une décennie, la Chine visait 5 000 km de lignes de métro pour l’horizon 2020. La cible est d’ores et déjà largement dépassée…

En 2019, le réseau ferré chinois à grande vitesse, long de 35 000 km, a transporté 2,29 milliards de passagers, soit près des deux tiers du transport ferroviaire de passagers en Chine. A titre de comparaison, le réseau ferré français à grande vitesse transporte aux alentours de 100 millions de passagers par an… En 2009, le rail chinois à grande vitesse n’avait transporté « que » 179 millions de passagers… Le réseau ferré chinois était pourtant déjà devenu le premier du Monde en 2010 avec 3 300 km de voies, et est aujourd’hui bien loin devant le second, l’Espagne, avec ses 3 100 km… A elle seule, la Chine concentre aujourd’hui bien plus des deux tiers du réseau ferré mondial à grande vitesse !

Mais dans le domaine ferroviaire, la Chine prépare une révolution majeure, celle de l’utilisation de différents trains Maglev (c’est-à-dire à lévitation magnétique). La CRRC Zhuzhou Locomotive Co.,Ltd vient ainsi de démarrer la phase de tests d’un train Maglev dont la conception a été achevée à la mi2018. Capable d’atteindre 160 km/h, il sera destiné aux liaisons entre les métropoles et leurs villes satellitaires. D’autres projets destinés à un futur proche sont encore plus ambitieux : à la fin de l’année 2019, la CRRC Qingdao Sifang a dévoilé un prototype de train Maglev conçu pour circuler à une vitesse maximale de 600 km/h et dont le prototype d’ingénierie devrait « subir des tests complets en 2021 ». Et ce ne sera là encore qu’un début pour une technologie qui est d’ores et déjà jugée comme « l’avenir des trains ultra-rapides, car il est rapide, sûr, fiable et ne nécessite que peu d’entretien».

La CASIC, firme spécialisée dans les lanceurs spatiaux et les missiles, a annoncé de son côté vouloir aller beaucoup plus loin en créant un réseau de trains Maglev sous vide ultrarapide. Elle prévoit de finaliser la phase de démonstration technologique d’un « mini » réseau expérimental reliant trois villes chinoises, avec des prototypes pouvant aller jusqu’à 1 000 km/h d’ici 2023. La CASIC visera ensuite la barre des 2 000 km/h d’ici 2027 et pourrait atteindre à terme la vitesse de 4 000 km/h, du fait de la très faible trainée aérodynamique autorisée par cette technologie. Un futur réseau basé sur ces technologies rendrait les liaisons aériennes obsolètes à l’échelle continentale et s’inscrirait dans la stratégie « One Belt One Road »… Pékin-Moscou en moins de deux heures… Le secteur du transport civil aérien se verrait alors cantonné aux liaisons inter-continentales… De quoi assombrir encore un peu plus les perspectives d’avenir déjà peu reluisantes d’Airbus et Boeing !

L’Etat des lieux de l’industrie mécanique, c’est-à-dire la production de machines-outils, si vitales dans la guerre industrielle et commerciale mondiale que se livrent les différents pays capitalistes, puisque c’est cette industrie qui équipe toutes les autres branches d’industrie, illustre mieux que n’importe quel autre secteur le résultat de deux années de Guerre commerciale américaine ouverte contre la Chine. La production mondiale de machines-outils à littéralement stagné autour de 90 milliards de dollars par an depuis la crise de 2008, crise qui avait même amené un effondrement d’un tiers de la production mondiale en 2010. Bien qu’elle ait souffert de la guerre commerciale initiée par l’impérialisme américain, la production chinoise de machines-outils est restée au premier rang mondial en 2018 avec une production de 23,5 milliards de dollars, soit 25 % de la production mondiale. La même année, la Chine a importé pour 9,5 milliards de dollars de machine-outil. La consommation chinoise de machine-outil s’est montée à 28,8 milliards de dollars, pour une consommation mondiale de 91,9 milliards de dollars, soit une part de marché de 31,4 %.

En 2019, la consommation mondiale de machines-outils a brutalement baissé de 13,8 % à 82,1 milliards de dollars. C’est la preuve que la guerre commerciale initiée par les États-Unis contre la Chine a commencé à impacter très négativement l’économie mondiale dès 2019. La Chine a vu sa consommation de machines-outils baisser de 25 % à 22,3 milliards de dollars. Sa consommation a représenté 27,2 % de la consommation mondiale de machine-outil en 2019. Loin derrière la Chine, les USA sont restés le deuxième consommateur mondial de machines-outils avec 9,7 milliards de dollars en baisse de 1,6 % par rapport à 2018 pour une part de marché mondiale de 11,9 %. La production américaine de machines-outils représente environ la moitié de sa consommation.

Parallèlement, l’impérialisme américain a renforcé la politique industrielle du « America’s First » en renforçant l’outil productif de ses multinationales implantées à la frontière Mexicaine. Le Mexique a ainsi consommé 2,5 milliards de dollars de nouvelles machines-outils en 2019, un montant sans précédent qui en fait le huitième plus grand marché mondial de consommation de machines-outils. Dans ce contexte, l’impérialisme américain a dû se dire que le moment était opportun pour passer à la phase suivante de sa guerre contre la Chine. Il est à noter que l’Allemagne et le Japon ont produit en 2018 chacun autour de 12 milliards de dollars de machines-outils. L’Italie en a produit pour 6 milliards, les USA pour 5 milliards, et Taïwan et la Corée du Sud pour aux alentours de 4 milliards chacun. On verra plus loin que ce n’est pas un hasard si ce groupe de pays (USA exclu) s’est illustré dans un autre domaine, celui de la lutte contre la pandémie de coronavirus, en prenant des mesures plus énergiques et précoces que la plupart des autres pays occidentaux… Un avenir avec la Chine ?

Notons au passage qu’on pourrait tirer des conclusions assez similaires dans un autre secteur d’importance stratégique, dont nous parlions il y a déjà une décennie : celui des terres rares. Il y a une décennie, la Chine possédait un quasi-monopole sur la production mondiale des terres rares, de l’ordre de 97 %. Ce monopole a indéniablement été en 2000-2010 un formidable moyen d’attirer sur son sol les nombreuses technologies de pointes dépendantes de ces éléments. Au cours des dernières années, l’impérialisme américain a remis en marche la mine de Moutain Pass afin de ne plus dépendre entièrement de Pékin pour ces éléments revêtant une immense importance aussi bien industrielle que géostratégique. Bien que la Chine ait vu sa part de marché mondiale reculer, elle conserve un poids prépondérant dans ce secteur : en 2018, la production chinoise de terres rares a représenté 71 % des 170 000 tonnes de la production mondiale. A titre de comparaison, celle des USA s’est montée à près de 9 %, celle de l’Australie à près de 12 % et celle de la Russie à 1,5 %. Pourtant, la production américaine de terres rares n’est pas 100 % américaine :

« Les Américains importent de Pékin des terres rares chinoises extraites et raffinées sur place, mais ils importent aussi des terres rares américaines transformées en Chine. « Contrairement aux États-Unis, la Chine maîtrise toute la chaîne de valeur, dont la transformation de la matière première », explique John Seaman, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Les États-Unis ont tenté de relancer leur production dans les années 2010-2011, lorsque les quotas d’exportation imposés par la Chine avaient fait grimper les prix. En Californie, la mine de Mountain Pass avait rouvert ses portes en 2012. Mais elle avait fait faillite après l’éclatement de la bulle. L’an dernier, elle a pu redémarrer grâce notamment à des investissements chinois».

Cette remise en marche significative du secteur américain des terres rares constitue néanmoins à n’en pas douter un des piliers de la politique US de plus en plus agressive à l’égard de la Chine. L’enjeu des terres rares est aujourd’hui pourtant passé au second plan pour l’impérialisme chinois dans la mesure où sa puissance scientifique a dépassé celle des USA…

Voilà donc achevé notre rapide état des lieux de la domination chinoise mondiale dans quelques secteurs majeurs de l’industrie civile. Passons maintenant à un autre domaine au moins aussi fondamental, alors que l’administration Trump cherche à jouer les gros bras avec son arsenal militaire afin de tenter d’éviter la dislocation de sa sphère d’influence coloniale…

Avions de transport militaires, chasseurs furtifs J-20 (dont au moins trois dizaines ont été produits et ont commencé à être déployés), drones variés, missiles de toutes sortes, en particulier le missile balistique hypersonique « tueurs de porte-avions » DF-26 doté d’une vitesse de croisière de mach 11 et d’une portée allant jusqu’à 5 000 km selon la charge utilisée (nucléaire ou conventionnelle), de quoi menacer nombre de bases US du Pacifique et les groupes aéronavals US qui se monteraient menaçants. Dans le viseur, l’île de Guam. Celle-ci héberge l’une des plus importantes bases militaires aérienne et navale US du Pacifique. Plus de 6 000 militaires y sont stationnés ainsi que des sous-marins et des bombardiers B-52.

Washington voit évidemment d’un très mauvais œil le rapide rattrapage qualitatif et quantitatif chinois face auquel il apparaît comme complètement impuissant. Les USA ont beau avoir le premier budget militaire au Monde, celui-ci ne suffit plus : il faut d’abord payer les soldes des mercenaires colonialistes de l’Empire retranchés dans les bases militaires US disséminées à travers le Monde. Il faut surtout engraisser les monopoles du complexe militaro-industriel  US  dont le coût de développement des programmes d’armements prohibitifs ne les met pourtant pas à l’abri de défauts parfois rédhibitoires… Les programmes de développement du F-22 et du F-35 ont coûté à eux seuls en dizaines de milliards de dollars et chaque avion est facturé au moins 100 millions de dollars. Et pour quel résultat ? Ces chasseurs soi-disant furtifs n’osent même plus survoler le ciel syrien dont les forces armées sont « seulement » dotées de systèmes anti-aériens voisins du S-300, sans même parler de celui de l’Iran… Le développement du chasseur furtif chinois J-20 aurait coûté pour sa part de l’ordre de 4 milliards de dollars et chaque exemplaire de série coûte environ le tiers du prix d’un appareil US. Et la Chine n’a pas à entretenir une coûteuse constellation off-shore de bases militaires comme les USA : en 2017, les USA occupaient en effet aux alentours de 800 bases militaires disséminées dans plus de 170 pays et hébergeant 200 000 soldats pour un coût d’entretien annuel de l’ordre de 100 milliards de dollars…

Alors que le budget US de la Défense a atteint 693 milliards de $ en 2019 (soit 3,2 % du PIB US), celui de la Chine a atteint 1 190 milliards de yuans, l’équivalent de 178 milliards de $ (et 1,2 % du PIB chinois)… Mais avec ce budget, il fait peu de doute que l’impérialisme chinois rééquipe son armée avec du matériel dernier cri au moins trois fois plus vite que l’impérialisme américain qui ne cache plus son inquiétude et dont la seule marine demande urgemment une rallonge budgétaire de 20 milliards de $ pour faire « face à la montée en puissance des capacités navales chinoises », et ce alors même que la crise de déclassement va forcer les USA à se serrer la ceinture budgétaire :

« Alors que la puissance militaire chinoise s’impose de plus en plus sur la mer de Chine méridionale, l’US Navy a demandé 20 milliards de dollars au congrès américain pour rester en tête de cette nouvelle course à l’hégémonie dans le Pacifique. Selon le site Defense News, la flotte américaine estime manquer d’infrastructures et de moyens pour garder l’avantage face au développement rapide de l’armée chinoise. Que prévoit l’US Navy si elle obtient les 20 milliards demandés ? La marine américaine va tout d’abord renforcer la défense de l’île de Guam. Ce territoire américain situé entre le Japon et les Philippines a une importance stratégique capitale pour la projection des troupes de l’oncle Sam dans le Pacifique. L’US Navy entend donc construire de nouvelles bases sur l’île, qui seront renforcées par de nombreux systèmes de missiles anti-aériens et anti-navires. Plusieurs radars capables de détecter des missiles hypersoniques y seront également installés. “Les États-Unis doivent assurer la sécurité et l’intégrité de Guam quoiqu’il arrive”, affirme un haut-gradé au site Defense News. Outre la défense de Guam, l’US Navy veut aussi apporter son soutien militaire et financier à certains pays et archipels ancrés dans le Pacifique, afin de se doter d’un réseau d’alliances similaire à l’Otan en Europe. De plus en plus d’exercices militaires entre les États-Unis et ses alliés devraient voir le jour dans la zone Indo-Pacifique dans les années à venir. Des réseaux de partage d’informations et d’espionnage seront créés avec certains pays comme Singapour. Une partie du budget sera par ailleurs consacrée aux opérations de “contre-propagande”, visant à affaiblir la puissance culturelle chinoise dans la région ».

Bref, même accrochés au bord du gouffre, les marchands de canons siégeant à Washington s’obstinent encore et toujours à vouloir poursuivre leur politique d’occupation coloniale !…

Le destroyer chinois lourd Nanchang, navire de tête de Type 055, est entré en service actif en janvier 2020. Doté du tout dernier RADAR AESA doté d’une portée estimée à 400-500 km, de brouilleurs, de leurres et du dernier CIWS de Type 1130 pour sa défense rapprochée, il est armé de torpilles antisous-marines et peut accueillir deux hélicoptères. Son armement principal est constitué d’un système VLS de 112 cellules pouvant recevoir différents types de missiles (missiles de croisière CJ-10 de 1 500 km de portée, missiles anti-navires YJ-18A de plus de 500 km de portée et missiles anti-aériens HQ-9B de longue portée (300 km) et de haute altitude (41 km). Son déplacement de 12 000 tonnes en fait l’équivalent d’un croiseur. Deux autres sister-ships sont en train de passer les essais en mer et le rejoindront bientôt. Trois autres navires sont en cours d’aménagement et au moins deux autres encore sont en construction. Son coût de construction unitaire est estimé à 6 milliards de yuans, soit moins de la moitié du coût unitaire d’un destroyer US de classe Arleigh Burke, navire aux capacités de combat inférieures doté d’un déplacement de 9 000 tonnes ainsi que d’un système VLS MK 41 de 96 cellules.

La marine de guerre chinoise dispose aujourd’hui également d’au moins d’une vingtaine de destroyers modernes de Type 52C/D d’un déplacement de 7 000 tonnes et dotés d’un système VLS de 48 à 64 cellules. Sept autres de ces destroyers sont en cours d’essai ou d’aménagement et au moins quatre autres en construction.  La marine chinoise dispose en outre de 30 frégates de Type 054A de 4 000 tonnes de déplacement, armées de torpilles, de systèmes de défense rapprochée ainsi que d’un système VLS de 32 cellules. Elle dispose également d’une cinquantaine de corvettes modernes de Type 056 d’un déplacement de 1 300 tonnes et dotées d’une défense anti-aérienne rapprochée ainsi que  de torpilles et de missiles anti-navires. Au moins dix autres navires sont en construction.

En terme de capacités d’assaut amphibie, la Chine s’est déjà dotée de 6 LPD de Type 071 de 25 000 tonnes de déplacement. Deux autres navires s’apprêtent à les rejoindre.

La marine chinoise est aussi en train de construire trois LHD de Type 75. Avec son déplacement de 36 000 tonnes (contre 20 000 tonnes pour son équivalent BPC de classe Mistral), il emportera une trentaine d’hélicoptères lourds. Quant au troisième porte-avions chinois actuellement en construction, il se peut qu’il comble le gouffre technologique (existant par rapport aux porte-avions US). Il sera de type CATOBAR (à catapulte) en disposera peut-être d’une propulsion nucléaire. Son déplacement et sa capacité d’emport seront supérieurs au porte-avions français Charles-de Gaule.

La plupart de ces navires sont sortis des chantiers navals chinois au cours de la dernière décennie. Dans le contexte de la brutale crise de déclassement qui frappe aujourd’hui les pays impérialistes d’Occident, le secteur de la construction navale promet d’être durement impacté par la réduction des flux marchands internationaux. Aussi, il ne serait pas surprenant que le rythme de construction des navires de guerre chinois s’accélère pour donner du travail aux dizaines de cales sèches habituellement réservées à la construction de bâtiments civils… On risque en effet d’avoir bien peu besoin de nouveaux pétroliers et de nouveaux porte-conteneurs au cours des prochaines années !…

Le secteur aérospatial illustre également parfaitement le rapide rattrapage technologique de la Chine et l’ampleur des moyens financiers et humains dont elle dispose et qu’elle met en œuvre dans tous les domaines industriels majeurs.

Le 25 septembre 2013, la Chine a procédé avec succès au premier lancement de son lanceur à propergol solide de dernière génération Kuaizhou-1, haut de 20 mètres pour une masse au décollage de 30 tonnes. Dérivé du missile balistique DF-21D, il peut être stocké longtemps avant son lancement et est avant tout destiné à remettre rapidement en orbite un satellite défectueux ou détruit… Un an plus tard, un second lancement était effectué.

Mais les choses se sont accélérées à partir de l’été 2019 : en moins d’un an, la Chine a en effet lancé 6 autres lanceurs Kuaizhou-1A (sa version améliorée certainement dérivée du DF-26). Le dernier lancement effectué le 16 janvier 2020 avait pour charge utile le satellite Yinhe-1, d’une masse de 227 kg, le premier satellite de télécommunication chinois dédié à la 5G. Le milieu de l’année 2020 devrait voir le premier lancement d’un autre membre de cette nouvelle famille de lanceurs à propergol solide, Kuaizhou-11, dont la charge utile en orbite terrestre basse sera de 1,5 tonnes, soit le quintuple du lanceur Kuaizhou-1A, et ce pour une masse au décollage de seulement 78 tonnes. Dans cinq ans, cette nouvelle famille de lanceurs devrait s’enrichir de Kuaizhou 21, dont la charge utile sera portée à 20 tonnes en orbite terrestre basse…

Opérant en orbite terrestre basse (c’est-à-dire entre 500 et 1 000 km d’altitude), la future constellation 5G chinoise comprendra un millier de satellites et offrira une couverture mondiale des continents comme des océans. On est indéniablement très loin du monstrueux projet américain Starlink que la société Space-X a commencé à mettre en œuvre et qui compte également proposer une couverture similaire… mais avec 42 000 micro-satellites, avec à la clef une pollution visuelle sans précédent de notre espace proche dont se plaignent déjà de nombreux astronomes !

Fort heureusement, la brutale crise de déclassement dans laquelle commence à s’enfoncer l’impérialisme américain devrait rapidement mettre un terme au délirant projet US Starlink…

La Chine se dote à l’inverse des capacités d’augmenter encore le rythme de production de cette nouvelle famille de lanceurs. Le 24 avril dernier, la China Aerospace Science and Industry Corp. (CASIC) a annoncé la fin de la construction d’un nouveau complexe dédié à la fabrication de fusées porteuses chinoises de la série Kuaizhou, ainsi que le début des opérations de vérification et de qualification du nouveau site de production. Situé à Wuhan et s’étendant sur une superficie de 30 ha, sa construction avait commencé en mai 2017 et devait s’achever en février 2019. Il permettra de produire annuellement une dizaine de lanceurs Kuaizhou 1A et autant de lanceurs Kuaizhou 11 dès son entrée en fonction, malgré un retard de deux mois induit par la pandémie de coronavirus… Sa capacité de production annuelle pourra être portée à une trentaine de lanceurs.

Mais ce n’est là qu’une petite partie du très ambitieux programme spatial chinois qui verra dès ce printemps le lancement d’une version améliorée de son lanceur Longue Marche 5B (lanceur surclassant Ariane 5) dont la charge utile (22 tonnes en orbite terrestre basse) sera destinée au début de la construction de la station spatiale chinoise. La construction de cette dernière devrait s’achever en 2022. Deux autres lanceurs de la famille longue Marche 5 procéderont au lancement de la première sonde martienne chinoise et de la sonde lunaire Chang’e-5 cette année. L’année 2020 verra également le lancement de la première fusée de la famille Longue Marche 8 dotée d’une charge utile de 5 tonnes en orbite héliosynchrone. Cette fusée de conception modulaire  est conçue afin d’être « compétitive pour des lancements commerciaux». La Chine travaille sur plusieurs autres familles de futurs lanceurs. D’ici la fin de la décennie 2020, elle devrait procéder au lancement de la Longue Marche 9, un lanceur ultra-lourd doté d’une charge utile de 140 tonnes en orbite terrestre basse et de 44 tonnes en orbite de transfert martienne… Non, la Chine ne vise plus « seulement » la Lune…

Les tentatives de déstabilisation occidentales à Hong Kong et la pandémie mondiale actuelle de coronavirus révélée à la fin du mois de décembre 2019 à Wuhan s’inscrivent à n’en pas douter dans ce contexte de guerre économique et politique totale des États-Unis contre la Chine. Une Guerre qui a été à l’évidence bel et bien perdue pour Washington en dépit de sa tardive poussée de fièvre protectionniste. Le coronavirus était à n’en pas douter pour l’Occident la dernière arme de déstabilisation sanitaire, économique, sociale et politique visant à isoler l’économie chinoise du reste de l’économie mondiale pour pouvoir essayer de détruire sa domination économique avant de se la soumettre politiquement et économiquement. Il est aujourd’hui certain que les services de renseignements américains et sionistes étaient au courant de l’épidémie de coronavirus à Wuhan depuis la seconde semaine de novembre. Mais la réaction rapide des autorités chinoises a permis de déjouer la conspiration du Capital financier américano-sioniste…

Le 16 avril dernier, le mass-média d’information israélien en langue française i24news.tv rapportait que les services de renseignements américains étaient au courant de la circulation du coronavirus à Wuhan dès la seconde semaine de novembre et en avaient rapidement alerté l’Etat sioniste ainsi que l’OTAN,… mais pas la Chine ! « Soit ils en étaient à l’origine, soit ils l’ont sciemment caché aux chinois pour provoquer un Tchernobyl viral en Chine et ainsi la mettre à terre ! », écrivions-nous alors dans une introduction reprise le jour même par l’humoriste engagé Dieudonné, et nous d’ajouter : « Voilà pourquoi les pays du bloc atlantiste ont tout de suite fermé leurs frontières avec la Chine ! »

Eh oui, la roue de l’Histoire tourne et les rats essaient de quitter le navire avant son complet naufrage… En Israël, certains estiment sans aucun doute qu’il est aujourd’hui urgent que l’Etat sioniste mette un peu d’eau dans son vin s’il veut avoir une toute petite chance de survivre au cours des prochaines années…

Confrontés à la campagne occidentale de peur et de pseudo-confinement mise en place contre leur propre peuple, beaucoup de progressistes en Occident estiment aujourd’hui que la pandémie de coronavirus est une « fausse pandémie » dont les chiffres sont délibérément gonflés et qu’elle n’a pour seul but que la création d’un nouvel ordre mondial du capital financier occidental. Pour nous, la pandémie est bien réelle. Le coronavirus n’est certes pas Ebola, qui décime au moins 80 % des patients infectés, mais ce n’est pas non plus une petite grippe : les souches les plus virulentes du virus, telles qu’elles ont circulé en Chine, en Iran et en Italie, sont capables de déstabiliser un pays sur le plan sanitaire, économique, social et politique, si elles venaient à circuler largement. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les élites chinoises et iraniennes (aussi intelligentes, qu’homogènes et disciplinées) ont déclaré des dizaines de milliers de patients infectés et plusieurs milliers de morts, ni décrété des politiques radicales de confinement : elles n’avaient absolument aucun intérêt objectif à cela.

A qui donc profite le crime ? Ou du moins, la tentative de crime

Le fait que les élites occidentales aient pris le parti de laisser le coronavirus circuler librement sur leur propre sol ne peut signifier qu’une seule chose : elles ont pris acte de leur défaite stratégique face à la Chine et sont désormais prêtes à sacrifier la fraction la plus fragile de leur propre peuple, soit par l’absence de politique de confinement, soit en instaurant de pseudo-politiques de confinement qui vont lui permettre de prolonger la crise sanitaire sur une longue période (un an) afin de lui laisser le temps de renforcer le contrôle de toute contestation sociale dans un contexte d’inévitable et de brutal déclassement économique.

Assurément le boomerang du coronavirus promet à l’Occident une rapide descente aux enfers économique, sociale et politique. Cette crise va bien conduire à la création d’un nouvel ordre mondial, mais pas celui qui était espéré par le Capital financier americano-sioniste, car le bloc opposé à la politique coloniale occidentale avec à sa tête la Chine, la Russie et l’Iran promet de sortir considérablement renforcé de cette crise multiforme dont les répercussions géopolitiques sans précédent promettent de remettre en cause rapidement l’occupation militaire et coloniale du monde par l’impérialisme américain depuis 1945, que ce soit au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Afrique ou dans le Sud-Est asiatique où le Capital financier notamment japonais, coréen et taïwanais, bien que longtemps lié aux intérêts américains, ne tardera pas finir de faire son choix pour s’inclure dans la sphère d’influence chinoise et éviter de se trouver entraîné dans la faillite du bloc occidental.

Le boomerang du coronavirus revient donc aujourd’hui en pleine face au Capital financier occidental. Devant la complète banqueroute de sa stratégie, la bourgeoisie occidentale est de plus en plus secouée par des divisions internes et il ne fait aucun doute qu’une partie significative d’entre elle, confrontée au début du déclassement économique de ses propres métropoles, va rapidement opter pour sa soumission à l’impérialisme chinois. Le coronavirus va ainsi lui servir de prétexte non seulement pour justifier le déclassement économique brutal, mais également pour mettre en place des politiques de surveillance et de contrôle des populations destinées à éviter l’explosion sociale qui menace dans nombre de pays impérialistes en déclin. C’est donc la dislocation du bloc Atlantiste lui-même qui est désormais inéluctable.

Au cours des périodes de liquidation de commerces, d’entreprises… ou de pays, il y a toujours de « bonnes affaires » à réaliser. Si les pays impérialistes d’Occident ont fait leurs « soldes » pendant plusieurs décennies avec des biens de consommation courante « made in China » à bas coût, c’est aujourd’hui à l’impérialisme chinois d’utiliser une partie de ses colossales réserves financières pour acquérir « des entreprises stratégiques et des actifs européens » dont la capitalisation boursière a déjà fondu de l’ordre d’un tiers au cours des deux derniers mois

L’effondrement des cours du pétrole induit par l’effondrement de la demande mondiale, les limites des capacités de stockage et la réticence de certains pays producteurs à baisser leur production en conséquence (Russie, Iran, Arabie Saoudite) afin de maintenir leur part dans la production mondiale et d’éliminer l’industrie pétrolière américaine non conventionnelle menacent « la rentabilité de nombreuses compagnies pétrolières, notamment dans le pétrole de schiste en Amérique du Nord, ce qui se traduit par des fermetures de puits et des coupes dans les investissements ». Aux USA, le baril de WTI se négocie aujourd’hui sous les 13 dollars. L’an dernier, il se négociait encore à 67 dollars !… A Londres, ce n’est pas beaucoup mieux : le baril de Brent se négocie aux alentours des 20 dollars, soit des niveaux sans précédent depuis la fin des années 1980, à la veille de l’effondrement du social-impérialisme.

Dans ce lourd contexte dépressionnaire, les agences de prévision météo du bloc atlantiste ne cachent plus leur pessimisme pour l’année 2020. Le FMI table ainsi sur une contraction du PIB mondial de 3 %, mais avec de très fortes disparités selon les pays : une contraction de 7,2 % du PIB pour les pays de la zone Euro, de 5,9 % pour les USA, tandis que la Corée du Sud verrait son PIB baisser de seulement 1,2 % et celui de la Chine augmenterait de 1,2 %. La Banque italienne Unicredit est quant à elle encore beaucoup plus pessimiste. Elle s’attend à une contraction de 6 % du PIB mondial, toujours avec de très fortes disparités :  une contraction de 13,0 % du PIB pour les pays de la zone Euro, de 10,8 % pour les USA, tandis que la Chine verrait son PIB baisser de seulement 0,6 %. Pour nous, il est évident que la Chine s’en sortira beaucoup mieux que ce que prédisent les Sycophantes occidentaux, elle enregistrera une croissance économique annuelle de l’ordre de 4 à 5 %. Selon l’économiste bourgeois Jacques Sapir, cette crise pourrait bien être « la mère de toutes les récessions » et il met en garde sur le danger de la voir « se transformer en une dépression de longue durée ».

Ces évaluations, toutes pessimistes qu’elles puissent apparaître au premier abord, sont de notre point de vue en réalité très optimistes et bien en deçà de l’ampleur réelle du brutal déclassement économique qui attend les pays du bloc Atlantiste, déclassement désormais inéluctable à court terme… Le PIB américain s’est contracté de 4,8 % au 1er trimestre 2020, alors que la politique de confinement n’a été instaurée de manière très partielle qu’à partir du mois de mars !…

Les prochains mois verront de nombreuses entreprises du secteur tertiaire faire faillite et ainsi grossir les rangs des chômeurs, avec à la clef un inévitable effondrement de la consommation des ménages. L’Occident est entré dans une spirale structurelle rapide de faillites, déflations, avec à la clef une récession économique profonde et durable dont beaucoup de secteurs ne se relèveront pas de sitôt.

Parmi les premiers touchés figure en premier lieu le secteur touristique international qui va impacter de nombreuses entreprises de tailles diverses : depuis les plus grands croisiéristes, jusqu’aux petits hôtels des côtes balnéaires et tout le tissu de petits entrepreneurs et commerçants qui vivent de cette rente touristique.

Le transport aérien est évidemment en première ligne, puisqu’il est aujourd’hui quasiment complètement à l’arrêt. En France, le trafic aérien s’était effondré de 98 % au début du mois d’avril et la quasi-totalité des avions civils des grandes compagnies aériennes occidentales sont aujourd’hui cloués au sol, où ils doivent continuer à faire l’objet d’opération de maintenance sans pour autant rapporter un centime… L’Etat français a déjà annoncé mettre la main au porte-feuille à hauteur de  7 milliards d’euros pour assurer la survie à court terme (12 à 18 mois) d’Air France-KLM dont le directeur général, très optimiste selon nous, « ne prévoit pas de retour à une activité normale avant deux ans » et évoque déjà « la possibilité de proposer un plan de départs  volontaires »… Les médias atlantistes ne cachent pas que ce « prêt » octroyé par l’Etat sera « probablement difficile à rembourser et pourrait bien se transformer en actions à terme»: « une montée en capital discrète pour l’Etat français ».

En Allemagne, le patron du groupe Lufthansa qui regroupe, outre la compagnie nationale allemande, celles de la Suisse (Swiss), de l’Autriche (Austrian Airlines) et de la Belgique (Brussels Airlines), n’attend pas de retour à la normale du trafic aérien avant « des années », et négocie actuellement une aide de 9 milliards d’euros de l’Etat allemand qui pourrait faire son entrée au Capital de la compagnie jusqu’à hauteur de 25 % ! Le groupe allemand a déjà annoncé sa volonté de « réduire de manière permanente des capacités » de transport : « au moins 42 avions court, moyen et long courriers seront retirés de la flotte composée de 763 machines actuellement », dont six Airbus A380 qui connaissaient déjà d’importants soucis de rentabilité et qui n’auront décidément pas volé bien longtemps…

La musique est la même aux USA où le Trésor US a déjà annoncé qu’il allait fournir « une aide directe de 25 milliards de dollars, dont 30 % via des prêts remboursables, à dix compagnies aériennes dont American Airlines, Delta Air Lines, United Airlines », dédiée au paiement des salaires. Ces prêts seront « transformables en actions »… En outre, « une deuxième tranche de 25 milliards de dollars pour les compagnies aériennes, non dédiées aux salaires, est toujours en cours de négociations »… Comme en Europe, les compagnies aériennes américaines ne s’attendent pas à un retour rapide à la normale, à l’instar de l’alliance Oneworld qui compte ainsi réduire d’environ 15 % le nombre d’avions en service dans sa flotte, à 790 appareils. « Neuf Airbus A330-300, 34 Boeing 757 et seize 767 sont sortis de flotte plus tôt que prévu et ne reprendront pas du service. Le nombre de 737-800 sera réduit de 304 à 228 ».

L’effondrement annoncé du secteur du transport aérien ne fait évidemment pas les affaires des deux géants occidentaux de la construction aéronautique : « La crise exceptionnelle qu’affrontent les compagnies aériennes pourrait aboutir à des centaines d’annulations de commandes pour Airbus et Boeing. L’avionneur européen annonce la baisse d’un tiers de ses cadences de production », annonçaient déjà les médias atlantistes au début du mois d’avril.

Déjà durement éprouvé par le fiasco du 737 MAX (avec deux crashs aériens au compteur en 2018/2019 à cause d’un défaut de conception structurel de l’appareil ayant dû être « corrigé » par un logiciel informatique qui s’est avéré être défectueux), l’avionneur américain Boeing n’a livré que 50 avions au 1er trimestre 2020, « contre 149 un an plus tôt, soit le niveau le plus bas depuis 1984 ».  Au cours du seul 1er trimestre 2020, Boeing a enregistré un solde négatif de 144 commandes nettes ! Il ne lui reste plus désormais que 307 avions dans son carnet de commandes…

La situation n’est pas beaucoup moins catastrophique pour Airbus dont le président admet que « la survie d’Airbus est en jeu si nous n’agissons pas maintenant »… Pour lui, les Etats européens devraient « aider le groupe aéronautique en passant de nouvelles commandes de matériel de défense, comme l’avion de combat Eurofighter »… Mais d’autres analystes estiment déjà qu’il sera « compliqué d’éviter de demander de l’argent à la France ou à l’Allemagne »… Quelle que soit l’option retenue, que ce soit celle du renforcement des activités militaires ou d’un soutien financier étatique direct, ce sera en définitive toujours à l’Etat bourgeois, et donc aux esclaves salariés, de payer la facture finale, sans pour autant parvenir à garantir le maintien de l’emploi…

La crise actuelle devrait aussi avoir des répercussions catastrophiques pour le marché automobile européen : les esclaves salariés seront moins tentés d’acheter une voiture neuve à crédit et les banques moins enclines à leur prêter l’argent, même pour ceux qui le désireraient… Or l’année 2019 n’avait déjà pas été brillante pour le secteur. En 2019, le groupe PSA, qui réalise 87 % de ses ventes sur le marché européen, avait vu ses ventes mondiales baisser de 10 % à moins de 3,5 millions de véhicules. Ses performances sur le marché chinois y ont été catastrophiques, plongeant de plus de 55 % en glissement annuel à 117 000 véhicules…

Le groupe Renault n’est pour sa part guère mieux loti : il a vu ses ventes mondiales reculer de 3,4 % en 2019 à 3,8 millions de véhicules. Ses résultats sur le marché chinois ont également été mauvais avec une baisse de plus de 17 % en glissement annuel à 179 000 véhicules… Mais ce sont surtout les résultats financiers du groupe qui se sont très fortement dégradés : alors qu’il avait enregistré un résultat net positif de 3 451 millions d’euros en 2018, celui-ci a fondu comme neige au soleil en 2019 à seulement… 19 millions d’euros, un repli historique sans précédent depuis… la crise de 2009 !

Le Sinistre de l’économie Bruno Le Maire a ainsi récemment annoncé un prêt bancaire de 5 milliards d’euros destiné à soutenir Renault. Le groupe continuera donc à produire des voitures, au frais du contribuable. Mais il faudra encore arriver à les vendre dans un contexte économique et social éminemment défavorable… Or en 2018-2019, les constructeurs avaient déjà bien du mal à écouler leur production face à « la chute du marché automobile français »…

La macronie, qui s’est montrée si intraitablement pingre en ce qui concerne les dotations aux collectivités, au système scolaire et à l’hôpital public, est décidément bien généreuse avec les milliardaires qui l’ont portée au pouvoir !… « Privatisation des profits et socialisation des pertes», disions-nous il y a un mois et demi, telle est la recette traditionnelle du Capital financier…

La crise actuelle devrait aussi fortement éprouver les restes de la construction navale occidentale, en particulier européenne, très tournée vers la construction de paquebots de croisière… Le secteur de la construction immobilière devrait aussi être très fortement impacté : les esclaves salariés précarisés ou jetés au chômage comme les réticences des banques amèneront inévitablement les nouvelles mises en chantier à s’effondrer : qui serait assez fou pour contracter un prêt immobilier avec une échéance de deux à trois décennies dans les conditions actuelles ?

De nombreux autres secteurs des services seront inévitablement impactés par cette descente aux enfers que vont connaître les derniers « fleurons » de « l’industrie de bazar » occidentale, depuis la coiffure, la mode (secteur dans lequel  45 % des français prévoient déjà de diminuer leurs dépenses), en passant par la restauration, jusqu’aux grandes surfaces… De grands groupes comme Carrefour et Auchan connaissaient déjà des difficultés avant le 1er trimestre 2020. Le groupe Auchan envisageait ainsi un plan de départs volontaires d’un millier de salariés à la mi-janvier 2020, suite à de mauvais résultats en 2018-2019. Pour la seule année 2018, le groupe Auchan avaient en effet enregistré une perte nette de près de 1,15 milliard d’euros !

En fait, ce sont aujourd’hui la grande majorité des emplois du secteur tertiaire des métropoles impérialistes occidentales qui sont menacés d’extinction, car tous se partageaient une fraction de la rente coloniale dont notre Capital financier est bien conscient qu’elle est en grande partie condamnée à disparaître, et ce de manière accélérée du fait de la crise économique actuelle naissante… Le but pour notre future bourgeoisie compradore : sauver une partie de ce qui peut l’être sur le dos de l’Etat bourgeois à l’aide de dette publique à court terme qui leur laissera un peu de temps pour organiser leur dernière « évasion fiscale »…

« Après la friche industrielle, la friche tertiaire », annoncions-nous déjà il y a une décennie devant l’inéluctabilité du déclassement économique de l’Occident… La crise sanitaire induite par la pandémie de coronavirus fournit aujourd’hui assurément le prétexte idéal à cette profonde crise de déclassement inéluctable qui couvait depuis la crise de 2008 et la décennie d’austérité qui n’aura permis que de la différer…

La crise de 2008 avait amené le Capital financier Occidental à une claire prise de conscience du fait que l’avenir de ses profits ne se situait plus en Occident, mais en Chine. Dans notre ouvrage intitulé « Crise du système impérialiste mondial – La décomposition finale de « l’industrie de bazar » et la naissance d’un nouvel ordre impérialiste mondial » paru en juillet 2009 (cf. pp. 202-203), nous rapportions ainsi l’interview réalisée trois mois auparavant au micro de CCTV-F, de l’ancien Premier Sinistre Jean-Pierre Raffarin, le « Mr Chine » français. Il faisait alors déjà l’éloge « d’un monde multipolaire » très différent de celui longtemps dominé par l’occupation coloniale exclusive l’impérialisme américain :

« La France a dit clairement qu’elle récusait toute forme de soutien à l’indépendance du Tibet. C’est notre position officielle, c’est la position qui engage la France. (…) Et nous sommes là maintenant dans une circonstance qui nous permet de bâtir une nouvelle phase de notre coopération économique. (…) Le sommet de Londres a consacré la vision commune de la Chine et de la France sur le multilatéralisme. Le monde unipolaire à dominante américaine est un monde qui s’est sans doute achevé à Londres. (…) Nous avons une nouvelle économie à inventer. Comme on dit en chinois, « la crise c’est à la fois un danger, mais aussi une opportunité », l’opportunité d’inventer une nouvelle croissance, une croissance forte, une croissance juste, une croissance environnementale. (…) Je pense que le sommet du G20 a marqué la forte présence de la Chine. La Chine enregistre les bons résultats de sa politique d’ouverture. Elle a une forte croissance, elle a des réserves financières importantes, fondées sur le travail, sur l’épargne des chinois. Elle a aussi un rôle politique, aujourd’hui reconnu par tous. Donc, la Chine a montré sa présence forte, sereine au sommet de Londres. (…) Le gouvernement chinois fait des investissements importants, sur de grandes infrastructures, sur l’ensemble du pays, pour développer notamment l’ouest du pays, pour construire des routes, des ponts et beaucoup d’infrastructures de transport, c’est je crois très important pour l’équilibre du territoire chinois. Mais ce qui est aussi très important, c’est la relance de la consommation intérieure, de la consommation domestique, c’est le développement du pouvoir d’achat de la population chinoise. Et au fond aujourd’hui, l’avenir de la croissance du monde dépend de la consommation du peuple chinois. C’est le peuple chinois, en élargissant son marché, en consommant davantage, en étant soutenu par ses pouvoirs publics, qui non seulement fait le développement de la Chine, mais aussi fait la croissance du monde. Nos intérêts sont liés aujourd’hui. Le monde global est un monde qui a besoin de la Chine, qui a besoin des autres nations, mais qui a besoin aujourd’hui du consommateur chinois. »

Nous déclarions alors à cette époque que confrontée au succès indéniable du plan de relance chinois, « la bourgeoisie monopoliste française commençait à comprendre qu’elle n’avait plus rien à attendre de ses propres esclaves salariés. Trop chers face à la concurrence chinoise, leur entretien est devenu un luxe. Désormais, c’est donc en Chine que se trouvent les derniers espoirs des exploiteurs de France et des autres pays impérialistes surendettés de continuer à réaliser des profits!»

La perspective de l’inévitable transformation de notre Capital financier, longtemps dominant à l’échelle mondiale, en Capital financier de second ou de troisième rang inféodé au Capital financier chinois était ainsi déjà clairement tracée dès cette époque… Il est vrai que les monopoles occidentaux s’attendaient alors à remporter davantage de parts de marché sur le juteux marché intérieur chinois…

Mais depuis, ces espoirs ont été en grande partie douchés par la rapide montée en puissance des monopoles chinois dans les secteurs d’industrie à plus haute composition organique en capital… Et la politique extérieure du bloc atlantiste s’est donc ainsi montrée de plus en plus réactionnaire et hostile à l’égard de la Chine au cours des dernières années…

Cette politique atlantiste hostile a culminé avec l’avènement de Donald Trump à la présidence US, comme tentative aussi ultime que désespérée de regagner en autonomie industrielle vis-à-vis de l’impérialisme chinois, au moyen d’une Guerre commerciale combinée à des mesures protectionnistes qui ont commencé à impacter considérablement l’économie mondiale en 2019, parallèlement à une politique extérieure coloniale de plus en plus agressive, mais également mise en échec, notamment au Moyen-Orient.

La crise actuelle constitue à l’évidence le stade ultime de cette tendance structurelle aussi profonde qu’inévitable dont elle va contribuer à accélérer la naissance : comme en 2008-2009, l’impér

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